Cheyenne
Avec Cheyenne, Patrick Prugne est de retour avec une nouvelle « saga indienne », dans la lignée d’Iroquois et de Frenchman.
1816 - 1871 : De la chute du Premier Empire à la Commune Les petits éditeurs indépendants Sioux et Cheyennes
L’histoire se situe en 1864, au moment où colons et chercheurs d’or déferlent sur les plaines de l’ouest, soutenus par l’armée, au mépris des traités censés garantir aux indiens la préservation de leurs territoires. Charlie et George, deux frères métis, se retrouvent pris entre l’hostilité des blancs et la colère des indiens. L’histoire commence quand ils tentent de rejoindre leur mère, Owl Woman, qui vit parmi les Cheyennes du chef Black Kettle sur les rives de la Big Sandy Creek. S’appuyant sur des faits et des personnages réels, l’album retrace l’événement historique connu sous le nom de « massacre de Sand Creek ».
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| Date de parution | 22 Avril 2026 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
J’ai depuis très longtemps été intéressé, voire passionné par l’histoire et la culture amérindiennes, et j’ai lu énormément de choses sur le sujet. Et le sujet traité ici par Prugne est a priori quelque chose qui entre dans ce cadre : la destruction des tribus des plaines. Mais je suis sorti un chouia déçu de cette lecture – même si elle m’a globalement plu et si je recommande lecture et achat. Prugne s’intéresse aussi à la culture amérindienne depuis longtemps, mais la plupart de ses séries se déroulaient un siècle auparavant, centrées sur le XVIIIème siècle, au moment des guerres franco-anglaises, et autour des tribus des forêts de l’Amérique du Nord-est. Il change ici pour la première fois de cadre. Historique d’abord, puisque l’intrigue se situe au milieu des années 1860. Géographique et culturel ensuite, puisque l’intrigue se concentre essentiellement sur les Cheyennes, dans les grandes plaines du Colorado. Le cœur du récit (plutôt l’aboutissement, car en fait il n’est traité que tardivement, et assez rapidement), c’est le massacre de Sand Creek. Dans la longue lignée des actes odieux commis par les Blancs/Américains face aux tribus indiennes, ce massacre se pose (peut-être avec celui plus tardif de Wounded Knee) comme l’un des pires, n’ayant absolument aucune justification militaire, uniquement mu par le racisme, la bêtise, et l’envie de tuer ceux qui empêchent (ou semblent empêcher) l’accaparement de terres. Le massacre des Cheyennes dirigés par Black Kettle à Sand Creek a inspiré plusieurs œuvres. Au cinéma « Soldat bleu » directement, mais aussi « Little Big Man » (la scène terrible et poignante de l’attaque du village indien où la femme indienne de Dustin Hoffman meurt). En BD, Charlier et Giraud se sont inspirés de ce massacre dans leur superbe série Blueberry, dans l’album « Général tête jaune », et ça a été évoqué brièvement dans Little Big Horn, ou Indians !. Prugne s’est documenté, pour les faits et pour la culture indienne. En particulier les superbes photos de Curtis (plusieurs sont citées et « redessinées » dans le beau cahier graphique qui clôt l’album). Je ne serais pas étonné qu’il ait parmi ses sources le beau livre « Pieds nus sur la Terre sacrée » (au vu des citations amérindiennes en fin d’album – mais aussi pour les photos de Curtis). Un massacre connu donc en aboutissement de l’histoire, qui voit la tension monter, et qui montre aussi comment même lorsque certains officiers américains voulaient sincèrement bien traiter les Indiens (à nuancer toutefois, car bien les traiter pouvait consister à les amener dans des « réserves » !), les « décideurs » (soutenus par tous ceux qui voulaient s’emparer des terres – ce qui était le but réel et ultime, comme la citation de Red Cloud, reprise deux fois rappelle) sabotaient les accords passés avec les tribus indiennes. Prugne confirme ici la réalité, la quasi-totalité des accords/traités passés entre Indiens et Américains ont été respectés par les premiers, trahis par les seconds. Et la scène – avérée – du pauvre Black Kettle au pied de sa tente, avec le drapeau américain, persuadés que son pacifisme et la parole donnée suffisait à arrêter le massacre – est pathétique. Ironie de l’histoire, Black Kettle fera partie des rares survivants, mais il sera tué lors d’un autre massacre perpétré par les troupes de Custer quatre ans plus tard… Le dessin de Prugne, avec un très beau travail à l’aquarelle, est vraiment très chouette, agréable à l’œil, lumineux. Je regrette juste des visages parfois moins réussis (et reconnait que son dessin exprime sans doute plus de force pour représenter les sous-bois des forêts du Nord-Est que les grandes plaines). Concernant le récit lui-même, je l’ai trouvé intéressant, mais pas captivant. Le rythme est trop lent, l’intrigue manque de densité, et la plupart des personnages manquent aussi de personnalité. Prugne utilise comme personnage central un métis (qui a existé, Prugne s’est même inspiré du récit que celui-ci a écrit – très longtemps après les événements), mais ce personnage aurait lui aussi mérité d’être davantage développé. En fait, je pense qu’il aurait été préférable de développer une série en plusieurs tomes, pour mieux développer le contexte (depuis le traité de Laramie une douzaine d’années plus tôt), et la suite (peut-être jusqu’à la fin des années 1870 (en englobant la bataille de la Little Big Horn par exemple). Avec le dessin de Prugne, ça aurait été vraiment chouette, et surtout cela aurait permis de mieux poser les choses, d’équilibrer passages contemplatifs et fortes tensions : ça aurait satisfait l’amoureux des Indiens des plaines que je suis. Mais bon, en l’état, malgré ma relative déception (par rapport à de fortes attentes), c’est quand même un album intéressant, et très joli à regarder. Note réelle 3,5/5.
Impossible de ne pas plonger dans ce nouveau bijou de Patrick Prugne qui nous raconte une autre histoire vraie de massacre d'une tribu indienne par des soldats de l'armée des envahisseurs blancs. Les dessins sont toujours aussi magnifiques, avec ces extraordinaires aquarelles qui font la légende de l'auteur. Le récit alterne intelligemment les points de vue indiens / armée. Je me suis régalée, moi qui ne lis presque plus de BD, là je ne pouvais pas ne pas remettre le pied à l'étrier :) Allez-y sans hésiter !
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