Interférences

Note: 3/5
(3/5 pour 3 avis)

Mus par leurs passions politiques et musicales, deux jeunes étudiants lancent une radio pirate et attirent les foudres des autorités. Une plongée dans un passé récent aux accents très seventies, par Galandon et Puchol.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide La BD au féminin La radio

lban et Pablo découvrent, un soir, sur une plage de vacances, l'existence des radios pirates, grâce aux émission musicales de Radio Caroline. La pionnière des radios libres émet depuis les eaux internationales, sur un bateau devenu célèbre auprès d'un public d'initiés. Quelques années plus tard, les ados devenus étudiants décident eux aussi de se lancer dans la création d'une radio pirate, suite à la rencontre de Douglas, un anglais qui a travaillé pendant deux ans sur le fameux bateau. Le dragueur invétéré leur prodigue les conseils nécessaires pour installer un petit émetteur dans un appartement sous les toits, et le relier à une antenne installée pour l'occasion. Radio Nomade est née, et va proposer un programme hebdomadaire composé d'interviews et de musique. Sous les pseudos de Rackham et Teach, ils vont toucher de plus en plus d'auditeurs parisiens, mais surtout être entendus par les oreilles de TDF qui détient le monopole d'état. Les premiers brouillages interviennent lorsque des véhicules spécialement affectés à cette censure d'état s'approchent des signaux émis par les pirates. Tandis que les oreilles policière entendent également les interviews très politiques aux accents parfois révolutionnaires que la radio propose. C'est le début d'une véritable prise de risque personnelle pour Alban et Pablo, dont les divergences de points de vue vont mettre en péril leur vieille amitié.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 12 Janvier 2018
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Interférences © Dargaud 2018
Les notes
Note: 3/5
(3/5 pour 3 avis)
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20/07/2018 | Erik
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L'avatar du posteur Agecanonix

Voila un album au sujet suffisamment singulier et pas traité à ma connaissance en BD, les auteurs se penchant sur les prémices de l'éclosion des radios libres en France. J'avoue que c'est pas le genre de Bd vers laquelle je cours d'habitude, mais intrigué, j'ai voulu en savoir plus, j'ai bien fait. Dans l'imaginaire collectif, l'aventure des radios libres est liée à l'arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981 ; c'est la multiplication des stations qui dans un premier temps se déploient de façon anarchique sur la bande FM, puis s'organisent et donnent rapidement naissance à de véritables mastodontes comme NRJ, Skyrock, Fun Radio et autres... j'ai vécu cette période, j'avais 20 ans mais honnêtement, je m'en souviens peu dans le détail parce que je m'en foutais complètement, j'avais d'autres préoccupations en tête, d'autres objectifs et d'autres centres d'intérêt, je n'ai jamais été un gros écouteur de radio, sauf en voiture, et encore le plus souvent je mettais des K7. Même encore de nos jours, quand je bossais de nuit ou le matin, j'écoutais Nostalgie, puis Bourdin sur RMC et les Grande gueules en suivant et c'est tout, je préférais mettre des CD. Dans cet album, on apprend que tout a commencé en réalité dans les années 70, des radios pirates voulaient battre en brèche le monopole de Radio France et des radios périphériques comme Europe 1, RTL ou Sud Radio... A travers le destin de 2 amis étudiants et ouvrier imprimeur qui se lancent dans cette aventure créative, on assiste à tout un processus. L'album décrit les étapes qui marqueront l'aventure des radios libres, entre bidouillages techniques, improvisation, et prises de risques car cette activité étant illégale, le jeu du chat et de la souris entre ces téméraires rénégats des ondes et la police devient courant. Le récit fricote presque avec le polar tout en montrant l'évolution de ces radios pirates dont l'anticonformisme va devenir ensuite obsolète. Le dessin est sympa, je ne connaissais pas Jeanne Puchol, c'est un chouette noir & blanc qui a de la gueule et qui crée une atmosphère correspondant parfaitement à ces périodes un peu troubles et en même temps insouciantes propres aux années 70, ça permet de dresser un habile tableau qui décrit la normalisation d'un mouvement à l'origine bordélique. Un récit très instructif et édifiant.

05/06/2022 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Au travers de deux hommes qui ont été acteurs des premières radios libres qui, en France, mêlaient diffusion de musiques et de messages politiques s’écartant des canons officiels, nous suivons cette aventure qu’a été celle de ces radios pirates. La narration est fluide (comme le dessin d’ailleurs), et la petite histoire s’accommode de la grande pour nous rendre un récit plutôt captivant. L’évolution des rapports entre nos deux protagonistes, avec des trajectoires qui s’écartent, du fait de choix différents (qui accentuent les inégalités sociales qui les distinguaient au départ), est plutôt bien construite. Et la lutte des pionniers des radios libres est aussi bien montrée, dans un combat contre la censure et les méthodes de barbouzes des années Giscard (qui en cela ne changeait pas grand-chose des méthodes gaullistes) qui ne prendra fin qu’avec l’ouverture des ondes obtenue avec l’arrivée au pouvoir de Mitterrand en 1981. Et l’ironie de l’histoire – illustrée dans les dernières pages – est que ce sont des radios commerciales « capitalistes » qui vont tirer les marrons du feu, récupérer l’espace de liberté acquis à grand prix par des militants souvent très à gauche : NRJ et consorts vont enterrer certains rêves de liberté, en en faisant un usage commercial outrancier et en étouffant finalement sous les pubs les idées libertaires qui sous-tendaient les radios libres. En tout cas, voilà un album à la fois instructif et agréable à lire.

30/10/2020 (modifier)
Par Erik
Note: 3/5
L'avatar du posteur Erik

On a aujourd'hui du mal à y croire car on peut écouter toutes les radios que l'on souhaite sans qu'elles soient soumises à un appareil d'état. Cela n'a pas toujours été le cas dans l'histoire de notre pays. Il faut se rappeler qu'avant 1981 et l'élection de François Mitterrand, les radios étaient toutes contrôlées par l'Etat et il ne faisait pas bon du tout critiquer l'action du gouvernement. Ainsi, le président Valéry Giscard d'Estaing disposait d'un avantage politique assez conséquent sur ses adversaires en disposant de l'outil médiatique. Les chanteurs français comme Johnny Hallyday ou Michel Sardou ont également pu prospérer car les programmes musicaux étaient fortement hexagonaux. L'action de ce récit se passe dans les années 70 avec l'émergence des radios pirates alors que certains pays européens comme l'Italie avait déjà libéralisée les ondes dès 1976. On va suivre deux étudiants qui se lancent dans la piraterie dans une société parfois assez réactionnaire malgré mai 1968. C'est assez intéressant de voir comment ce sujet rare est traité. Il y aura une trahison à la fin d'où l'interférence mais ce n'est pas celui que l'on pense qui a balancé. Comme quoi, il ne faut jamais tirer des plans sur la comète.

20/07/2018 (modifier)