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Les interviews BD / Interview de Hub

Rencontre avec Hub pour discuter de ses débuts dans le cinéma puis la BD, de sa série phare « Okko », et surtout de sa nouvelle série chez Delcourt : « Le Serpent et la Lance ».

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Photo de Hub (https://www.editions-delcourt.fr/auteur/hub.html)Bonjour Hub, alors si tu veux bien on va commencer par une question un peu classique : peux-tu me dire comment tu es arrivé dans le monde de la bande dessinée ? Alors, mon vrai nom c'est Humbert Chabuel, je suis né à Lyon en 1969, donc j'ai 50 ans et je suis arrivé dans le monde de la bande dessinée en CM1 où j'étais ce qu'on peut appeler un cancre, ou pas loin, souvent proche du radiateur... Je m'étais fait un bon copain et on s'intéressait de plus en plus aux Malabars, parce qu'on avait découvert qu'à l'intérieur il y avait des strips et on s'amusait à faire nos propres histoires autour du personnage Malabar. Quelques mois plus tard j'ai commencé à m'intéresser aux « Tuniques Bleues » et avec un autre copain, chacun de notre côté on dessinait une BD par rapport aux aventures des Tuniques Bleues, et j'ai fait quelque part mon premier album de 32 pages en prenant les personnages tirés de cette série. Je me suis aperçu que j'avais une vraie passion pour le dessin et la liberté qu'offrait la bande dessinée pour raconter ses propres histoires. Et lorsqu'on dit que la BD c'est un peu le cinéma de papier, je trouve que c'est assez vrai, que c'est une belle métaphore. Pour continuer, je suis donc allé jusqu'au bac, que j'ai eu « brillamment » au rattrapage avec les plus grandes difficultés. Après j'ai fait une école de dessin qui ne m'a pas vraiment convaincu. Sorti de cette école de dessin en 1992, avec mon meilleur pote on a passé un concours et on a eu la chance de travailler sur le film « Le 5e élément » de Luc Besson où j'ai côtoyé Moebius et Mézière au quotidien. A la suite de ça j'ai travaillé sur Paris dans différents domaines, jeu vidéo, de nouveau cinéma, TV. On a monté une société qui s'appelait Okidoki avec deux de mes meilleurs amis, d'autres personnes, dont un réalisateur qui s'appelle Eric Chevalier. On était quatre, ça a duré 6 ans. A un moment l'envie de refaire de la BD est revenue de façon très forte. J'avais eu une première expérience avec les éditions Glénat sous mon vrai nom auparavant et il m'a fallu 6/7 ans, parce que je n'avais pas été convaincu par cette première ; mais après ce laps de temps les plaies étaient refermées et j'ai eu envie de recommencer l'expérience de la bande dessinée et j'ai conçu Okko en très peu de temps. Je l'ai soumis aux éditions Delcourt et l'aventure recommençait dans le milieu de la BD. J'ai sorti mon premier album en 2005 et j'ai fini Okko il y a 3 ou 4 ans à peu près et aujourd'hui je sors donc Le Serpent et la Lance, le premier acte « Ombre-montagne ». Concept art de Moebius pour le 5e élémentSacré parcours ! Et donc quand tu t'es retrouvé à travailler avec des gens tels que Besson, Moebius ou Mézière, ça fait quel effet et quelles sont les influences que cela a pu avoir sur ton travail ? Cette première véritable expérience professionnelle a été plus qu'un déclic, ça a été une révolution, c'est la véritable école que j'ai faite. C'est à dire que l'école que j'ai faite auparavant, je l'ai prise en tant que dilettante, je faisais plus le con qu'autre chose, je faisais du jeu de rôle, j'étais avec mes copains, et je n'ai pas vraiment pris mes études au sérieux très honnêtement. En plus avec le système éducatif qui était de transmission proposé par cette école, cela ne s'est pas très bien passé. Mais au sein de l'équipe on était onze à travailler sur « Le 5e élément » et pour moi ça a été une école extraordinaire. Je me suis aperçu de l'exigence que demandait le dessin si on voulait arriver à faire quelque chose de maîtrisé. Le fait de côtoyer des grands noms comme Moebius ça a été quelque chose ! Moi j'ai apporté très peu de choses sur le film, mais je sortais de mon école, je n'avais pas beaucoup de niveau. Mais ça a été fascinant de côtoyer ces gens pendant un an et demi et surtout ça m'a amené à une prise de conscience ; c'est qu'à ce niveau là j'ai encore un regard attendri, j'y pense régulièrement et même j'en rêve souvent ! C'était fou ! Par contre le métier a beaucoup changé depuis. A l'époque on travaillait avec des feutres et il n'y avait pas d'ordinateur. Donc pour moi c'est vraiment une période bénie, mais en même temps très différente de l'approche du métier d'aujourd'hui au niveau technologique. Accéder à la série BD OkkoPour revenir sur ce que tu disais à propos de ton appréciation de la liberté que te procure ton travail en BD et que j'ai déjà entendu lors d'interviews précédentes pour des gens qui ont aussi touché au jeu vidéo ou au cinéma, peux-tu me dire ce qui est différent ? Déjà pour une raison très simple, c'est que fabriquer un album, une nouvelle série, lorsqu'un éditeur croit en un dessinateur ou une équipe avec un scénariste, et qu'il le signe, cela ne va pas lui coûter vraiment cher. Cette prise de risque pour un dessin animé par exemple, il faut au moins lever 20 millions d'euros. Donc là, tout de suite, les enjeux ne sont pas les mêmes. La prise de risque est forte, et là avec cette pression, les tours de table qui sont faits avec différents pays, font que les gens vont se restreindre, vont se mettre des contraintes énormes, en ayant peur de choquer par exemple ; on va viser un public, donc le marketing va dépasser quelque part la créativité. Et j'ai vu plein de projets dans le dessin animé subir une forme d'érosion par rapport au projet original et dévier de ce qu'ils étaient au début, et aller vers des choses un peu absurdes parfois. J'ai des souvenirs, même si je n'avais pas travaillé dessus, d'une série avec des centurions, où on s'était dit « oui mais les centurions c'est mal, ils ont des glaives, c'est pas bien, alors on leur avait mis des bouts de bois ». Bon bah à un moment ça devient la guerre des boutons et ce n'est plus des centurions... Et bien la bande dessinée, c'est l'inverse. Pour ce qui me concerne chez Delcourt, je suis accompagné dans ce que je veux faire, avec des gens qui comprennent où je veux aller, qui très rarement se trompent sur leurs conseils et m'accompagnent dans mes envies. Je n'ai jamais senti une forme d'entrave par rapport au type d'histoire que je voulais raconter. Donc cette liberté on la paye, parce qu'elle a une prix, la vie d'auteur de bande dessinée ce n'est pas toujours un parcours rose, mais en tout cas, cette liberté je la ressens au quotidien. Une planche de la série OkkoTu t'es donc fait connaître avec cette série Okko, tu avais déjà travaillé sur d'autres séries auparavant ? J'avais travaillé pour les éditions Glénat sous mon vrai nom autour de 1997 sur une série manga ; je faisais 140 planches avec toute une équipe, mais ça ne me plaisait pas du tout, tant au niveau du scénario que de ce que je produisais, rien ne me plaisait. C'était trop d'énergie par rapport au résultat. Par contre j'ai beaucoup appris avec Gess qui était le scénariste de l'époque, qui est un grand dessinateur et qui m'a énormément appris au niveau de la narration et je le remercie encore de toute la bienveillance qu'il avait. Alors du coup avec Okko tu as attaqué scénario et dessin tout seul, est-ce que c'était un choix ou est-ce que ça s'est fait par défaut ? C'était carrément un choix puisque je m'étais programmé depuis que j'étais jeune pour, au travers du dessin, raconter mes propres histoires. J'ai été un grand consommateur de jeux de rôles dès l'âge de 15 ans et ça ne m'a pratiquement jamais quitté et ça aussi ça a dû cultiver cet art de la narration. Et le fait de vouloir revenir en BD sachant l'effort que ça demandait, et comme cette première expérience s'était mal passée sous mon vrai nom, j'ai déjà pris un pseudo, Hub au lieu de Humbert, car j'avais besoin de ça pour tourner une page et repartir sur quelque chose de vierge. Ensuite je voulais écrire mes propres histoires, faire moi-même mes propres couleurs au début, enfin gérer un maximum de paramètres sur Okko, histoire de ne pas pouvoir dire si je me plantais que c'était la faute de quelqu'un d'autre. Là j'étais le principal responsable de ce qui allait m'arriver et donc ça me rassurait énormément. Je me disais, cette fois si tu te plantes, c'est de ta faute ; il n'y avait pas de bouc émissaire, pas de fuite possible et c'était très bien et je l'ai très très bien vécu. Une planche de la série OkkoEt du coup c'est vrai que Okko a pris tout de suite et est rapidement devenu une référence dans le genre ; qu'est-ce que ça t'a fait et est-ce que c'est quelque chose de difficile à gérer ? Je n'ai pas eu du tout de pression pendant tout le temps où j'ai fait ces 10 albums. La seule pression que j'ai eue c'est celle de mon éditeur mais qui était une pression positive, qui me demandait s’il était possible de sortir un album chaque année. C'était pour le bien de la série, pour que les lecteurs puissent avoir un album régulièrement. Et je pense que cette régularité est plutôt saine. Si on n’y arrive pas, il ne faut pas non plus tomber malade, mais si on s'en sent capable, c'est une très bonne chose. C'est rassurant pour le lecteur, et c'est même agréable de savoir qu'il a ce rendez-vous annuel avec la suite. Donc, cette pression, c'est uniquement sur ces échéances de sortie des albums. Car on voit la date butoir arriver, on doit rendre les fichiers. Mais sinon au niveau de la création sur Okko je n'ai jamais senti trop de pression et justement c'est en ça aussi que ça rejoignait cette impression de liberté et je me suis vraiment épanoui au niveau narratif, au niveau du dessin, au niveau artistique globalement. Je me sentais vraiment très bien et j'ai vécu une sorte de conte japonais éveillé. Accéder à la série BD AslakEt du coup, autour des tomes 6 et 7 de Okko, tu as aussi scénarisé Aslak. Oui j'ai coscénarisé Aslak car je voulais travailler avec Emmanuel Michalak au dessin, car j'avais adoré travailler avec lui (il m'aide sur le storyboard de « Okko »), et comme j'aime beaucoup son dessin et sa façon de percevoir les choses, on est très complices, on a un petit peu la même façon de concevoir la bande dessinée ; j'avais une grande envie où il réaliserait le dessin, et donc voilà on s'est aussi lancé sur cette aventure là qui s'est finie il y a deux ans. C'était quoi, c'était une envie de faire autre chose ou de travailler avec Emmanuel Michalak ? Les deux en fait. J'avais du temps pour écrire une autre série, j'avais aussi vraiment envie de prolonger l'expérience avec Manu ; c'est épanouissant de partir sur d'autres contrées, d'autres univers, de travailler un autre type de narration, de partager autre chose avec plus de personnes, car là l'équipe était plus importante, et c'était vachement bien. Et là aussi l'histoire s'est terminée il y a quelques temps et une page de plus s'est refermée. Accéder à la série BD  Le Serpent et la LanceEt là tu repars sur un nouveau projet. Voilà, je viens d'en ouvrir une autre, à savoir Le Serpent et la Lance. Du coup, la remarque que je me faisais par rapport à tous ces projets c'est qu'on trouve toujours une trame historique avec un fond mythologique omniprésent et toujours étoffé : le Japon, les aztèques ou même les vikings. C'est quelque chose d'important, une nécessité pour toi ? J'aime bien l'histoire depuis que je suis petit, je suis fasciné par les civilisations anciennes, plutôt violentes. Je trouve que les civilisations violentes se prêtent bien au fait de raconter des histoires. Par exemple le Japon pour Okko c'était merveilleux parce qu'on pouvait facilement glisser d'une grande poésie très zen à une très grande violence en quelques souffles et que ça s'y prêtait très bien pour des récits épiques un peu forts car j'aime bien les histoires qui ne sont pas manichéennes et un peu dures. La civilisation aztèque est bien gratinée dans son genre aussi, avec tout son lot de sacrifices. Ce sont donc des civilisations qui m'intéressent mais le fantastique m'intéresse aussi, le côté un peu sombre qui s'en dégage. Je suis quelqu'un de très très positif dans la vie mais j'ai toujours été attiré par les choses un peu sombres, à la limite du normal ; ce sont des eaux dans lesquelles je me sens assez à l'aise. Une planche de la série Le Serpent et la LanceSinon, les quatre grandes choses qui m'ont fait découvrir ces civilisations, c'est d'abord une conférence sur le Pérou dans un cinéma, où j'ai pris une énorme claque ; « La vie privée des hommes », c'était un livre rouge et il y en avait notamment un sur les civilisations précolombiennes illustré par Joubert et le livre de Gary Jennings « Azteca » que ma mère m'a mis entre les mains quand j'étais adolescent et qui m'a mis une claque monumentale, et forcément bien sûr « les Cités d'Or » pour clôturer le tout. Ce sont ces références fortes qui ont fait que dans un coin de mon cerveau la civilisation aztèque, ou une autre, ça aurait pu être maya ou inca, m'attirait. Quand j'ai eu l'idée d'un polar dans la civilisation aztèque, ce qui m'amusait c'était ce côté paradoxal : les aztèques pour faire tourner le monde avaient besoin de beaucoup de sacrifices, de sang, pour nourrir quelque part le soleil pour simplifier, et ce qui m'amusait c'était d'imaginer qu'un pouvoir religieux et politique qui sacrifie à tour de bras depuis des décennies, commence à s'inquiéter par rapport à quelqu'un qui commence à tuer des jeunes filles et qu'on retrouve quelques momies. Ce qui m'amusait également c'est qu'ils ne soient pas armés pour mener des enquêtes, car les aztèques n'avaient pas de police. Nous aujourd'hui on voit beaucoup de séries très noires depuis « le Silence des Agneaux », avec des profilers, une police scientifique et donc ce que je trouvais drôle c'était d'avoir ces gens démunis qui ne connaissent même pas le concept de tueur en série. Ce que je voulais également c'était avoir une pagination conséquente pour pouvoir parler autour de ce thriller, qui reste le fil rouge le plus important, de la civilisation aztèque et développer des personnages chaleureux qu'on va suivre sur ce triptyque. Une planche de la série Le Serpent et la LanceTu parlais de pagination importante pour ce premier tome, est-ce que c'est toi qui as choisi, est-ce que tu as dû négocier avec l'éditeur ? Non, mais il a déjà fallu les persuader que je ne voulais pas continuer Okko et de la pertinence de vouloir partir sur un autre thème mais ça s'est bien passé entre personnes intelligentes. Lorsque j'ai conçu Okko, je l'avais pensé en 10 albums, donc par respect pour le lecteur, pour la série et pour moi-même, j'ai eu beau chercher d'autres idées, elles étaient moins puissantes ; il était donc temps de tourner la page. Je trouve qu'on vit dans une société où trop souvent on décline, on décline, et qu'on ne sait pas s'arrêter. Je trouve donc bien par moment de ne pas être dans cette surconsommation et de pouvoir mener sa barque où on veut et savoir poser le mot fin au bon moment. Lorsque je conçois une histoire, que ce soit Okko, ou encore plus maintenant avec « Le Serpent et le Lance », je pense toujours à la fin, et là notamment pour cette dernière série la fin est très importante, parce que c'est un thriller. Par conséquent, quand j'ai commencé à tracer ce nouveau sillon et que j'ai soumis ce projet, je savais que ce serait une forte pagination. Je voulais prendre mon temps pour poser les éléments d'une histoire assez complexe dans une civilisation tout aussi complexe et donc il me fallait une grosse pagination. Mon héros central qui s'appelle Oeil-Lance arrive à peu près à la page 50 dans l'histoire, il fallait donc encore pas mal de pages pour qu'on commence à vraiment prendre la mesure de là où je voulais aller. Parce que le début est un peu ardu. Il y a pas mal de choses, trois époques différentes, donc il me fallait bien ce nombre de pages pour rassurer le lecteur. Si j'avais arrêté à la moitié de l'album, le lecteur n'aurait absolument pas compris où je voulais aller, ça aurait été trop frustrant. C'est l'histoire qui m'a orienté, j'essaye toujours de me mettre au service de l'histoire. Le jour où j'aurais une histoire de douze pages, j'essaierai de faire un album de douze pages, là en l’occurrence c'était 180. Une planche de la série Le Serpent et la LanceOk, ce que je voulais savoir c'est quels ont été tes plus gros problèmes avec cette civilisation pour parvenir à construire ton histoire ? Il y en a plein ! Déjà le vocabulaire : très compliqué. Le moindre mot, même si on a essayé de les rendre assez simples, c'est hyper compliqué. Mais on ne voulait pas non plus appeler les personnages Kevin ou je ne sais quoi ; je voulais respecter les noms et les prononciations. La civilisation aztèque est assez méconnue de la plupart des gens et donc essayer de la rendre accessible, ce n'était pas simple. Le panthéon est très compliqué, donc plutôt que d'aborder plein de dieux je me suis focalisé sur un seul pour symboliser les autres, c'est Tlaloc le dieu de la pluie qui est au centre de cette histoire. Pour le système politique aussi, j'ai essayé de l'aborder de façon à le rendre compréhensible, mais ça a été très compliqué parce que mon histoire n'a pas été simple à mettre en place. Tout m'a demandé beaucoup de minutie, comme un mécano complexe à assembler pour arriver à ce résultat là. Et jusqu'à la fin Michalak m'a beaucoup aidé parce que j'avais monté pas mal de séquences d'une autre façon et lorsqu'on a relu l'album à un moment il m'a appelé affolé en me disant « Je crois que là on va perdre des lecteurs ». Donc on les a remontées d'une autre façon. Ça a vraiment été un travail assez complexe pour arriver à ce résultat là. Alors le premier acte, les premières pages sont sûrement plus difficiles, et après l'album devient de plus en plus fluide, car on rentre quelque part dans les sandales aztèques, mais ça nécessite quand même une certaine concentration, c'est un minimum exigeant j'en conviens, mais après le récit devient plus fluide et je pense qu'il en sera de même pour le deuxième album, que ça va devenir de plus en plus simple. Une planche de la série Le Serpent et la LanceJe suis d'accord avec toi, car il m'a fallu un certain temps pour me faire à cet univers, au vocabulaire, aux noms qu’on n’arrive pratiquement pas à prononcer. Ah oui c'est sûr, il ne faut pas se faire une entorse de la langue ! L'avantage de la BD c'est que c'est aussi quelque chose de visuel. Et c'est là que j'ai ressenti tout le travail remarquable effectué pour gommer toutes ces difficultés et donner quelque chose de cohérent malgré ces difficultés et l'attention nécessaire pour entrer dans ce récit. Oui et ça en vaut la peine ! Pour revenir à la technique, c'est donc ta compagne qui s'occupe de la colorisation ? Tout à fait, Li, de son nom d'artiste. On travaille dans deux bureaux différents dans le même appartement, on n’a pas d'atelier. Donc dès que je me lève je me mets à ma table à dessin, elle de son côté. Elle travaille une partie de l'année avec moi, sinon elle travaille dans la publicité où elle fait des tirages de luxe ; elle est maquettiste de base. Pour la couleur elle m'a rejoint sur le 5e album de Okko ; on a l'habitude de travailler ensemble, elle connaît mes envies et il y a donc une vraie complicité. Il lui a fallu neuf mois pour réaliser les couleurs de cet album en étant aidée par pas mal de monde qui nous ont fait des sélections pour avancer le travail et aller un peu plus vite. Les couleurs sont aussi importantes pour comprendre l'histoire puisqu'elles symbolisent les choses, notamment au niveau des époques différentes. La première époque, la plus ancienne qui date de 30 ans avant le présent de l'histoire, on l'a descendue au niveau couleur en jouant sur des sépias. Les couleurs permettent de simplifier la narration et rendre les pages moins complexes, plus lisibles et plus belles bien sûr. Une planche de la série Le Serpent et la LanceJe me posais une question à ce sujet, à propos des scènes d'intérieur que j'ai trouvées très sombres. Est-ce volontaire ? Alors personnellement je les aurais aimé un peu moins sombres, mais on voulait avoir ce côté sombre, ils n'avaient pas l’électricité. On voulait que ça épaississe le mystère aussi ; quand on est dehors on a la lumière naturelle du soleil. Avec l'architecture aztèque et ses fenêtres très petites contrairement au Japon par exemple et ses ouvertures larges et modulables, on est tout de suite confiné et dans une autre ambiance. C'était donc important de jouer sur ce contraste et ce choc entre la lumière extérieure et les intérieurs sombres. C'est vrai que c'est quelque chose qui m'a surpris en début d'album. Oui mais c'est vrai qu'il y a une scène qui est un peu trop sombre. S’il y a une réimpression on s'arrangera pour que cela soit moins sombre. En fait il y a eu des profils d'utilisés au moment de l'impression que je n'ai pas validés en temps et en heure et qui ont assombri les lumières un peu partout. Li a repris toutes les planches et préparé une version pour qu'elle soit plus lumineuse. On veut quand même garder ce contraste mais que ce soit quand même plus éclatant sur quelques cases. Ça arrive souvent sur les premiers tirages mais ça se corrige. D'ailleurs je m'arrangerai pour que dans les prochains tirages on modifie aussi la page de garde ; on changera la couleur par rapport à la première édition ; je l'avais déjà fait sur Okko. Et bien merci pour toutes ces réponses et bonne continuation ! C'est moi qui te remercie !
Interview réalisée le 31/01/2020, par PAco.