Karl

Note: 4/5
(4/5 pour 1 avis)

Un robot peut-il être doté de conscience et de libre arbitre ? Une question que Cyril Bonin explore avec poésie et subtilité.


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Charles Brooks, riche banquier fantasque, meurt dans un accident de voiture aux circonstances troubles. Sa fille, Magda qui ne l’a pas vu depuis près de dix ans, hérite de sa vaste demeure. Alors qu’elle ouvre une à une toutes les pièces de la maison elle découvre, glissé dans une housse, un robot bleu acier mis en veille… C’est Karl, l’androïde-majordome de son père disparu. Pour Magda, qui préfère les relations humaines aux technologies, Karl n’est qu’un objet froid. Que va-t-il lui révéler quand elle décide de le rallumer… ?

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 04 Février 2026
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Karl © Sarbacane 2026
Les notes
Note: 4/5
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07/02/2026 | Blue boy
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Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
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A l’heure où l’intelligence artificielle s’impose de plus en plus dans nos vies, alors même que les débats sur les enjeux éthiques et les risques inhérents à cette technologie n’ont aucunement pesé dans son développement tous azimuts, Cyril Bonin nous livre avec « Karl » une fiction où il questionne ce qui fait notre humanité à travers cet androïde qui semble échapper à ses créateurs et fait montre d’une sensibilité plus grande que bien des représentants de notre espèce. Bien sûr, la thématique n’est pas nouvelle, elle a déjà été exploitée maintes et maintes fois dans la pop-culture, l’une des œuvres fondatrices étant sans doute le « Frankenstein » de Mary Shelley, ainsi que, plus tardivement, le cycle des Robots d’Isaac Asimov. Au cinéma, nous avons eu « Metropolis » de Fritz Lang, et plus récemment « 2001, Odyssée de l’espace », de Stanley Kubrick, une adaptation du livre d’Arthur C. Clarke. D’ailleurs, Karl, n’évoque-t-il pas, ne serait-ce que par son nom, « Hal », l’IA contrôlant le vaisseau spatial de « 2001 » ? La différence réside dans le mode de traitement par son auteur, et Cyril Bonin l’a fait dans son style bien à lui. Si l’histoire est très fluide, ce dernier intègre des sujets très pertinents, avec un laïus scientifique loin d’être plombant mais surtout une bonne part d’interrogations philosophiques, le tout étant amené de manière très subtile et passionnante. La question centrale étant : qu’est-ce que la conscience, à partir de quel moment une IA accède-t-elle à la conscience, où commence le libre arbitre, et toute cette sorte de choses ? A noter ce propos de Karl — émerveillé à la vue de cette biche, cause indirecte de l’accident —, qui donnera au lecteur ample matière à méditation : « Certains disent que la conscience est un moyen pour la vie de se répandre. Mais je pense qu’au contraire, c’est la vie qui est un moyen pour la conscience de se développer. » Une fois encore, l’auteur solitaire et complet qu’est Cyril Bonin (même s’il lui arrive d’adapter des œuvres littéraires) nous fait don (oui !) de son univers graphique unique et intemporel. Il m’est personnellement très difficile de résister au charme visuel, un rien poétique, de son dessin. Optant ici pour un contexte décalé, on ne peut pas vraiment parler de cyberpunk. Disons que l’action semble se situer dans la première moitié du XXe siècle, si l’on s’en tient au mobilier et aux vêtements, mais avec quelques éléments futuristes tels que la cybernétique ou la présence de drones dans le ciel urbain, ce qui évoquerait le monde des « Cités obscures » de Schuiten et Peeters. Le trait délicat et élégant du bédéaste est tout simplement sublime, avec toujours cette belle maîtrise de la couleur. Paru dans les premiers jours de janvier, « Karl » s’inscrit d’ores et déjà en bonne place dans les œuvres qui se distingueront en 2026. Cyril Bonin est parvenu ici à établir des correspondances entre la haute technologie et la poésie, tout en abordant de manière raisonnée voire bienveillante la question de l’intelligence artificielle, sans l’inquiétude habituelle inhérente aux débats sur l’intrusion massive de cette technologie dans nos vies. Certains diront un peu légère et superficielle, car le sujet est complexe mais qu’importe, « Karl » apparaît véritablement comme une parenthèse enchantée.

07/02/2026 (modifier)