Petit pays

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

Exilés au Burundi, Gaby et Ana, enfants métis franco-rwandais, voient leur quotidien joyeux bousculé par la guerre civile. Alors que leur famille se déchire, le génocide des Tutsi au Rwanda voisin vient mettre un terme à leur innocence.


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D'ailleurs, déjà à l'école, Gaby assiste à une bagarre entre un Tutsi et un Hutu, que rien ne semble pourtant séparer si ce n'est - d'après son père - la forme de leur nez... Mené par Marzena Sowa et Sylvain Savoia, l'adaptation du best-seller à résonance autobiographique de Gaël Faye, prix Goncourt des lycéens 2016, qui a lui-même choisi les auteurs de Marzi parmi les nombreux projets présentés. Aussi magnifique que poignant.

Scénario
Oeuvre originale
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 12 Avril 2024
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Petit pays © Dupuis 2024
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)
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10/04/2024 | Ro
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Par pol
Note: 4/5
L'avatar du posteur pol

Je n'ai pas lu le roman dont est tiré cet album, par contre j'en ai largement entendu parler (et j'apprécie l'oeuvre musicale de Gael Faye). Du coup l'avis de Ro m'a plus que donné envie de franchir le pas. Et comme en plus j'apprécie vraiment bien le dessin, c'est une lecture qui s'annonçait prometteuse. Le début n'est pas désagréable, mais j'ai trouvé qu'il manquait un petit quelque chose, j'ai trouvé ça trop introductif, trop descriptif. La vie du petit Gaby, ses petits jeux avec les gamins du quartier, les disputes de ses parents, le tout sur fond de contexte politique instable et de tension permanente. C'est clairement important, ce contexte est nécessaire pour comprendre quelle a été la vie de cet enfant. Pour autant ça ne m'a pas ému autant que cela aurait dû, et surtout ça m'a rappelé pas mal de lectures récentes. Sur des thèmes similaires, ou pas très éloignés : terrorisme, migrants, guerres diverses et variées... le monde qui nous entoure ne manque pas de saloperie pour nous égayer le moral. Et je crois que je commence à avoir ma dose dans ce genre là. Cela dit, le dernier quart de l'album m'a plutôt saisi aux tripes. A partir du moment où la guerre éclate, que sa famille est disséminée, qu'ils sont sans nouvelles de leurs proches, qu'il commence à y avoir des morts, ça nous met face à la réalité de la chose. Et une nouvelle fois hélas cette réalité fait mal au bide. Et comme j'aime Gael Faye, ben ça fait d'autant plus mal de lire tout ça. Au final une belle histoire, dure, mais un album à lire. Et en plus visuellement c'est top, l'ambiance nous transporte en Afrique et ça ne gâche rien, bien au contraire.

16/05/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Ro

Il y a des BD qui vous informent factuellement sur des évènements bien précis. Il y en a d'autres qui vous les font ressentir. Petit pays fait partie de ces dernières, et elle le fait d'une telle manière qu'elle pousse immanquablement le lecteur à vouloir se renseigner davantage sur un sujet éminemment complexe. Inspiré des souvenirs du rappeur et écrivain franco-rwandais Gaël Faye, le roman Petit Pays, paru en 2016, raconte l'histoire du jeune Gabriel qui vit une enfance heureuse au Burundi malgré une ambiance étrange qui laisse présager le génocide des Tutsis à venir dans le Rwanda voisin. Sa mère étant Tutsi et exilée au Burundi depuis plus de 10 ans, celle-ci ressent de très près les tensions marquantes entre Hutus et Tutsis et la situation politique sur le fil du rasoir dans son pays d'origine. Mais hormis le conflit que cette situation crée entre sa mère et son père, expatrié belge un peu à côté de la plaque, le petit Gabriel est protégé autant que possible de la terrible réalité et vit une enfance joyeuse avec ses amis et voisins. Cependant, tandis que la situation se tend de plus en plus, l'enfant va être témoin de plus en plus de changements dans sa vie jusqu'à ce que la tragédie impacte irrémédiablement le Rwanda et par extension le Burundi aussi, de même que la famille et les proches de Gabriel. C'est un récit réalisé avec brio. Les éléments se mettent en place avec le plus grand naturel. D'une situation nostalgique d'enfance heureuse, on passe doucement mais sûrement à une situation dramatique avec des impacts géopolitiques majeurs et des conséquences familiales tout aussi importantes. Et le tout vu par les yeux d'un enfant intelligent et sensible, avec à la fois les non-dits mais aussi une véritable compréhension instinctive de la bizarrerie et du danger de cette situation. Le pire étant qu'en 1994, à l'époque de ce récit, j'étais au lycée dans la capitale du Kenya voisin, avec des Rwandais dans ma propre classe, et que tout comme les enfants de cette histoire je n'avais qu'une vision tronquée de ce qui se déroulait dans leur pays au même moment. Le dessin de Savoia est parfait pour cet ouvrage. Ses décors du Burundi sont aussi beaux et exotiques que poignants quand on pense à l'horreur qui s'y déroule et qui va défigurer ce paradis pour occidentaux. J'y ai retrouvé en grande partie l'ambiance de ma propre jeunesse africaine. Et tant sa représentation des personnages que son sens de la mise en scène permet une lecture d'une grande fluidité et d'une parfaite efficacité graphique. C'est beau et bien raconté. Alors que ce récit se déroule au Burundi voisin, j'ai appris davantage avec cette BD sur le génocide rwandais que dans toutes mes lectures précédentes. C'est avant tout la question de la haine ethnique et de son absurdité qui est présentée ici, ainsi que les ravages que cela va causer. La manière dont elle va dévaster des familles et des amitiés frappe aussi le lecteur de plein fouet. Très dur et cruel tout en restant toujours dans la retenue et la sobriété, cette représentation de l'horreur sait se rendre lisible et compréhensible par tous. On pourrait lui reprocher son manque d'explications sur les causes, les parties en présence et sur le déroulement précis des faits de génocide, mais c'est justement vers la recherche de davantage d'informations que cet album nous pousse, pour comprendre comment les choses ont pu en arriver là et savoir poser des faits sur ce que l'on vient de ressentir. J'ai refermé cet album la gorge nouée et avec l'impression d'avoir bien mieux compris non pas une énumération de faits mais bien toute l'émotion qui a impacté une région entière de l'Afrique centrale et tous les peuples et individus qui l'habitaient.

10/04/2024 (modifier)