Carbone & Silicium

Note: 3.86/5
(3.86/5 pour 22 avis)

Nouvelle fresque SF de Mathieu Bablet, Carbon & Silicium est l'histoire de deux IA en quête de sens dans un monde dégradé par l'humanité.


Ankama Anticipation BD à offrir Les intelligences artificielles (I.A.) Les prix lecteurs BDTheque 2020 One-shots, le best-of Robots Science-Fiction, le best-of

Carbone et Silicium sont les derniers-nés des laboratoires Tomorrow Foundation. Noriko, scientifique chargée du projet, leur explique pourquoi ils ont été créés : ils sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinée à prendre soin de la population humaine vieillissante. Issus d’une même entité, scindée en deux individus distincts, ils sont les premiers représentants d’une gamme d’androïdes aux capacités décuplées par les progrès de la recherche en intelligence artificielle. Élevés dans le cocon protecteur du laboratoire qui les a conçus, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils seront séparés. Ils mèneront alors chacun leurs propres expériences, devenant, pendant près de trois siècles, les observateurs plus ou moins distanciés d’une humanité à bout de souffle, incapable de faire face aux désastres écologiques, politiques, économiques et sociaux qu’elle a elle-même engendrés. Face à ce monde sur le déclin, Carbone et Silicium vont-ils parvenir à trouver leur place ?

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 28 Août 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Carbone & Silicium © Ankama Editions 2020
Les notes
Note: 3.86/5
(3.86/5 pour 22 avis)
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31/08/2020 | Guillaume.M
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L'avatar du posteur Fredisdead

(Coucou, ça va spoiler un peu / beaucoup.. vous êtes prévenus). Alors tout d'abord, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de laisser quelques mots ici après avoir fini la lecture il n'y a que 24h. Pour rentrer directement dans le vif du sujet, ce C&S est la quintessence de SF que j'aime. Alors oui, Bablet emprunte des routes scénaristiques connues, mais de mon côté j'étais persuadé que l'un des 2 protagonistes allait e rebeller de manière plus agressive vis à vis du système et des hommes. Ici Bablet est sur un autre créneau, celui de la préservation et du respect des droits. On y retrouve d'ailleurs quelques clins d'œil à certaines situations que l'on pourrait qualifier de "woke" en 2022. J'ai trouvé ces cent premières pages parfaites. La relation avec la scientifique, le fait qu'elle même se coupe de son monde (celui des humains, avec ce mari qui à juste titre sent la dérive de sa femme) au profit de son "œuvre" jusqu'à sa mort exclusivement corporelle était pour moi une étape tellement forte que je me suis demandé ce qu'allait pouvoir nous proposer la BD ensuite. Je me suis senti un peu comme dans ces rares séries qui arrivent à m'emporter d'épisodes en épisodes sans forcément tout mettre dans les 90 dernières secondes. Alors oui cet "après" pourra paraitre long à chacun... mais cela a pour but de renforcer la connexion entre les 2 protagonistes. Là encore Bablet m'a agréablement surpris à ne pas tomber dans la facilité du déjà-fait / déja-vu et à faire des bonds temporels exponentiels. L'œuvre est condensée en 250 ans (soit 17/18 vies de chat ;)) et cela rend encore plus impactantes les "évolutions" humaines et leurs interconnexions avec les machines, jusqu'à ne faire plus qu'un. J'ai retrouvé un souffle d'Asimov mais aussi de K. Dick et de son adaptation la plus connue dans ces pages, les thèmes de la durée de vie et donc de la survie lorsque l'on a la "connaissance" de l'amour, mais aussi de la vision complexe du progrès et de la déliquescence technologique des corps mais également des esprits. Chose assez rare me concernant, j'ai noté bon nombre de phrases que j'ai réellement trouvées magnifiques, sans tomber dans le pathos ou la leçon de morale. Je finirai cet avis décousu sur les dessins. J'ai vu quelques avis négatifs sur ce point et je les comprends. Le parti pris ici n'est pas de faire une nouvelle œuvre de SF-sombre. Bablet utilise parfaitement toute la palette graphique (certaines utilisations des couleurs m'ont fait penser au traitement de Villeneuve dans Blade Runner 2) mise à disposition. Ce n'est certes pas mon trait de crayon de prédilection, mais le principal (les expressions, les volumes, les modifications, les ambiances...) est présent. Pour finir, clairement Bablet a réalisé une œuvre qui restera en haute place dans ma bédéthèque, et que je reprendrais plaisir à lire sous un olivier (ah non zut, on en a pas beaucoup en Picardie).

14/12/2022 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Eh bien ! Moi qui ne lit que très (très) peu de SF, là, c'est un coup de maître. J'ai fini par acheter cette bd après de très nombreux conseils de mon libraire, d'amis, etc. J'ai donc mis la main sur ce beau livre et je ne l'ai pas regretté. Tout d'abord, il faut bien le dire, cette bande dessinée est magnifique. La couverture en jette, le format imposant en jette et les dessins en jettent. Le style est assez esthétique et les humains et robots sont assez beaux. Inutile de dire que c'est aussi le cas pour les décors, les paysages, les machines etc qui fourmillent de détails. J'ai aussi beaucoup aimé la colorisation un peu terne qui, si elle peut par moment gêner un peu la lecture, car c'est assez sombre et peu lumineux, rend superbement bien l'atmosphère apocalyptique du récit. Je découvre le style de Bablet sur cette bd et il a tout pour me plaire : il est particulier et donc reconnaissable, et me plait esthétiquement. Les personnages ont cette allure particulière qui les rend dégingandés, et j'aime bien. Autre bon point sur la couleur, j'ai beaucoup aimé ce choix-là qui rend bien l'atmosphère poussiéreuse et un peu apocalyptique de ce monde. Bref, gros coup de cœur graphique. J'ai aussi apprécié l'histoire, pas forcément le côté robot pur, mais plutôt les questions posées derrière, sur la liberté, la soif de découverte, la soif de survie des deux héros robots, chacun à leur manière. Le côté traversée des temps et des âges est aussi intéressant et sympa à voir, on a envie de savoir comment l'humanité évolue et quels seront les modes de vie et enjeux à chaque époque. Bablet nous propose une ballade très intéressante à travers les âges, sur le dos des deux protagonistes, qui restent les témoins de leurs époques, et un peu plus que ça. J'ai beaucoup aimé ce livre qui m'a donné envie de découvrir l'œuvre de son auteur, ce que je ne manquerai pas de faire.

23/11/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Je ne suis pas facilement adepte du genre science-fiction, alors j'ajoute un coup de cœur à Carbone & Silicium pour avoir réussi à me transporter du début à la fin. On démarre en 2045 (an 0 pour l'ère humanoïde), année où l'être humain met en route ses premiers robots à l'intelligence artificielle surdéveloppée. Leur fonction cérébrale est aussi dotée d'un "esprit" aussi complexe et contradictoire que celui de leur créateur, dans laquelle les émotions individuelles et les désirs primaires font face à la culture, la raison et l'éthique. Deux humanoïdes identiques, une femme (Carbone) et un homme (Silicium), prennent vie dans les labos de la Tomorrow Foundation, entreprise où l'ambition des scientifiques entre en conflit avec la perspective des investisseurs capitalistes, eux-mêmes menacés par le concurrent chinois Mekatronic. Puis, on découvre non sans horreur l'évolution de la civilisation sur près de 300 ans et à travers le regard de ces 2 personnages, interconnectés et non dénués de sentiment entre eux. Ce que j'apprécie particulièrement, c'est la facilité à laquelle on peut avancer d'une époque à une autre et d'un lieu à un autre (préparez vous à faire le tour du monde) sans jamais nous donner une impression de précipitation. Bien au contraire, la notion d'intemporalité est bigrement présente. Cela se traduit par le mutisme des scènes, la contemplation de l'environnement, la réflexion et le fait bien sûr d'avoir deux personnages capables de traverser les âges. Possédant le savoir de l'Humanité et aptes à ressentir les mêmes émotions que nous, ils portent un regard extérieur sur cette anthropocène tout en cherchant à comprendre les motivations de leur propre existence. C'est une dystopie où les 2 héros cherchent espoir, beauté et idéal au milieu de ce chaos. En soi, l'avenir présenté n'est pas beau à voir du tout. Mais malgré tout, on peut continuer à y croire jusqu'au bout (et la fin vaut le détour, l'épilogue met un très beau point final au récit). En parlant de beauté: graphiquement, le dessin est franchement époustouflant. Ça ne laisse pas indifférent et certains pourraient être rebutés par la déformation des corps (humains ou pas). Moi-même bousculé au début, je m'y suis fait très rapidement. Les paysages sont saisissants et parfois vraiment à couper le souffle. Les scènes dans la "matrice" sont incroyables de beauté, où les esprits flottent dans l'air au milieu de cet environnement doré. Vraiment fabuleux. A vrai dire, je n'ai pas vraiment de défauts à lui donner, à part le fait que certains passages m'ont plus intéressés que d'autres certainement. Mais c'est le genre de bouquin où une nouvelle lecture me permet de l'apprécier autrement... Préface et Postface très intéressantes, bref il y a trop de choses à dire et cet ensemble donne envie d'écrire un avis qui dépasserait le nombre de caractères maximum autorisé :). Cette histoire mérite sa réussite commerciale et elle peut faire aimer la Science-Fiction à ceux qui y sont a priori réticents. C'est aussi à lire plusieurs fois pour tirer toutes les pensées qui s'en dégagent, alors pourquoi pas le garder chez soi ?

21/11/2021 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Après le très réussi et remarqué Shangri-La Mathieu Bablet était attendu au tournant et on peut dire qu'il s'en sort avec les honneurs après son premier succès en montant encore la barre un cran au dessus. "Carbone & Silicium" nous plonge dans une odyssée conduite par deux intelligences artificielles nées de la course entre grands groupes informatiques pour répondre aux besoins de la population vieillissante. La scientifique Noriko va donc gagner cette course et donner vie à ces deux entités qu'elle nommera Carbone et Silicium en leur offrant une enveloppe "humaine". Mais en découvrant leur obsolescence programmée à cause d'intérêts économiques, nos deux IA vont tenter de s'enfuir ; seul Silicium y parviendra. C'est donc l'évolution de ces deux IA, l'une dans le monde réel, l'autre dans le virtuel que nous allons suivre sur près de... 300 ans ! C'est à travers ces bonds successifs dans le temps et entre réalité et monde virtuel que nous allons d'une part suivre l'évolution de Carbone et Silicium ainsi que la lente décrépitude et déchéance de l'espèce humaine, seule responsable de sa propre perte. D'un côté nos entités "jumelles" n'arrivent pas à vivre l'une sans l'autre et cherchent perpétuellement à se retrouver, même si Silicium ne cherche qu'à découvrir tous les recoins de notre planète alors que Carbone cherche les réponses à ses questionnements dans les réseaux. De l'autre, notre monde en toile de fond qui s'effondre inexorablement au fil des chapitres et des années qui passent. C'est le croisement de ces deux trames qui imprime la réflexion de Mathieu Bablet sur bien des choses... D'un côté bien sûr la critique de nos modèles de sociétés, de nos modes de vie, de notre rapport au réel et de l'autre, un questionnement philosophique sur l'existence, le sens de la vie. Voilà donc un album assez magistral, tant par son scénario, sa construction, que par son dessin si singulier et qui fait maintenant office de marque de fabrique de l'auteur. Ses décors sont toujours aussi somptueux, ses mises en couleur impressionnantes pour assurer les ambiances dans lesquelles il veut nous embarquer ; ses personnages ont souvent des visages taillés à la serpe, mais si cela surprend toujours un peu au début, on s'y fait rapidement. Encore une très belle réussite de l'auteur sur un sujet tout autant d'actualité qu'universel. Bravo !

08/12/2020 (modifier)
Par Sempai
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Certes l’année 2020 n’est pas finie, cependant Carbone et Silicium devrait être dans mon top 3 des BD lues cette année (et peu importe que dans ce classement il puisse y avoir des choses plus anciennes c’est moi qui décide). Pour redevenir sérieux (même si ce que je disais avant était très sérieux), Carbone et Silicium est une BD fascinante. Tout d’abord par son format hors norme, plus de 260 pages, une taille colossale, un travail sur le papier et la couverture formidable et pourtant pour un prix « modique » (en comparaison des BD de 48 pages à 11 euros). Une fois passé le choc de l’objet ouvrage, rentrons dans le vif du sujet. Les personnages suivis sont 2 intelligences artificielles enfermées dans un corps robotisé. Ces 2 I.A. vont traverser le temps (plus de 260 ans il me semble) et avec elles nous allons suivre « l’évolution » du monde. Bien entendu l’auteur utilise des ellipses avec des chapitres plus ou moins longs selon les périodes explorées. Le thème central du livre est l’amour, l’amour entre ces 2 I.A., leur complémentarité alors que si l’on regarde d’une manière macro nous avons affaire à l’une d’elle totalement sédentaire et l’autre nomade et pourtant elles ne peuvent vivre l’une sans l’autre. L’auteur explore bien entendu des thèmes très actuels car au final il ne prend aucun risque sur une vision de l’avenir original, il propose plutôt une critique de l’époque actuelle et de certaines dérives (comme les humains connectés, l’écologie, le capitalisme, etc.). Le dessin est très particulier et peu rebuter et pourtant quand on lit l’ouvrage, il était évident que cette histoire devait être représentée de cette manière. J’ai particulièrement apprécié les moments « dans la matrice ». Enfin, il est à noter que de très nombreux passages, voire « très » longs, peuvent n’avoir aucun dialogue. Ces moments de contemplation sont là pour nous permettre de voir le monde, de voir comment ces I.A. le traverse et parfois nous éclairent sur toutes les évolutions qui se sont déroulées. Je suis très enthousiaste fasse à cette BD, toutefois j’ai quelques bémols à présenter. Parfois, il nous manque (à nous lecteur) certaines clés de compréhension pour ces moments de contemplations. Peut-être est-ce une manière de nous permettre d’être en synesthésie avec le personnage qui erre par moment dans le monde ? On s’interroge parfois de « l’intérêt » (à part esthétique et c’est déjà beaucoup) de certains moments. Certes, nous ne sommes pas dans un roman graphique d’anticipation mais il y a certains éléments qui sont un peu gros à avaler comme le fait d’avoir téléchargé l’intégralité des données du monde à leur création mais d’avoir besoin d’autrui (une humaine) pour télécharger leurs consciences dans d’autres corps (et pleins de petits détails technologiques qui semblent assez peu raccord). Toutefois, ne vous y trompez pas, Carbone et Silicium est une BD, je le redis, fascinante (et c’est rare que je le dise) que je vous recommande chaudement de lire.

04/12/2020 (modifier)
Par doumé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Bablet nous embarque dans un univers construit avec le même procédé que Shangri La, il rend crédible son scénario en faisant référence à des évènements réels récents et des technologies existantes . Il décrit l'aventure de deux intelligences artificielles à partir de leur mise en service et leurs parcours au cours des siècles. L'une des chercheuses refuse leur obsolescence programmée et c'est le début d'une aventure dans deux mondes. Une ia vit dans le monde virtuel et l'autre s'échappe et parcourt le monde réel. L'auteur en profite pour dénoncer le cynisme des dirigeants des grandes compagnies et une société basée sur la consommation de produits. Dans les scénarios classiques de science fiction, les androïdes occupent des rôles secondaires au service des hommes. L'originalité de cette bd, ce sont deux intelligences artificielles qui sont nos héros. Nous partons de 2 machines connectées rendues humaines en leur créant une enveloppe charnelle pour obtenir des entités douées de sentiments humains, dégagées de nos contraintes corporelles. Avec des sentiments l'une envers l'autre et des caractères différents, l'auteur les différencie de simples machines et ce procédé nous fait vivre l'aventure de deux êtres à partir de leurs naissances et non de leurs mises en service. En toile de fond, nous assistons à l'effondrement de la société humaine qui survit sur les détritus du monde d'avant, victime de ses excès. Une vision du futur pessimiste qui s'appuie sur des thèmes comme la fin du capitalisme, l'écologie et le consumérisme. Le scénario est d'une telle richesse qu'il permet à l'auteur d'aborder encore un autre thème, c'est le transhumanisme avec un message qui nous fait comprendre que peut être seule notre technologie nous survivra. Pour le dessin, mon avis est contrasté. La représentation des décors est réussie, elle nous transporte à chaque chapitre dans une autre époque et sur un continent différent en quelques cases. Mais la représentation des personnages avec leurs visages aplatis ou leurs têtes qui font un demi tour sans que le corps ne bouge me dérangent pendant la lecture. Un scénario de science fiction d'une qualité exceptionnelle, une vraie performance, un style Bablet qui s'impose et qui devient incontournable.

24/10/2020 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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La Tomorrow Foundation va livrer au monde deux entités d'intelligence artificielle. C'est ainsi que Carbone et Silicium voient le jour, ils ont accès à la connaissance globale du monde mais leur désir est de s'émanciper, de trouver un corps d'accueil. Entre les deux IA va naitre ce que l'on peut qualifier d'amour. À travers le temps ils vont se perdre et se retrouver. Le moins que l'on puisse dire c'est que Mathieu Bablet est un auteur complexe. Ses choix graphiques d'une part, et d'autre part la profondeur du propos au travers des thèmes qu'il explore. D'un point de vue graphique l'objet même est une petite tuerie, dos toilé, épaisseur des pages, qualité du papier, jusqu'au prix qui reste très correct pour un pavé (267 pages tout de même) de cet acabit. Un triple hourra pour les éditions Ankama et le label 619 dont j'ai chanté les louanges par ailleurs. Également la colorisation impeccable qui propose toute une gamme de nuances plus superbes les unes que les autres. Ici point de Photoshop, tout est fait à la main et je ne vous cause pas des décors hallucinants, que les planches soient contemplatives ou autre. En ce qui concerne ses personnages je suis plus que dubitatif, pourquoi des silhouettes à peine ébauchées, sans pieds et des visages qui parfois ont tendance à être différents d'une case à l'autre ? Une tendance à l'épure nous dit Alain Damasio dans la postface. Mouais bof, un trait plus réaliste m'aurait permis une immersion plus profonde dans le récit. Sans doute des restes de l'époque Label 619 dont Singelin et Run sont les chantres et Maudoux dans une moindre mesure. Sur le propos de l’œuvre disons le tout de go, Bablet nous offre un album totalement dépressif où il n'y a que peu de lueurs d'espoir. Pamphlet contre la connexion à outrance, le transhumanisme, la machine et l'humain entremêlé et la destruction environnementale. Ce qui sauve l'ensemble c'est cette histoire d'amour entre deux êtres qui vont passer tout le temps de l'album à se chercher, leurs corps d'origine presque humaine perdant au fil du temps cette dimension les faisant redevenir machines obsolètes. Un album qui n'a pas fini de faire réfléchir, magnifique, n'ayons pas peur des mots, bien évidemment un coup de cœur.

26/09/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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De nombreuses théories affirment que le Silicium serait capable de supplanter le Carbone pour créer une nouvelle forme de vie organique. Pourtant Mathieu Bablet ne s'embarrasse guère de cette affirmation pour créer un nouvel univers dense et sombre s'étalant sur plus de 250 pages. Le succès inattendu de Shangri-La lui a permis de peaufiner pendant près de 4 ans cette histoire qui se veut universelle. Inutile effectivement de tergiverser et de tourner autour du pot, "Carbone et Silicium" est un petit chef d'oeuvre. Dans un monde futuriste assez proche du notre, une équipe de scientifiques va créer deux entités artificielles parfaites. Dotées de toutes les connaissances du monde et destinées à un marché international commercial, leur seule contrainte "physique" sera leur durée de vie, à la fois pour pouvoir les remplacer par de futurs modèles plus perfectionnés mais également pour mieux les contrôler. Dotés d'une conscience, les deux "machines" vont tenter de prendre leur liberté et leur envol dans la simple illusion de vivre et de découvrir l'environnement terrestre. Seul Silicium arrive à s'enfuir pendant que Carbone sera consignée entre 4 murs.... C'est alors que le professeur Noriko, créatrice des deux machines, va offrir à Carbone une possibilité unique pour prolonger sa vie..... Le reste de l'histoire est à lire... car les années vont passer pour Carbone & Silicium vont s'affranchir de la temporalité et passer les époques par de nombreux flash forwards fascinants où les deux entités ne vont cesser de se croiser, Carbone cherche un sens à sa vie illimitée en explorant les réseaux informatiques fabuleusement mis en scène par l'auteur pendant que Silicium sillonne le monde en solitaire. Le travail fourni par l'auteur est fascinant, on le voyait déjà à l'oeuvre dans la réalisation magistrale de mégalopoles aux lignes infinies dès son premier album, le sous-estimé La Belle Mort mais ici tout est décuplé et se passe de commentaires. L'éclairage apporté sur les nombreux environnements nappés de couleurs chaudes d'un soleil rugissant est également de toute beauté. Les I.A traversent les époques et sont témoins de la chute et décadence de l'espèce humaine dont ils se font les spectateurs. Un Taj-Mahal déserté, une faune en train de mourir à petit feu ou la hausse du niveau de la mer sont des témoins visuels muets mais spectaculaire d'un futur probable. Le tout est mélancolique, poétique, parfois dur et choquant (l'agonie d'un personnage clé), parfois bavard, souvent muet, Bablet redistribue les clés du Géant de Fer ou d'un "Blade Runner" sans jamais les parodier. On ferme ce long récit bouleversé avec beaucoup de questions qui résonnent bien après la lecture sur le sens de notre propre devenir. Bluffant et perturbant comme pouvaient l'être A travers ou En Mer. Ne passez pas à côté de ce jeune auteur qui est devenu en 4 séries un incontournable du 9ème art.

13/09/2020 (modifier)