Le Dernier été de mon innocence
Une superbe BD sur la résilience.
Adolescence Douleurs intimes Occitanie Violences faites aux femmes
Chloé, née dans un milieu modeste et rural, maintenant jeune maman revient, 18 ans après l’avoir quitté, dans son village natal pour déménager les affaires de son père,en compagnie de son frère. À cette occasion, elle tombe sur une vieille série de Polaroid. Sur l’un d’entre eux, elle se reconnaît avec des dreadlocks et le crâne rasé sur les côtés, en bonne adolescente rebelle qu’elle était à l’époque. Peu à peu les souvenirs la submergent et elle se remémore l’été de ses 14 ans et le viol qui a bouleversé le cours de son existence…
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Editeur
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Genre
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| Date de parution | 27 Août 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
J'ai acheté cette BD après l'excellent avis de Spooky (qui n'est pas passé avis de la semaine, quelle indignité !) mais j'avais déjà repéré cette BD chez mon libraire le matin même. Et si je l'ai acheté, ce n'est pas tant pour l'excellent avis qui a été posté, mais parce que j'aime bien l'auteur. Petite explication et retour en arrière : Antonin Gallo est un auteur de BD que j'ai connu à l'époque florissante des blogs-bd sur le net. Il avait, à cette époque, plusieurs publications de BD régulières comme Minito et la série "Oubliés !" dont le premier tome que je possède semble vouloir rester à jamais orphelin (snif ...). A l'époque, je suivais ses BD qu'il faisait avec sa comparse Marlène, autre dessinatrice de cette époque dont je ne trouve aucune nouvelle. Bref ! (je vais quelque part, promis) De cette époque donc est née une BD auto-éditée, "État des lieux". Enfin, éditée via le site Amilova, site de BD sur lequel il publiait régulièrement notamment "La vie rêvée des profs", encore un travail non publié. Tout le monde suit ? Cette BD "État des lieux" fut rééditée récemment (sans que je participe au kickstarter, ce qui me désole puisque j'ai perdu le tome de la première impression que j'avais), mais toujours en auto-édition. Et cette BD ici présente, "Le dernier été de mon innocence" est une forme de continuité de cette première publication. Cette longue digression est totalement inutile, mais j'aime bien ce que fait cet auteur et je me suis dit que c'était l'occasion d'en parler ! Bon, l'introduction faite, j'ai beaucoup appréciée cette BD. J'ai voulu parler de continuité, puisque j'ai reconnu certaines scènes issues de "État des lieux" redessinées ici avec un point de vue externe, celui de la fille (appelée Julie dans l'autre volume, mais ici Chloé). Mais pour le reste, ce gros album est tout à fait neuf et propose une histoire longue et sombre, même si la lumière apparait finalement au bout du tunnel. La BD est dense, même si elle est finalement assez rapide à lire au regard de la quantité de pages. C'est une histoire qui se déploie dans la durée en présentant cette jeune femme de petite ville, qui va connaitre un évènement bouleversant mais continuera à vivre. Et j'ai beaucoup aimé ce détail qui peut paraitre anodin mais fait tout le sel de cette BD : le temps. La BD étire son histoire entre bien avant l'évènement, décrivant les détails de la vie de cette jeune femme, puis étire à nouveau ce qu'il advint après. Et j'adore cette idée de décrire une chose horrible non pas seulement en tant que tel mais en l'intégrant dans un parcours de vie. Cela permet de mettre en lumière tout ce qui va se cristalliser autour et j'aime beaucoup le message que cela véhicule. Il faut dire que la BD ne sera pas tendre avec le personnage qui fera parfois des choix douteux, poussé par les évènements et son état d'esprit qui va l'emmener dans des plans foireux sans trop réfléchir. Et pourtant on sent que l'auteur a une grande affection pour son personnage, qui va évoluer et devoir s'en sortir malgré tout. Contrairement à certaines écritures faciles de personnages féminins de nos jours, ici il y a une vraie volonté de montrer que s'en sortir c'est avant tout l'entraide et la solidarité, notamment de genre ou de minorité. Parce que seul, on ne réchappe pas bien longtemps à la société. Le dessin de Antonion Gallo est semblable à celui que je lui connaissais et d'ailleurs un peu éloigné de son style dans Détox, où je lui trouvais un faux air de Jim. Ici c'est plus le trait de son blog, avec sa patte très personnelle (d'ailleurs je pourrais dire que ses personnage féminins ont tendance à souvent se ressembler si je voulais pinailler, mais on pourrait faire le même reproche à Manara). Les couleurs sépias évoquant les vieilles photographies et le contraste volontaire entre le passé et le présent au niveau de l'ambiance (dans les lumières) permettent de rendre instantanément visible les transitions. Et oui, je trouve que ça rend plutôt bien ! J'aimerai encore beaucoup m'étendre sur la BD, qui m'a vraiment beaucoup plu ! (et pas que parce que je suis l'auteur depuis des années) Son personnage est attachant, j'ai plongé tout de suite dans l'histoire et j'ai aimée son déroulé, parfois hors norme mais toujours logique. Et j'ajouterai que le récit sonne vrai dans bien des situations de ces petites villes de campagne, proche de là où je suis né. Des situations que j'ai connu, des ambiances que j'ai vu. Et de fait, ce qui me rend le plus triste dans tout ceci, c'est de me demander combien de jeunes filles que je croisais à cette époque ont finie par connaitre ce que Chloé à connue ... (Eh, franchement Monsieur To, c'est pour quand la réédition chez un éditeur de État des lieux qu'on puisse le mettre à côté dans la bibliothèque ?)
L'idée de départ de cette histoire est une anecdote personnelle de l'auteur : alors qu'il se baladait dans le voisinage d'une maison qu'il s'apprêtait à acquérir dans un village, il a aperçu un groupe de jeunes en train de boire des bières et fumer des joints sous un lavoir. Il s'est alors interrogé sur le rôle joué par la seule fille du groupe, dans une zone où les perspectives sont essentiellement réservées aux hommes. il a aggloméré à cette réflexion des éléments personnels, des bouts de témoignages de son entourage sur telle ou telle expérience... La dernière BD d'Antonin Gallo, Détox, date de 2019. Il a bien sûr fait d'autres choses dans l'intervalle, mais on peut imaginer que la maturation et la réalisation de cette BD s'est étalée sur plusieurs années. Il a donc choisi l'un des sujets les plus difficiles qui soient, à mes yeux. La résilience d'une jeune femme après plusieurs traumatismes, dont un viol subi à l'adolescence, qu'elle n'a pas su qualifier ni gérer à l'époque, et qu'elle a tu pendant plus de vingt ans. L'autre traumatisme majeur de sa jeunesse est son entourage familial : les tensions entre ses parents, la maladie de sa mère, l'absence de son frère, l'ambiance trop rurale de son village d'enfance... Cela fait trop pour Chloé, qui décide de partir, et erre entre précarité et situation plus confortable, coups d'un soir et tensions avec la communauté skinhead... Mais Chloé a une capacité de résilience énorme, et finit toujours par se relever, plus forte, animée de nouvelles intentions, même si tout n'est pas rose. C'est aussi ça qui m'a séduit dans cette histoire : Antonin Gallo n'en rajoute pas dans le pathos, le crade (j'ai eu peur quand son héroïne a commencé à s'enfoncer dans la consommation de stupéfiants), et ne fait pas preuve d'angélisme non plus : son personnage central a des failles, son entourage aussi, mais celles-ci servent à avancer la plupart du temps. Il y a un souci énorme de réalisme dans les comportements, les évènements, les situations... L'auteur ajoute quelques effets graphiques pour amplifier certaines sensations, certains sentiments. Sans verser dans le psychédélisme, tellement tentant quand on parle de drogue... A la limite on va dire que je ne suis pas fan de sa mise en couleurs, difficile à identifier, entre les teintes pastel et différentes teintes de brun, mais ce n'était pas du tout un frein à la lecture. En résumé, une excellente BD sur un sujet casse-gueule, des dialogues et des situations ciselées pour une histoire somme toute ordinaire, mais aussi exemplaire, quelque part. Et une couverture magnifique. J'ai hésité entre le 4 et le 5 pour cet album. J'ai finalement choisi le 5, eu égard à la somme de travail et à son impact sur moi. Nonobstant ses petits (infimes) défauts.
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