Soli Deo Gloria
Empruntant les codes du roman d'apprentissage, Soli Deo Gloria offre un récit dur empreint de beauté et d'espoir.
1643 - 1788 : Au temps de Versailles et des Lumières Italie Jumeaux, jumelles Musique classique
Nés sous le ciel crasseux du « Saint-Empire romain germanique », Hans et Helma étaient destinés à une vie de labeur et de pauvreté. Leur don et leur amour pour la musique s'offriront à eux comme un espoir, une lueur dans leur quotidien sombre et terreux. Accueillis ensuite dans un pensionnat religieux, ils vont apprendre les bases de la lecture et du solfège, leur permettant de déchiffrer les plus belles partitions de leur époque. Adoptés par un margrave, seigneur de guerre, ils découvriront ensuite la beauté des instruments de musique. Les palais de plusieurs villes européennes seront enfin les témoins silencieux de leur réussite et de leurs plus cruelles déceptions.
| Scénario | |
| Dessin | |
| Couleurs | |
|
Editeur
|
|
|
Genre
/
Public
/
Type
|
|
| Date de parution | 03 Octobre 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Alors, la composition graphique, franchement, elle est top. Les effets de trame sur ces encres noires, ça donne vraiment de la texture, de la profondeur aux dessins. Et puis les arabesques colorées, c’est pas juste joli, ça rajoute une vraie dimension poétique, une intensité qui te fait ressentir chaque scène. C’est le genre de visuel où tu t’arrêtes sur chaque page juste pour observer, parce que chaque détail te parle d’une manière différente. Mais au-delà de l’aspect graphique, ce que j’ai trouvé génial, c’est la manière dont l’histoire se déroule. Les deux personnages, au début, ils sont vraiment liés par quelque chose de très pur, presque une sorte de fusion enfantine. On dirait que leur existence dépend d’une symbiose, un peu comme si l’un ne pouvait pas vivre sans l’autre, et ça, c’est beau. C’est ce genre de lien qu’on vit tous à un moment donné, quand on est tout petits ou même dans certaines relations adultes, tu sais, cette dépendance naturelle. Sauf qu’au fur et à mesure, ça commence à déraper. Ce lien qui semblait invincible devient presque oppressant. Ça glisse doucement vers la folie, puis l’incompréhension. On sent qu’ils ne se comprennent plus, qu’ils se perdent dans leurs propres délires, leurs peurs, et ça devient de plus en plus tendu. C’est là que l’histoire prend une autre direction, avec cette séparation qui arrive comme un coup de tonnerre. On passe d’une sorte d’unité à la plus totale solitude, et c’est ça qui est fort : cette évolution, ce changement radical. Et au fond, l’histoire c’est ça. C’est une parabole, mais pas une parabole simpliste, hein. C’est vraiment mystique. Ça parle de l’orgueil et de l’humilité, ces deux forces opposées qui façonnent nos vies. L’orgueil, c’est ce qui les pousse à se perdre dans cette quête de pouvoir, de contrôle, de vouloir être plus fort, plus indépendant, à se croire invincibles. Et l’humilité, c’est ce qu’ils perdent en chemin. Ce moment où tu réalises que l’humilité, c’est la clé, mais que parfois, c’est trop tard. Ça te met une claque, parce que tu te dis que c’est exactement ça dans la vie : on se perd souvent dans nos envies, notre égo, et on oublie de rester connecté à ce qui compte vraiment. Bref, c’est vraiment bien construit, tout ça. L’histoire, les dessins, l’évolution des personnages, ça nous fait réfléchir tout en nous emportant dans un univers qui est à la fois poétique, intense et tragique. C’est le genre d’histoire qui te reste avec toi longtemps après avoir tourné la dernière page.
Avec Soli Deo Gloria, nous avons à mon sens l'album de l'année, avec une qualité d'écriture rarement vue et un dessin prodigieux. Oui, l'histoire est classique, elle commence dans une forêt sombre et inquiétante avec un noir et blanc magistral qui convoque d'emblée nos peurs enfantines, mais débutée comme un conte des frères Grimm illustré à la façon des graveurs du XIXème siècle, elle prend ensuite des accents tragiques qui rappellent l'intensité dramatique d'une oeuvre à la Milos Forman (et son remarquable personnage de Salieri notamment). La symphonie entre l'écriture ciselée de Deveney et le dessin impressionnant d'E. Cour est parfaite ici. Deveney tisse son histoire avec une grande précision à la manière des entrelacs colorés du dessinateur qui rendent les notes musicales audibles et vibrantes. Ce récit fluide aux personnages réellement incarnés, aux paysages variés et somptueux, propose une réflexion très intéressante sur le génie créateur : l'artiste doit-il rendre des comptes ou revendiquer sa force créatrice pour lui seul au risque d'être écrasé, consumé par son propre talent ? S'il doit rendre des comptes, est-ce seulement à Dieu ? Des êtres humains n'ont-ils pas poli ce talent brut ? La recherche du geste créateur pur, parfait, peut-elle s'accompagner d'une quête de sagesse et d'humilité ou doit-elle s'accommoder des éclats, de l'orgueil de l'artiste génial ? Replacé dans le contexte, dans une époque rigoriste où chacun est tenu de respecter son rang et de rester à sa place, ce questionnement spirituel qu'illustre la trajectoire d'Hans et Helma est très beau je trouve. Alors, oui, pour moi, " Soli Deo Gloria " a la beauté et l'éclat d'un grand classique et ce n'est absolument pas péjoratif.
Cette BD est une longue mélopée de 280 pages. J'aime écrire mes avis sous le coup de l'émotion et là, j'ai la tête toute chamboulée après ma lecture. Je ne savais pas par où commencer. Par le début évidemment. La couverture est magnifique et la qualité de l’édition est superbe. J'attendais impatiemment le nouvel album d'Édouard Cour après son superbe ReV. Trois ans d'attente, mais ça en valait la peine. Je n'ai retrouvé les couleurs psychédéliques de ReV que sur quelques cases, elles ne sont présentes que pour exprimer la musicalité du récit. Le reste est en noir et blanc dans la même veine que son O Senseï, mais d'un autre niveau dans l'expressivité et la texture. Toujours ce mélange de charbonneux et de finesse. Le charbonneux, volontairement brouillon par moment, pour retranscrire l'âpreté de cette période historique et la finesse du trait pour nos deux jumeaux, pour exprimer une certaine innocence. Le grand soin apporté aux décors nous plonge de plein pied au début du XVIIIe siècle. Des doubles pages d'une beauté à vous écarquiller les yeux des heures durant. Édouard Cour va même jusqu'à dessiner une portée musicale sur le bord extérieur de chaque page, le nombre de notes correspond au numéro du chapitre. Le résultat est une tuerie ! De Jean-Christophe Deveney je n'ai lu que le très peu avisé Empire falls building, un excellent souvenir. On va suivre le parcours de vie des jumeaux Hans et Helma, très tôt orphelins, de leur campagne natale du Saint-Empire germanique à la puritaine Amsterdam, puis direction l'Italie (la carnavalesque Venise, la bouillonnante Naples et l'éternelle Rome). En n'oubliant pas Leipzig pour y rencontrer ce célèbre compositeur qui signait ses partitions Soli Deo Gloria (vous le connaissez tous). Deux enfants touchés par la grâce de dieu (et il va en être souvent question de religion), ils ont chacun un don. Elle, une voix en or et lui, l'instinct de pouvoir jouer de tous les instruments de musique et de la composition. C'est bien l'art, et sa place dans nos sociétés, qui sera le fil conducteur de ce récit, et principalement la musique, le troisième "personnage" central de cette histoire. Un parcours, après l'orphelinat, fait de rencontres qui vont leur permettre de progresser dans leur art et de s'extirper de leur misérable condition. Un récit dur et triste, heureusement entrecoupé de moments de joie et de grâce. La connexion qui lie nos jumeaux depuis leur vécu intra-utérin va être mise à mal, des divergences vont voir le jour. Faut-il vivre que pour son art ? Deveney introduit des personnages illustres (sous d'autres noms) à sa fiction pour lui donner une légitimité et un poids historique. Et ça fonctionne à merveille, la chronologie des faits est respectée. Une narration mélancolique qui s'attarde sur le développement des personnages, sur le processus de création et qui met l'action de côté. Je tiens à souligner la qualité des textes, on est transporté au siècle des Lumières. Pour finir, j'ai ressenti toute la passion que les auteurs ont mis dans cet ouvrage. Beau, émouvant et passionnant. Ma BD 2025 sans aucun doute. Culte et gros coup de cœur.
Site réalisé avec CodeIgniter, jQuery, Bootstrap, fancyBox, Open Iconic, typeahead.js, Google Charts, Google Maps, echo
Copyright © 2001 - 2026 BDTheque | Contact | Les cookies sur le site | Les stats du site
© Dupuis 2025