Soli Deo Gloria

Note: 4.67/5
(4.67/5 pour 12 avis)

Prix des Libraires de Bande Dessinée - 2026 Empruntant les codes du roman d'apprentissage, Soli Deo Gloria offre un récit dur empreint de beauté et d'espoir.


Couleurs narratives Dupuis Jumeaux, jumelles Les prix lecteurs BDTheque 2025 Musique classique One-shots, le best-of Panthéon (partial et conjoncturel) de bdtheque Prix des Libraires de Bande Dessinée

Nés sous le ciel crasseux du « Saint-Empire romain germanique », Hans et Helma étaient destinés à une vie de labeur et de pauvreté. Leur don et leur amour pour la musique s'offriront à eux comme un espoir, une lueur dans leur quotidien sombre et terreux. Accueillis ensuite dans un pensionnat religieux, ils vont apprendre les bases de la lecture et du solfège, leur permettant de déchiffrer les plus belles partitions de leur époque. Adoptés par un margrave, seigneur de guerre, ils découvriront ensuite la beauté des instruments de musique. Les palais de plusieurs villes européennes seront enfin les témoins silencieux de leur réussite et de leurs plus cruelles déceptions.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 03 Octobre 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Soli Deo Gloria © Dupuis 2025
Les notes
Note: 4.67/5
(4.67/5 pour 12 avis)
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10/10/2025 | Cacal69
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Par Canarde
Note: 4/5
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Une longue composition autour du destin aventureux de deux jumeaux aux compétences musicales hors normes. La reconstruction imaginaire de l'Europe à l'époque de Vivaldi et Bach est intéressante : on ne cherche pas du tout la description précise urbaine ou architecturale ( on ne reconnaîtra rien de Venise, Rome ou Amsterdam, malgré des noms à clefs assez parlants) mais les vêtements et les institutions politiques y font allusion. Pour l'image, des collègues ont cité Gustave Doré, je pencherais plus vers Rembrandt. Mais avec une technique que j'imagine peut être à tort comme des lavis à l'encre, scannés et tramés, puis retravaillés pour y apposer les volutes de musique, blanches ou colorées. Cela déroute parce que cette technique de clair-obscure donne la texture d'un vieux journal où l'impression a bavé. Belle expérience visuelle ambivalente, à la fois somptueuse et sale. Par ailleurs, la composition découpée en chapitres où le temps semble égal d'étape en étape, donne une sorte de puissance à l'histoire, par moments enthousiasmante et à d'autre tragique. Deux bémols (si j'ose dire, dans ce contexte érudit de la musique) 1. les dialogues et leur caractère guindé, peu en accord avec le milieu social de départ des 2 héros, et qui installent, dès les premières pages, une distance désagréable entre le lecteur et les personnages 2. le personnage de Hans, le frère auquel on peine à s'identifier, parce qu'il n'exprime pas sa frustration, et elle n'explose que tardivement et constitue un levier important de la part tragique.

08/02/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
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A mon tour de donner un avis et je dois avouer que j'étais anxieux à l'idée d'être le premier à ne pas aimer : j'avais en effet feuilleté l'album et la noirceur de ses planches ainsi que le thème abordé de la musique qui en général ne ressort jamais correctement en BD avait retardé longtemps mon envie d'acheter l'album. Finalement, après lecture, je ne peux qu'abonder dans le sens qu'il s'agit d'une très belle BD, à tous points de vue. Bel objet pour commencer, avec son grand format, son épaisse pagination, sa couverture comme dorée à l'or fin et ses pages cousues. Seul regret, mon exemplaire, le dernier encore en vente chez mon libraire avait le marque-page arraché. Beau graphisme ensuite. Les premières pages donnent une impression de gravure à l'ancienne. Mais si l'on y regarde de près, il est composé d'une forme de tramage probablement informatique qui donne un très bon rendu des lumières et ombrages. C'est parfois très sombre, un peu étouffant, mais c'est aussi souvent très beau. Le trait n'est pas en reste, d'une grande finesse, avec de belles compositions parfaitement maitrisées. Il y a aussi un subtil jeu sur les couleurs alors que l'ensemble est en noir et blanc, couleurs qui permettent de faire ressortir l'émotion artistique puisqu'on les retrouve dans la représentation de la musique et des chants quand ils atteignent une forme de grâce intense, mais aussi discrètement présent dans les tableaux du personnage peintre qui apparait vers la fin de l'album. Et enfin la représentation de la musique elle-même est sans doute la première qui me convainc dans le média BD. Elle ne représente pas un air ou une chanson en particulier mais plus une forme d'émotion, de ressenti, avec plus ou moins d'intensité, de mordant ou de douceur. Et cette représentation de l'émotion, l'auteur l'utilise aussi pour les sons et les scènes choc, qui marqueront ainsi autant les protagonistes que le lecteur. C'est très bien fait, très bien trouvé. Et c'est ce choix de représentation qui m'a rendu très intense et fort le moment du Ressurectio en fin d'histoire. Remarquable ! Et enfin très bonne histoire, dense et intense. Elle commence dans l'obscurité et l'étouffement, avec une forme de ténèbres qui aurait facilement pu me rebuter mais est heureusement compensée par l'humanité et la bienveillance de la relation entre les deux jumeaux. Et peu à peu les chapitres remontent vers la lumière, vers la civilisation et la finesse artistique, alors que la relation entre les héros s'étiole doucement mais sûrement. Il y aurait beaucoup à en dire, les thématiques se mêlent, les intrigues se croisent et se succèdent. C'est souvent fort, régulièrement cruel, mais aussi intense et beau. Je n'ai pas été fondamentalement emporté par ce récit, et en particulier par cette opposition entre humilité et vanité qui forme la clé de son intrigue à partir de la moitié de l'album, mais certains moments sont marquants de beauté. Et surtout tout le scénario est très intelligemment mené, très subtil en matière de création de personnages et de relations humaines et artistiques. On touche là au chef-d'œuvre, ou au moins à la grande œuvre qui sort des sentiers battus. Une lecture à ne pas manquer même si elle m'a moins touché que d'autres.

06/02/2026 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
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Un peu dur de passer après autant d'avis positifs ! Rien qu'en regardant l'album on voit que l'éditeur fait des efforts pour qu'il sorte du lot. Il est plus grand et plus luxueux que les albums normaux qui sortent chez Dupuis. Au vu du résultat, je pense que c'est mérité. Le scénario parle de la création artistique et il est passionnant à lire. J'ai bien aimé lire l'histoire de ces jumeaux unis qui finiront par prendre des chemins séparés. Le dessin est vraiment remarquable. Chaque page est une merveille pour les yeux ! Il y a quand même un truc qui m'a un peu gêné qui fait que je ne considère pas ce one-shot comme culte est que je ne me suis pas particulièrement attaché aux personnages. Or pour moi c'est primordiale que je ressente quelque chose pour eux. Il y a des moments remplis d'émotions qui m'ont laissé de marbre (la fin notamment ou ce qui arrive à la fin de l'avant-dernière partie). Je voulais savoir ce qui allait arriver ensuite aux jumeaux, mais à aucun moment je n'ai pleuré sur leur sort. Comme le dit Cleck, cela rappelle les films de Kubrick où tout est irréprochable au niveau de la technique, mais ça manque de chaleur humaine.

30/01/2026 (modifier)
Par bab
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Bon… Je viens ajouter ma pierre à l'édifice des convaincus par cette bd. Là, on n’est pas dans la simple “bonne BD”, mais dans le genre d’album qui happe et ne lâche plus. Graphiquement, c’est superbe. Les dessins sont magnifiques. Objet, cadrage, mise en page, de respiration… Rien n’est laissé au hasard. Côté scénario, c'est carré, magnifiquement mené. Ça avance avec une sorte de mécanique implacable, on sent très vite qu’on marche vers quelque chose, qu’on ne pourra pas l’éviter, et pourtant on continue, hypnotisé. C’est tendu, maîtrisé, jamais gratuit : tout converge, tout se met en place, jusqu’à l’inéluctable. A lire. Une BD qui reste en tête une fois refermée, qui donne envie d’y revenir juste pour savourer et en reprendre.

27/01/2026 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5
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Ayè ! J'ai lu la bestiole, enfin. Et je ne dérogerai pas à la règle pour me lancer moi aussi dans un concert de louanges, histoire de rester dans le thème de cette BD décidément remarquable ! Que ce soit son thème (ou plutôt ses thèmes), sa narration fluide, son scénar ciselé, ou son dessin immersif, il n'y rien à jeter dans Soli Deo gloria. Je tâcherai d'être bref car les aviseurs et zeuses précédent-e-s ont déjà tout dit. Le thème principal, c'est la musique, c'est évident. Un thème qui ne pouvait que me parler. Mais derrière ça, il y a plusieurs sous-thème, expression totalement impropre car ces thèmes ne sont pas mineurs, ou moins importants : ils sont juste moins évident, moins immédiatement saisissables, et se révèlent à mesure que la lecture progresse. Sans aller plus en profondeur, on citera pêle-mêle celui de la fratrie, de l'absence, de l'inspiration... Bref ! cette œuvre fourmille, ce qui contribue probablement à la rendre si prenante à en juger par les commentaires dithyrambiques. La narration est claire et ne pose aucun souci de compréhension. Pas une fois il ne m'a été besoin de faire marche arrière avec cette impression d'avoir rater un truc. C'est limpide. Le scénario est une construction admirable. On sent que tout est réfléchi et savamment pesé. Contrairement à Cleck, cela m'a au contraire beaucoup impressionné car ce n'est pas courant. Et puis on ne voit pas les étais. Ca tourne comme une horloge, et moi, je trouve qu'un mécanisme horloger est quelque chose d'admirable. Comment reprocher à un auteur d'avoir bosser son truc ? A un artisan de chercher la perfection ?... A mesure que la fin arrive, ce roman graphique d'initiation ressert son emprise. La tension monte. J'étais complètement pris dans cette histoire qui ne souffre d'aucun temps mort, avançant à un rythme métronomique, ce qui on en conviendra, pour une œuvre évoquant la musique, est du meilleur effet. Ca monte, ça monte, à l'image du "resurrectio" final ! Mais chuuuut !... Enfin, le dessin : il est tout bonnement exceptionnel. Il développe une singularité tout en rendant un hommage sincère aux illustrateurs historiques. J'ai par exemple beaucoup pensé à Gustave Doré ! Franchement, j'étais tout entier happé dans l'univers graphique, à plus forte raison parce qu'Edouard Cour développe des petites trouvailles remarquables qui la plupart du temps fonctionnent à merveilles. Il a par exemple parfaitement traduit le son : celui de l'instrument chamanique construit dans un crâne d'ours, ou le son si particulier du clavecin. La classe atomique ! Chapeau bas ! Je m'arrêterai là, me contentant d'ajouter qu'au départ pourtant, j'ai tiqué sur la couverture dorée (Gustave ?) que je trouvais bien trop tape à l’œil pour être sincère. Mais les deux auteurs de Soli Deo Gloria ont su faire plier toutes mes mauvaises langues intérieures. De la bien belle ouvrage !

18/01/2026 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Difficile de passer après mes collègues aviseurs, mais je tenais moi aussi à apporter ma pierre à l’édifice critique élogieux qui entoure ce one-shot de Jean-Christophe Deveney et Edouard Cour. Chaque chapitre narre un épisode de la vie troublée de Hans et Helma. Le ton est très humain, les épreuves se succèdent, la fratrie se soude pour faire front à l’adversité, jusqu’à craquer quand les motivations personnelles rentrent en conflit. Tout est tellement juste, les évènements, les personnages attachants aux personnalités nuancées. La fin est juste parfaite, notamment la double page finale. Il faut dire que Edouard Cour, qui nous en avait déjà mis plein les mirettes dans sa dernière BD en date ReV, s’est ici surpassé. Le noir et blanc parsemé de couleurs musicales est élégant et surtout d’une maitrise et d’une précision incroyable. J’adore quand le découpage fait partie intégrante de la narration – voir par exemple les hautes cases pour représenter la verticalité de la ville de Laguna Majora, page 156 et 157. Un sans-faute. Je me joins à la chorale de 5/5.

16/01/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Bastien1008

Gros coup de cœur. Le scénario avance avec une limpidité remarquable : il ne cherche pas l’effet de surprise artificiel mais construit, pas à pas, une trajectoire dont l’issue paraît inéluctable. Cette progression maîtrisée donne au récit une tension constante, presque fataliste, qui renforce son impact. Le conte se déploie dans un univers crédible, mêlant lieux et noms inventés mais immédiatement lisibles, créant un miroir troublant avec notre réalité sans jamais tomber dans la démonstration appuyée. Les personnages sont le cœur du livre : profondément humains, complexes, crédibles dans leurs contradictions et leurs dérives. Leur évolution, dans un contexte sombre et radicalisé, est décrite avec une justesse rare. La noirceur du propos n’est jamais gratuite ; elle s’inscrit dans un monde cohérent, dur, mais sans morale surlignée. Tout paraît à sa place, ce qui rend l’ensemble d’autant plus marquant. Graphiquement, l’album impressionne. Le noir et blanc puissant, proche du fusain, alterne avec intelligence entre douceur et violence, accompagnant parfaitement les états émotionnels du récit. L’usage ponctuel de la couleur pour la musique est une idée brillante, à la fois discrète et signifiante. La cohérence visuelle est totale, jusque dans la conception des pages et l’identité graphique globale de l’ouvrage.

15/01/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
L'avatar du posteur Cleck

BD légèrement intimidante car se présentant explicitement comme un chef-d'œuvre, l'éditeur ayant soigné les détails et désiré le clinquant du doré. Mais intimidante ne signifie nullement austère. Il s'agit d'un conte gothique assez terrible, une saga familiale sur un frère et une sœur, sur leur élévation sociale via leur don pour la musique, sur leur relation longtemps fusionnelle. Hymne à la création artistique, il sera question de talent, de travail, d'orgueil, de passion. Les illustrations sont d'une grande finesse, légèrement enfantines pour ce qui est des personnages, habiles dans leur usage des contrastes du noir et blanc, occasionnellement illuminées de couleurs décrivant la beauté de la musique (cet usage naïf des couleurs n'est pas sans évoquer les Blast de Larcenet). La réussite de l'ensemble est assez insolente, elle fascine mais ne m'enthousiasme pas totalement : malgré le souffle de la passion omniprésent, demeure principalement l'impression d'un récit trop fabriqué et étonnamment trop naïf dans ses moments de vie. Un peu à la manière du cinéma de Kubrick, l'humilité manque et déshumanise l'œuvre.

13/01/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue boy

Il est toujours intimidant de décrire un ouvrage qu’on a particulièrement apprécié, surtout quand on a le sentiment d’avoir affaire à un chef d’œuvre comme ici, sans l’ombre d’un doute. Tout d’abord, — parce qu’on va commencer dans l’ordre —, il faut dire que la couverture tout à fait réussie rend totalement hommage au contenu. On y voit Hans et Helma, les (faux) jumeaux du récit se faire face, dans une position de recueillement, comme hypnotisés par les gracieuses arabesques jaillissant d’un point central (le néant ?) et symbolisant la musique, thème central du livre. L’image est bordée verticalement par des portées musicales (un gimmick graphique qui ornera chaque page et additionné d’une note supplémentaire d’un chapitre à l’autre), avec trois crânes tout en bas pour évoquer la mort, qui plane constamment au fil du récit. La qualité éditoriale vient renforcer la beauté de cette couverture par un vernis sélectif doré, et en effet, c’est bien de l’or que l’on a entre les mains. On rentre très facilement dans cette histoire, qui commence comme un conte noir et restera captivante jusqu’au bout, grâce à un scénario réglé comme… du papier à musique (logique, non ?). Le début fait immédiatement penser à Hansel et Gretel, ne serait-ce que par ce premier chapitre intitulé « Hans et Helma », et commence dans un contexte très similaire. Les deux enfants vont entamer leur apprentissage de la vie de façon très cruelle, non seulement par leurs conditions de vie miséreuse dans cette campagne profonde, mais aussi avec la perte brutale de leurs parents massacrés par des bandits de grands chemins. Et dans cet océan d’obscurité, ils vont apprendre à nager, grâce en partie à leur sensibilité musicale que l’écoute des oiseaux dans la forêt proche va galvaniser. « Les oiseaux sont d’excellent maîtres de musique » : ainsi parlait leur oncle Ambel, lui dont le goût pour la musique fut tué dans l’œuf par la barbarie humaine… Dans ce qui va s’avérer un parcours initiatique ballotés par des vents contraires et ses bourrasques, les deux enfants vont grâce à leur talent inné se faire peu à peu une place au soleil sombre d’un XVIIIe siècle quelque peu parallèle. Dans ce Saint-Empire fictionnel, « Laguna Majora » est la capitale des lacs italiens, et Amsterdam a été rebaptisée « Adamstern ». Le thème central de « Soli Deo Gloria » est la musique, principalement baroque, et révèle chez Jean-Christophe Deveney une connaissance approfondie des subtilités de cet art ici porté aux nues. Mais nul besoin d’être mélomane pour être happé par ce récit, qui peut même constituer une initiation à un genre souvent considéré comme élitiste voire poussiéreux. À travers la musique, cette bande dessinée brasse d’autres thématiques assez variées — notamment le processus de création artistique —, jouant d’abord sur le contraste d’une époque où la finesse du monde des arts, accessible seulement à des privilégiés, côtoyait la barbarie et la misère la plus crasse, sans parler des menaces épidémiques comme la peste. Et comme on le verra au fil des pages, s’extirper des gouffres de pauvreté pour taquiner les cieux les plus luxueux, ça comporte quelques risques. Et là, attention que cela ne monte pas au cerveau ! L’orgueil de se savoir talentueux peut s’avérer une malédiction, nous dit l’auteur, avec la possibilité qu’il se retourne contre vous. Hans va en faire les frais en perdant le contrôle de ses émotions, c’est ce qu’on pourrait appeler un mauvais karma. On ne dira rien de la fin, à la fois époustouflante et saisissante dans son âpreté, mais le livre se termine aussi de très belle façon, notamment avec la rencontre d’Helma avec Jean-Sébastien Bach à Zeiplitch (on aura reconnu Leipzig !). Cette séquence nous laisse stupéfait devant la modestie du bonhomme, considéré comme un génie dans l’histoire de la musique occidentale. Et une fois encore, cela peut susciter l’envie de découvrir sa musique pour ceux qui comme moi, ignare pitoyable, ne connaissent que son nom. Venons-en maintenant au dessin, totalement à la hauteur de l’excellent scénario, d’une richesse inouïe. Edouard Cour a opté pour le noir et blanc, où les seules couleurs sont dédiées aux ondes sonores produites par la musique. Cela commence avec les frêles volutes accompagnant le chant des oiseaux pour finir avec les arabesques foisonnantes du puissant « ressurectio » interprété dans la basilique Saint-Pierre de « Romula ». Quant au trait, il est juste admirable, associé à un parfait équilibre dans la composition, le cadrage et la mise en page. Délicat pour décrire les bords du lac Majeur, il peut apparaître rugueux voire abstrait pour illustrer des scènes plus tourmentées. Mais globalement, le noir et blanc reste totalement adapté au récit. Le dessinateur confesse lui-même qu’en raison d’un léger daltonisme, il privilégie le procédé. Devant le résultat, on se dit qu’il a eu bien raison. J’ai moi-même passé de longs moments à admirer la minutie de son travail à la loupe (oui !), avec cette légère et épatante trame quadrillée. Ajoutons à cela la grande expressivité des visages, Cour a su parfaitement transmettre le sentiment d’orgueil émanant de Hans, car oui, c’est bien cela aussi que raconte la BD, cet orgueil infâme et pourtant si humain, cette forteresse de nos egos dérisoires. Avec désormais six albums à son actif (dont trois en tant qu’auteur complet), Edouard Cour n’a pas encore produit d’ouvrage notable, mais nul doute que « Sole Di Gloria » marquera pour lui un tournant en le plaçant dans le cercle restreint des maestros du dessin. Quant à Jean-Christophe Deveney, bénéficiant d’une bibliographie plus fournie (notamment « Géante », publié en 2020) , il s’était distingué l’année dernière avec son fauve du jury à Angoulême pour ses atmosphériques « Météores », un très beau roman graphique. Mais que s’est-il passé entre ces deux auteurs, qui à l’unisson semblent avoir été touchés par la grâce ? Cette fresque tourbillonnante est un pur enchantement auquel je n’ai personnellement vu aucun bémol, aucune faille. C’est un conte de fées, noir d’encre, avec quelques rayons de soleil. Comme tous les contes de fées me direz-vous. Au-delà du récit initiatique, « Soli Deo Gloria » pourrait être accessoirement un antidote contre nos pulsions les plus primaires. Mais c'est sans doute d'abord un livre de sagesse célébrant la beauté des arts et de l’esprit, une symphonie graphique décrivant le combat entre l’ombre et la lumière, la laideur et la beauté, l’ordure et le sublime, dont on ne sait jamais vraiment qui l’emportera. Il dépeint un monde où, du fumier le plus dru émergent parfois des diamants. Et ce monde, bien que fictionnel, semble bien être le nôtre, pour le meilleur ou pour le pire. Oui, « Soli Deo Gloria » est un chef d’œuvre, et c’est ainsi que je poserai mon point final.

10/01/2026 (modifier)
Par Johnny
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Johnny

Alors, la composition graphique, franchement, elle est top. Les effets de trame sur ces encres noires, ça donne vraiment de la texture, de la profondeur aux dessins. Et puis les arabesques colorées, c’est pas juste joli, ça rajoute une vraie dimension poétique, une intensité qui te fait ressentir chaque scène. C’est le genre de visuel où tu t’arrêtes sur chaque page juste pour observer, parce que chaque détail te parle d’une manière différente. Mais au-delà de l’aspect graphique, ce que j’ai trouvé génial, c’est la manière dont l’histoire se déroule. Les deux personnages, au début, ils sont vraiment liés par quelque chose de très pur, presque une sorte de fusion enfantine. On dirait que leur existence dépend d’une symbiose, un peu comme si l’un ne pouvait pas vivre sans l’autre, et ça, c’est beau. C’est ce genre de lien qu’on vit tous à un moment donné, quand on est tout petits ou même dans certaines relations adultes, tu sais, cette dépendance naturelle. Sauf qu’au fur et à mesure, ça commence à déraper. Ce lien qui semblait invincible devient presque oppressant. Ça glisse doucement vers la folie, puis l’incompréhension. On sent qu’ils ne se comprennent plus, qu’ils se perdent dans leurs propres délires, leurs peurs, et ça devient de plus en plus tendu. C’est là que l’histoire prend une autre direction, avec cette séparation qui arrive comme un coup de tonnerre. On passe d’une sorte d’unité à la plus totale solitude, et c’est ça qui est fort : cette évolution, ce changement radical. Et au fond, l’histoire c’est ça. C’est une parabole, mais pas une parabole simpliste, hein. C’est vraiment mystique. Ça parle de l’orgueil et de l’humilité, ces deux forces opposées qui façonnent nos vies. L’orgueil, c’est ce qui les pousse à se perdre dans cette quête de pouvoir, de contrôle, de vouloir être plus fort, plus indépendant, à se croire invincibles. Et l’humilité, c’est ce qu’ils perdent en chemin. Ce moment où tu réalises que l’humilité, c’est la clé, mais que parfois, c’est trop tard. Ça te met une claque, parce que tu te dis que c’est exactement ça dans la vie : on se perd souvent dans nos envies, notre égo, et on oublie de rester connecté à ce qui compte vraiment. Bref, c’est vraiment bien construit, tout ça. L’histoire, les dessins, l’évolution des personnages, ça nous fait réfléchir tout en nous emportant dans un univers qui est à la fois poétique, intense et tragique. C’est le genre d’histoire qui te reste avec toi longtemps après avoir tourné la dernière page.

12/12/2025 (modifier)