Les Vents de la colère

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 3 avis)

Les Vents de la Colère est une oeuvre explicitement politique et emblématique des mouvements étudiants de contestation de la fin des années 1960, au Japon comme dans le reste du monde.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Akata / Delcourt Asahi Sonorama Gekiga Politique

Les Vents de la Colère est une oeuvre explicitement politique et emblématique des mouvements étudiants de contestation de la fin des années 1960, au Japon comme dans le reste du monde. Mais il ne s'agit pas pour autant d'une oeuvre dogmatique. Les Vents de la Colère évoque les nombreux combats de la jeunesse japonaise de l'après-guerre, influencés par les mouvements pacifistes américains, face aux forces réactionnaires du pays. Les idéaux de la patrie, de l'honneur, se trouvaient alors complètement dévoyés par un pouvoir au cynisme total. Ce récit est pourtant toujours d'une actualité étonnante, certains points fictifs au moment de la création de cette oeuvre sont devenus une réalité depuis, dans des conditions très similaires à celles décrites par Yamagami dans les Vents de la Colère. L'oeuvre, bien que toujours considérée comme un livre culte par ses fans, a causé bien des ennuis à son auteur auprès des mouvements d'extrême-droite. Il semble que sa décision de changer totalement de genre par la suite soit liée à des pressions qu'il aurait subi, en effet, plus tard, c'est avec un manga comique et absurde que Yamagami a connu son plus grand succès.

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Août 2006
Statut histoire Série terminée 2 tomes parus
Couverture de la série Les Vents de la colère
Les notes (3)
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15/10/2006 | cac
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Par GiZeus
Note: 3/5

Au vu des avis ci-dessous, Les Vents de la colère avait retenu mon attention. Moi qui cherche justement à en apprendre un peu plus sur l'histoire du Japon, quelle que soit la période, j'étais plutôt bien tombé. Dommage, je n'ai pas été entièrement satisfait. En préambule, on nous dit que ce manga est un véritable brulot anti-gouvernemental. Il est vrai que le parti pris est très visible, et s'il est à saluer une oeuvre engagée en son temps, il n'en reste pas moins à condamner un certain manque de finesse. En effet, après le préambule qui nous explique brièvement le contexte, nous voici embarqués dans une histoire où l'on suivra Gen, fils cadet d'une famille de militaires fortement patriote. Si son frère a choisi la voie familiale, Gen préfère quant à lui explorer des chemins plus pacifiques et vertueux comme l'Art. Cependant, les événements qui surviendront lui feront oublier l'Art et en feront un fervent opposant à la guerre. Bon, le message manque clairement de nuance. Les américains sont présentés comme de vrais salauds sans scrupules, les militaires comme des bêtes assoiffés de sang, et les rebelles comme des victimes. Certes il y a une part de vérité dans tout cela, mais ça vire parfois à la caricature. Cependant, Tastuhiko Yamagami prend la peine de ne pas mettre tous les révolutionnaires dans le même panier. Il fait clairement la distinction entre militants pacifistes et rebelles avides de vengeance. C'est un bon point mais insuffisant pour arriver à m'intéresser réellement à cette aventure. Les différents sujets abordés sont trop peu développés pour être vraiment intéressant. Il m'a semblé qu'ils étaient sommairement expédiés au détour d'une page pour après se focaliser sur les péripéties de Gen. J'ai d'ailleurs été dérangé par le rythme trop rapide du récit. J'aurais préféré un développement plus exhaustif des enjeux de chaque partie. Je m'attendais plus à voir une fresque des années 1960-1970 à travers les yeux du héros plutôt qu'à une "simple aventure" qui tente parfois de nous prendre aux tripes en y parvenant rarement. On découvre cependant quelques aspects historiques, j'en sais un peu plus sur la guerre du Viet-Nam, sur l'exploitation du Japon par les américains (quoique je conseille plus Ayako sur ce plan). Un dernière chose qui m'a tout de même dérangé. Cette propension à masquer les dates, à les remplacer par des XX ou XXXX m'a dérangé. Est-ce pour marquer le caractère fictif du récit? Certainement, mais ça m'a contrarié. Encore un dernier mot, il concerne le dessin. Comme l'a dit Spooky, les scènes d'action ne sont pas très lisibles. En revanche, j'ai grandement apprécié le côté rondouillard qui permet de distinguer parfaitement les personnages les uns des autres, les décors étant corrects. Bref, je m'attendais plus à une fresque historique, à la manière de L'Arbre au soleil plutôt qu'à une dénonciation peu profonde de la guerre et du commandement américain pendant cette période. Il reste cependant à saluer l'initiative périlleuse pour l'époque. Note finale: 2.5

24/05/2010 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
L'avatar du posteur Spooky

Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre en empruntant "Les vents de la colère" à ma bibliothèque. Les deux tomes lus et refermés, ma conviction est faite que c'est une grande oeuvre. Le Japon a connu de grands bouleversements depuis la fin de la guerre, et beaucoup de choses ont été cachées à sa population, et encore plus aux Occidentaux, qui découvrent son histoire très progressivement. Ainsi Yamagami, auteur majeur, décide de s'attaquer à certains abus de son temps. Pour ne pas s'attirer les foudres des autorités, il a pris le parti, dans les années 1970, de placer son histoire sous le signe de la fiction, en changeant les dates, les noms, et en "déplaçant" les circonstances. Procédé très malin, mais qui n'altère pas la transparence de son propos. C'est un récit très tortueux, qui bascule très vite dans l'étrange, la violence, la cruauté. Une drôle de dichotomie, au regard du style graphique utilisé, assez proche de ce que faisait Tezuka dans les années 1970. Au travers des militaires, des gendarmes, c'est clairement l'Etat qui est visé. Le récit est peuplé d'êtres mutants, de complots, d'organisations interlopes et de personnes mutilées. Le héros doit ramper dans un conduit d'évacuation de merde, il se trimballe une tête coupée, rien n'est épargné au lecteur dans le mode horreur. Tout juste reprochera-t-on un manque de fluidité dans les scènes de combat. Mais c'est le style qui veut ça. "Les Vents de la colère" est une lecture complexe (elle réussit à mettre en miroir toute la politique japonaise depuis l'après-guerre, y compris celle entreprise après sa publication, incroyable), douloureuse (comme je l'ai dit, les scènes sont parfois assez crues), mais cependant c'est une politique fiction d'une force que je n'ai encore jamais rencontrée. Attention, à ne pas mettre entre toutes les mains.

11/08/2007 (modifier)
Par cac
Note: 4/5

Dans la lignée d'Ayako de Tezuka et avec un style de dessin très proche du maître, Delcourt publie Yamagami et son oeuvre dénonciatrice du système japonais de l'après guerre. A travers le combat du jeune Gen, on suit la militarisation du pays, son engagement contre le communisme chinois, et également auprès des Etats-Unis (qui les ont bombardés quelques années plus tôt, la cicatrice est encore fraîche), la guerre du Viêt Nam. Tout ceci de manière fictive, c'est pourquoi j'ai du mal à le catégoriser en "historique", mais dans tous les cas assez passionnant. C'est d'ailleurs dommage que ce ne soit pas complètement dénonciateur avec de vraies dates et de vrais lieux et faits, au lieu d'avoir le XX de l'année 197X... Yamagami dans ce récit publié au début des années 1970 évoque l'armée d'auto défense, habile détournement de la constitution japonaise qui interdit toute armée, et son engagement auprès de l'ONU, faits avérés aujourd'hui. Delcourt comme souvent dans ses mangas a eu la bonne idée de donner quelques pages explicatives qu'il est recommandé de lire avant le manga et qui permettent de situer la fiction dans ses faits réels de l'époque. Enfin, voilà une preuve que je peux encore faire confiance à mon instinct pour des achats d’œuvres dont je n'ai jamais entendu parler avant, malgré le volume des sorties du 9ème art francophone. Suite à la lecture du 2ème tome, je confirme le bon sentiment de ce scénario de politique fiction très engagé pour l'époque. Une chronique en fin de manga s'étonne des oeuvres de l'auteur qui ont suivies, celles ci étant en effet plus futiles. Toujours est-il que ce récit d'il y a 30 ans reste toujours d'actualité pour le Japon. Le pays a en effet une armée de plus en plus impliquée dans les conflits mondiaux comme en Irak auprès des américains, et un nucléaire militaire qui pointe le bout de son nez... Le tout est peut-être un peu court, l'histoire s'arrête un peu précipitamment dans un séisme faisant des milliers de morts et une plus ou moins fin sur le scandale des armes de Moiké. C'est un peu dommage, et une histoire aussi intéressante aurait mérité quelques pages de plus pour se développer (peut-être que l'auteur a subi certaines pressions pour y mettre fin plus tôt qu'il l'aurait voulu...).

15/10/2006 (modifier)