Demain, demain

Note: 3.6/5
(3.6/5 pour 5 avis)

- Ca c'est pas une maison, ça c'est une cabane, dans une cabane il pleut, dans une cabane il fait froid !


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Documentaires Immigrants Les coups de coeur des internautes Maghreb Paris

- Ca c'est pas une maison, ça c'est une cabane, dans une cabane il pleut, dans une cabane il fait froid ! À la croisée du documentaire et de la fiction, le destin d'une famille algérienne, du bidonville de Nanterre à son relogement dans les années 1960.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 28 Mars 2012
Statut histoire Une histoire par tome 2 tomes parus

Couverture de la série Demain, demain © Actes Sud/Arte Editions 2012
Les notes
Note: 3.6/5
(3.6/5 pour 5 avis)
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30/03/2012 | Spooky
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L'avatar du posteur Noirdésir

C’est vraiment un chouette documentaire – mâtiné de roman graphique pour rendre plus vivante cette présentation d’une réalité oubliée. Celle des bidonvilles dans lesquels s’entassaient des populations immigrées dans les années 50-60, puis des « cités de transit » dans lesquelles on t les a envoyées par la suite. Plus qu’oubliée d’ailleurs on devrait plutôt parler d’occultée, invisibilisée. En effet, il n’y a pas que l’histoire ou la mémoire qui les ait oubliés. Tout était fait à l’époque pour qu’ils n’apparaissent nulle part (logements indécents loin de tout, y compris lorsqu’il s’agit de « reloger » ceux qui sont chassés par les destructions des bidonvilles). Cette réalité n’a laissé que très peu de traces, recouverte par la communication sur les « 30 Glorieuses ». Au travers de l’histoires de quelques familles, nous découvrons donc cette réalité, le scandale permanent à quelques encâblures de Paris. La vie, la solidarité, la honte bue des bidonvilles est bien rendue. Comme l’est dans le second tome – qui se déroule une décennie plus tard – l’exploitation éhontée de la main d’oeuvre immigrée par l’industrie et le travail à la chaine. Quelques textes rappellent régulièrement le contexte, et des interventions (radio, télé, journaux) de politiques (Debré, Pompidou, etc.) ou d’industriels (Bouygues à vomir) montrent le cynisme méprisant à l’œuvre. Au bas de l’échelle, tous les rapaces (gardien de « cité de transit, responsable des listes pour les HLM, etc.) qui exploitent – avec force racisme – ces « bougnoules ». Si l’humain émerge régulièrement (solidarités de voisinage, fraicheur des jeunes « beurs », luttes sociales et politiques), la lecture s’évère tout de même amère. Les auteurs ne jouent pourtant jamais sur le pathos (y compris pour le massacre du 17 octobre 1961, traité finalement rapidement et presque pudiquement – même si quelques extraits de journaux montrent la désinformation et la racisme ambiant). Si l’économie – et la société – françaises doivent beaucoup à la main d’œuvre immigrée dans ces Trente Glorieuses qui ne le furent pas pour tous, il est bon de rappeler, alors qu’aujourd’hui certaines idées nauséabondes s’affirment dans les médias, que la France n’a toujours pas soldé ses dettes, en particulier mémorielles. La lecture de ces deux albums est très recommandable. La narration est fluide et agréable. J’ai bien aimé le dessin, simple, mais efficace (même si certains personnages sont parfois difficiles à différencier).

03/02/2026 (modifier)
L'avatar du posteur bamiléké

J'ai beaucoup apprécié cette fiction documentaire rappelant l'histoire du bidonville de Nanterre. J'aurais presque pu croiser les enfants de Kader à l'école puisque j'habitais Courbevoie qui est tout proche de Nanterre. La construction du site de la Défense, les jeux dans les terrains vagues (encore nombreux à l'époque), me rappelle des souvenirs d'enfances. Bien sûr nous connaissions l'existence du grand bidonville de Nanterre sans y avoir jamais pénétrer mais nous pouvions le voir de la route et cette image est restée gravée dans ma mémoire. Laurent Maffre reprend le témoignage de Monique Hervo qui est intervenu pendant dix ans pour aider (aide scolaire, écrivaine public, conseil et accompagnement humain) auprès de ce public très vulnérable. Je troue que l'auteur réussit très bien à traduire les paradoxes de cette époque. En effet le scénario met bien en valeur la complexité d'une situation où la population était officiellement Française ( jusqu'en 62), travailleuse et discrète et officieusement perçue comme un ennemi ( FLN, 17 octobre 61). Le récit se veut non polémique (Papon n'est jamais cité) et se veut très optimiste sans tomber dans l'angélisme. La narration est fluide malgré quelques flash back pour insérer quelques éléments historiques qui, expliquent le contexte ( guerre en Algérie, manif du 17 octobre). Les auteurs préfèrent minimiser le racisme ambiant pour honorer les Français aidants . Monique Hervo est ainsi mis en scène sous les traits de Françoise. Ce récit-témoignage est à mes yeux très important 60 ans plus tard dans un contexte où les relations Franco Algériennes sont toujours compliquées. Le graphisme en N&B de Maffre amplifie le côté reportage du récit. Le trait est épuré avec une belle recherche sur les visages masculins. J'ai eu un peu plus de mal sur les visages féminins. Surtout j'ai admiré le travail pour transcrire les détails du bidonville. A la fois dans ces extérieurs et pour la vie intime les atmosphères décrites sont très crédible. J'ai vraiment été impressionné. Une lecture qui traverse de nombreuses thématiques: historique, sociale, sociétale qui mérite la lecture d'un public large. Perso un très bon 4

21/11/2024 (modifier)