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Jours de sable

Note: 4/5
(4/5 pour 4 avis)

Après Le Retour de la Bondrée (Prix Saint-Michel du meilleur album) et L'Obsolescence programmée de nos sentiments (en collaboration avec Zidrou, Prix d'argent du Japan International Manga Award), Aimée de Jongh signe un récit émouvant, inspiré par des faits historiques et nourri par un séjour sur place.


1930 - 1938 : De la Grande Dépression aux prémisces de la Seconde Guerre Mondiale Agriculture et élevage Auteurs néérlandais La BD au féminin Photographie [USA] - Middle West

Washington, 1937. John Clark, journaliste photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, l'organisme gouvernemental chargé d'aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l'Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et les tempêtes de sable plongent les habitants dans la misère. En Oklahoma, John tente de se faire accepter par la population. Au cours de son séjour, qui prend la forme d'un voyage initiatique, il devient ami avec une jeune femme, Betty. Grâce à elle, il prend conscience du drame humain provoqué par la crise économique. Mais il remet en question son rôle social et son travail de photographe...

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 21 Mai 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Jours de sable

15/05/2021 | Mac Arthur
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Par fuuhuu
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur fuuhuu

Une véritable claque visuelle ! Dès les premières pages, nous sommes subjugués par des pleines planches magnifiques, puissantes et pleines d'émotions. On sent que rien n'a été fait au hasard. Les détails, les décors, les expressions des personnages, les couleurs,.. tout cela mis ensemble, forme un tout qui dégage un "je-ne-sais-quoi" indescriptible, mais en tout cas, très émouvant et prenant. Concernant le scénario, la aussi, l'auteur est épatant. Nous accompagnons un photographe envoyé faire un reportage photo sur le "Dust Bowl". D'un point de vue historique, l'album est très enrichissant. Ayant 26 ans, je n'avais pas spécialement connaissance de ce point de l'Histoire et j'en ai beaucoup appris. Cette BD m'a également donné envie d'en apprendre plus sur ce phénomène, elle a attisé ma curiosité. De plus, le personnage principal est agréable à suivre. Nous partageons ses questionnements et ses doutes. Nous nous remettons en question avec lui. Il y a une véritable évolution dans sa perception des choses, et la conclusion du héros m'a été très satisfaisante. Enfin, la bd est ponctuée de nombreuses "mini-histoires" grâce aux nombreux personnages secondaires. Cela m'a permis de mieux saisir les enjeux du "Dust Bowl". Je ne sais pas si cet album deviendra culte avec les années, mais dans tous les cas, visuellement c'est un chef d'œuvre. Gros coup de cœur 4,5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !

18/09/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Calimeranne

La lecture de cet album m'a immanquablement rappelé "Les Raisins de la Colère". Pour autant, si ces deux œuvres prennent place dans le même contexte historique, elles n'abordent pas le sujet sous le même angle. John Steinbeck avait axé son roman sur l'exode d'une famille en Californie, ici on s'attarde davantage sur les familles qui vivent encore dans le Dust Bowl, une région du centre des États-Unis touchée par la sécheresse et des tempêtes de poussière durant les années 30. Si les critiques de John Steinbeck sur la politique économique de son pays m'avaient marquée par leur résonnance avec notre monde actuel, que dire de l'évocation de ce dérèglement climatique en partie lié à l'activité humaine ? Le drame vécu par ces familles est vu au travers du regard - ou plutôt de l'objectif - d'un jeune photographe New Yorkais en mission pour la FSA. Je connaissais certaines photos prises à l'époque, en particulier la fameuse "Mère Migrante" de Dorothea Lange, mais j'ignorais qu'elles avaient été prises dans le cadre d'une mission menée par un organisme d'État. Je ne me souvenais pas non plus avoir entendu parler du Dust Bowl (peut-être le terme est-il évoqué dans "Les Raisins de la Colère", mais je n'en ai pas souvenir). J'ai donc découvert pas mal de choses sur cette époque, et c'est un des points que j'ai apprécié dans cet album. J'ai été très touchée par le destin tragique de ces familles en lutte contre des conditions climatiques épouvantables, et j'ai trouvé judicieux l'insertion de photos au début de chaque chapitre, qui nous rappelle que si les personnages et les faits sont fictifs, ils sont basés sur des histoires bien réelles. J'ai également bien aimé suivre l'évolution du personnage principal, tout d'abord bêtement appliqué à accomplir sa mission, puis se sentant de plus en plus proche des familles qu'il photographie. Tout ceci est très bien raconté, l'auteure prend son temps pour planter les décors. Dès les premières pages j'ai été complètement immergée dans cet univers rude et malgré tout visuellement superbe. Je découvre le travail d'Aimée De Jongh et je peux dire que je suis sous le charme, aussi bien de son graphisme que de sa narration. Un très bel ouvrage dont je recommande chaudement la lecture.

14/09/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue boy

Cet album très attendu d’Aimée de Jongh est un véritable choc visuel et sensoriel, ce qui en fait assurément un événement pour cette année 2021. C’est à partir d’un fait historique un peu oublié, le Dust Bowl — un phénomène météorologique lié à la sécheresse qui provoqua la misère et la fuite des paysans principalement du Texas, de l’Oklahoma et du Kansas, de 1931 à 1937 —, que l’autrice néerlandaise a conçu seule cette fiction hors normes. Elle s’est inspirée également des nombreuses photographies en noir et blanc, pour certaines très célèbres, témoignant de cette catastrophe inédite et dont une partie montrait les habitants de la région dans une immense détresse. Si John Steinbeck a évoqué dans « Les Raisins de la colère » l’exode vers la Californie de ces populations plongées dans la misère, il n’a en revanche que peu traité la question de ce dérèglement climatique dû à l’activité humaine, peut-être le premier de cette ampleur dans l’histoire de l’humanité. La narration impeccable, faite de longues plages de silence où le dessin prend le dessus, associée à une mise en page aux plans très serrés, souvent en pleine page, nous emporte telle une tornade au cœur de l’histoire. Et si la comparaison est facile, elle n’en est pas moins vraie… Le lecteur est littéralement immergé dans cette atmosphère suffocante aux tonalités oscillant entre le gris beige et le brun orangé. Visuellement, c’est aussi magnifique que la situation des habitants appauvris par la catastrophe n’est tragique, et l’esthétique soignée n’enlève rien à la puissance de l’image. Le cadrage est saisissant, comme si l’autrice avait cherché à nous mettre le nez dans ces vents de sable pour nous faire mieux ressentir l’âpreté d’une situation dont les victimes ont littéralement « mordu la poussière ». Le trait sensible et réaliste d’Aimée de Jongh retranscrit parfaitement les états d’âme de ces gens livrés à eux-mêmes, pris dans la nasse du désespoir et pour une bonne partie captifs d’une terre maudite, sans même avoir les moyens financiers de la quitter… Le jeune héros, John, va vivre, à travers cette première expérience professionnelle en tant que photographe, un véritable parcours initiatique qui va le plonger dans des abîmes existentiels. Très vite, malgré sa jeunesse, le douteval’envahir quant à l’éthique de la fonction qui lui a été assignée par le journal qui vient de l’embaucher : prendre des clichés suivant des thématiques très précises, un rien cyniques dans leur aspect factuel, car déjà à l’époque, le « choc des photos » était nécessaire pour augmenter les ventes. Mais il n’est pas pour autant question de porter un jugement trop sévère sur ces photographies, dont la mise en scène pouvait travestir la réalité pour la rendre plus percutante. Car sans ces témoignages sur pellicule (et ces portraits saisissants, dont certains ont marqué la conscience collective), qu’aurions-nous su de cette tragédie et quelles traces en aurait gardé l’Histoire ? Aimée de Jongh elle-même aurait-elle pu réaliser cet album ? Pourtant, John, ce garçon sensible et empathique, l’est peut-être un peu trop pour exercer un métier se résumant à observer le monde dans sa dureté, où le photographe croit se protéger derrière la froideur mécanique de son objectif… En plus de toutes les qualités narratives et graphiques de ce one-shot, ce qui le rend encore plus marquant, plus prégnant, est la façon dont les faits décrits résonnent puissamment avec les problématiques environnementales de notre époque. On imagine sans peine qu’une telle catastrophe puisse désormais se reproduire sous n’importe quelle latitude, surtout quand l’actualité nous annonce que la côte Ouest du Canada ou la Sibérie subissent des températures approchant les 50° Celsius… Nul doute que « Jours de sable » marquera les esprits pour longtemps et ne passera pas inaperçu. La maison Dargaud, qui l’a bien compris, a doté l’ouvrage d’une qualité éditoriale on ne peut plus seyante, renforcée par un excellent choix visuel pour la double couverture et un minimalisme stylé pour la couverture intérieure. Avec ce petit plus qui n’est rien d’autre qu’une déclaration d’amour à l’objet papier : la cordelette marque-page. Avec une réussite aussi évidente, qui pourra encore oser prétendre que le neuvième art est une affaire de mecs et nier l’importance des autrices ?

10/07/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Voilà un excellent album ! Tout d’abord, il y a le thème. Aimée De Jongh nous plonge en plein Dust Bowl durant la grande dépression, et cet univers est de ceux qui m’ont toujours hypnotisé. De plus, elle s’appuie sur un personnage de photographe. Or les photographies d’époque sont pour beaucoup dans ma fascination pour ce lieu et cette période, et comme elle agrémente cet album de plusieurs photographies (qui ouvrent chaque chapitre et illustrent le dossier de fin d’album), le charme opère on ne peut mieux. Ensuite, il y a le dessin et la mise en page. Exceptionnels ! Je n’ai pas d’autre mot. Non pas qu’ils soient d’une finesse hors norme mais Aimée De Jongh a réussi à retranscrire le caractère désolé, fantomatique, aride, et bien entendu poussiéreux de cet univers tout en gardant une pureté et une lisibilité sans faille dans son trait. L’ensemble est très agréable à lire comme à regarder, l’artiste nous plonge vraiment au cœur de son univers, et comme elle prend son temps (280 pages, tout de même !) pour nous raconter son histoire, les grandes illustrations s’enchainent pour nous immerger encore plus au cœur du récit. C’est bien simple : une fois ma lecture entamée, il m’a été impossible de l’abandonner avant la dernière ligne du dossier de fin d’album. Cet album est d’un point de vue graphique, fluide et élégant. L’aspect historique est également intéressant puisque Aimée De Jongh s’appuie sur des faits réels pour construire son intrigue. Le récit y gagne donc encore en authenticité tout en éclairant cette époque sous un angle original (et au passage, il rend un bel hommage au travail des photographes mandatés par la FSA). Finalement, seule l’intrigue centrale reste un cran en dessous. Non pas qu’elle soit mauvaise mais elle est cousue de fil blanc. Les rebondissements sont très prévisibles et, par conséquent, le final ne prend pas autant aux tripes qu’il aurait pu. Mais rien que pour l’univers, la qualité du dessin et de la mise en page et l’aspect historique du récit, cet album est hautement recommandable.

15/05/2021 (modifier)