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Payer la terre (Paying the Land)

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

A la rencontre des premières nations des territoires du Nord-Ouest Canadien "Redonner à la nature ce que la nature nous a donné"


BD Reportage et journalisme d'investigation Canada Documentaires Froid. Neige. Glace Tribus et peuples isolés

Joe Sacco, l'auteur de Gaza 1956 et Gorazde, reprenant ses carnets de reporter-dessinateur, s'ets rendu dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, au-dessous de l'Arctique, une région grande comme la France et l'Espagne, mais peuplée de seulement 45.000 personnes. Allant à la rencontre des Dene, il nous retrace l'histoire de ce pays depuis l'arrivée des premiers colons et dresse un portrait actuel, économique, écologique et terriblement humaniste. "Pour les anciens, les vies étaient dictées par l'environnement, par les animaux. Ils vivaient en harmonie à leur contact. Les Dene mesuraient l'importance du monde qui les entoure. Ils devaient se lever tôt, pour pouvoir saluer le soleil. Ils enseignaient à traiter la terre avec égard. Avant de creuser des trous, de faire du tapage, ils disaient de prier et de payer la terre. Donner quelque chose ... de l'eau, du tabac ou du thé. Il fallait apporter un cadeau, comme lorsque tu rends visite à quelqu'un."

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 08 Janvier 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Payer la terre
Les notes (2)
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09/02/2020 | gruizzli
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Par Canarde
Note: 4/5
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Un documentaire complet sur le déracinement organisé par les pouvoirs publics du peuple Déné au Canada. Je n'avais jamais lu de BD de Sacco, et les sujets précédents me paraissaient tellement durs que je ne me sentais pas le courage de commencer par ça... En réalité, celui-ci l'est tout autant (dur). Le plus étonnant c'est qu'il m'a renvoyé finalement à ce qu'a dû subir ma mère née en Auvergne en 1945. Ses parents parlaient patois et à 7 ans, elle a été mise en pension chez les "bonnes sœurs", puis est partie étudier à Lyon. Avec ce nouveau formatage, il n'a plus été question pour elle de revenir à la ferme, elle est "montée dans l'échelle sociale" mais a perdu sa langue et la responsabilité de son territoire, dont elle héritera pourtant, et sans doute moi après elle.. Le parallèle peut sembler exagéré, mais regardons les choses en face, les auvergnates sont toutes parties à la ville, les hommes, en charge des fermes ont cherché des épouses sur les petites annonces du chasseur français (de l'est ou d'outre-mer), certains se suicident, bref, ce n'est pas très reluisant quand-même. L'éducation forcée organisée par l'état canadien pour tous les enfants Dénés qui ont été arrachés à leur culture de chasseurs cueilleurs (et non d'éleveur comme en Auvergne) a créé un désastre culturel dont Joe Sacco et sa chauffeuse Shauna, sont venus observer les détails, et sonder les motivations. Les motivations : arracher les peuples à leur terre, pour pouvoir exploiter les forêts de manière industrielle. Les détails : alcoolisme, chômage, incompréhensions et divisions à l'intérieur des familles, les enfants revenant incapables d'allumer un feu, de peler un orignal ou de construire une barque avec sa peau. Bref cette lourde somme de 263 pages d'interviews d'autochtones de tous avis racontant leurs expériences, à l'âge de l'enfance dans le monde traditionnel et nomade, puis l'internement forcé dans des écoles "civilisatrices", et leur vies aujourd'hui, salariés dans des boîtes d'exploitation forestières ou minières, ou chômeurs, instituteurs, travailleurs sociaux, ... Le dessin, très précis, en noir et blanc, avec des visages en gros plan, des véhicules, des paysages, des machines d'extraction, est une représentation touffue et appliquée. On sent la volonté de faire référence, que tout cela soit visible à la face du monde. Lisez "Payer la terre", vous verrez que toutes nos familles paysannes françaises ont été soumises au même chantage au progrès : Votre culture va mourir, mais en échange vous aurez l'argent. So what ?

16/02/2020 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

Le dernier Joe Sacco est arrivé, et avec lui un nouveau sujet documentaire que je n'aurais jamais connu sans cela. C'est déjà cela qui me fait apprécier chaque nouveauté de l'auteur : la découverte du sujet, bien souvent trop méconnu. Et en l’occurrence, je suis obligé de le dire, il fait fort, le bougre. Le style de Sacco ne change absolument pas ! Il a toujours ce don pour faire des portraits qui sont proches de la caricature et pourtant très précis, comme s'il tentait de représenter les visages sans parfaitement y parvenir. Mais il a aussi une précision dans la représentation des décors, et dans le cadre d'un récit se déroulant dans le Grand Nord Canadien, je n'en attendais pas moins ! Ce fameux Grand Nord, j'en suis friand depuis mes lectures d'enfance des récits de Jack London, mes lectures d'adolescence de Bernard Clavel ou mes lectures adultes de tous les auteurs que j'ai pu trouver parlant de cette région sévère, difficile et rude, mais ô combien belle et grande, vide et froide. Un rêve pour moi, qui aime les grands espaces, le calme et le froid. J'ai donc un intérêt déjà certain pour la thématique, et je suis d'autant plus intéressé que les récits concernant les peuplades premières de ces lieux ne sont pas les plus nombreux, les seuls que j'ai lus jusqu’à présent étant ceux de Nicolas Vanier (pas très objectif ou documenté sur le sujet, avouons-le). Un documentaire complet, foisonnant et renseigné m'a donc beaucoup intéressé. Grand bien m'en a pris, puisque Sacco a toujours cette précision du documentaire, sa volonté de transmettre en toute transparence et sans jamais dédaigner de donner son avis, ce qui peut étonner pour un documentaire mais ajoute, selon moi, le côté humain qui manque souvent dans des simples documentaires se tenant à distance de leurs sujets. Et en l'occurrence, l'humain va avoir une place centrale dans le récit. Joe Sacco livre un témoignage de la situation des Dene, natifs canadiens en proie aux habituels soucis de ces nations : perte de leurs terres, problème d'argent, d'alcool, de violence, de drogue, d'extractions de ressources, de manipulation politique ou encore d'intérêts de groupes financiers immoraux. L'auteur va parcourir le territoire à la rencontre de ses habitants, les interrogeant sur leur vie. Et quelle vie ... Quelle vie ? Les témoignages sont nombreux, et l'abondance de texte peut réellement rebuter (prévoir quelques jours pour le lire et le digérer tranquillement, tout de même), mais c'est le meilleur moyen de réellement représenter l'état de ce territoire en proie à toutes sortes de conflit. Bien que construit d'une manière désordonnée, le récit essaye tout de même de garder un fil de narration allant du passé vers le présent, exposant la vie en forêt des ancêtres, les valeurs et les traditions de ce peuple, pour ensuite arriver aux soucis majeurs qu'ils connurent (l'acculturation forcée dans les bagnes ... pardon, les pensionnats religieux), les répercussions de tout ceci sur leurs vies et leur culture, et l'arrivée des nouveaux soucis politiques (forage pétrolier, indemnisation, alcoolisme, désertion des lieux, cours de la bourse, pollution ...) qui se sont profilés avec les nouvelles générations. C'est riche en événements, mais aussi en points de vue et en avis. Rien n'est simple en ce bas-monde, et surtout pas lorsque cela concerne un aussi grand nombre de personnes sur un aussi grand nombre de sujets. Rien que l'affrontement sur la question de l'indemnité des populations indiennes pour la perte de leurs cultures, leurs terres, leur langue est sujette à débat. Et il est souvent triste de voir les anciens parler de tout ce qu’ils ont perdu pour arriver à la constatation qu'ils n'ont plus rien maintenant. Si vous voulez le lire, attendez-vous à des cruautés et des horreurs, mais aussi à beaucoup de résignation et d’abattement. La situation semble noire pour ce peuple qui navigue entre deux mondes, en voie de disparition. Et pourtant Joe Sacco arrive à en tirer une BD qui flirte avec l'optimisme et tente de redonner confiance. L'espoir est permis, et tout n'est pas encore joué. Peut-être arriverons-nous finalement à prendre conscience de ce qui se joue, de la vie de ces humains et de leurs combats. Ce genre de documentaire est à réserver aux passionnés, aux lecteurs assidus et j'ajouterai même aux personnes ayant déjà lu du Joe Sacco. C'est dense et lourd, pas toujours très dynamique dans la narration. Mais c'est passionnant et édifiant sur la société que nous avons bâtie. En un sens, je lui trouve beaucoup de points communs avec le Petit traité d'écologie sauvage dans les thématiques et les réflexions sur la place de l'homme dans la nature. Une découverte que j'ai aimé faire, même si maintenant elle va trotter un petit moment dans ma tête avec ses nombreuses réflexions et piques envers notre société bien ancrée dans un monde qu'elle détruit trop vite.

09/02/2020 (modifier)