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Carbone & Silicium

Note: 4/5
(4/5 pour 3 avis)

Nouvelle fresque SF de Mathieu Bablet, Carbon & Silicium est l'histoire de deux IA en quête de sens dans un monde dégradé par l'humanité.


Label 619 Les coups de coeur des internautes Nouveautés BD, comics et manga Robots

Carbone et Silicium sont les derniers-nés des laboratoires Tomorrow Foundation. Noriko, scientifique chargée du projet, leur explique pourquoi ils ont été créés : ils sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinée à prendre soin de la population humaine vieillissante. Issus d’une même entité, scindée en deux individus distincts, ils sont les premiers représentants d’une gamme d’androïdes aux capacités décuplées par les progrès de la recherche en intelligence artificielle. Élevés dans le cocon protecteur du laboratoire qui les a conçus, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils seront séparés. Ils mèneront alors chacun leurs propres expériences, devenant, pendant près de trois siècles, les observateurs plus ou moins distanciés d’une humanité à bout de souffle, incapable de faire face aux désastres écologiques, politiques, économiques et sociaux qu’elle a elle-même engendrés. Face à ce monde sur le déclin, Carbone et Silicium vont-ils parvenir à trouver leur place ?

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 28 Août 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Carbone & Silicium
Les notes (3)
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31/08/2020 | Guillaume.M
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Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
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La Tomorrow Foundation va livrer au monde deux entités d'intelligence artificielle. C'est ainsi que Carbone et Silicium voient le jour, ils ont accès à la connaissance globale du monde mais leur désir est de s'émanciper, de trouver un corps d'accueil. Entre les deux IA va naitre ce que l'on peut qualifier d'amour. À travers le temps ils vont se perdre et se retrouver. Le moins que l'on puisse dire c'est que Mathieu Bablet est un auteur complexe. Ses choix graphiques d'une part, et d'autre part la profondeur du propos au travers des thèmes qu'il explore. D'un point de vue graphique l'objet même est une petite tuerie, dos toilé, épaisseur des pages, qualité du papier, jusqu'au prix qui reste très correct pour un pavé (267 pages tout de même) de cet acabit. Un triple hourra pour les éditions Ankama et le label 619 dont j'ai chanté les louanges par ailleurs. Également la colorisation impeccable qui propose toute une gamme de nuances plus superbes les unes que les autres. Ici point de Photoshop, tout est fait à la main et je ne vous cause pas des décors hallucinants, que les planches soient contemplatives ou autre. En ce qui concerne ses personnages je suis plus que dubitatif, pourquoi des silhouettes à peine ébauchées, sans pieds et des visages qui parfois ont tendance à être différents d'une case à l'autre ? Une tendance à l'épure nous dit Alain Damasio dans la postface. Mouais bof, un trait plus réaliste m'aurait permis une immersion plus profonde dans le récit. Sans doute des restes de l'époque Label 619 dont Singelin et Run sont les chantres et Maudoux dans une moindre mesure. Sur le propos de l’œuvre disons le tout de go, Bablet nous offre un album totalement dépressif où il n'y a que peu de lueurs d'espoir. Pamphlet contre la connexion à outrance, le transhumanisme, la machine et l'humain entremêlé et la destruction environnementale. Ce qui sauve l'ensemble c'est cette histoire d'amour entre deux êtres qui vont passer tout le temps de l'album à se chercher, leurs corps d'origine presque humaine perdant au fil du temps cette dimension les faisant redevenir machines obsolètes. Un album qui n'a pas fini de faire réfléchir, magnifique, n'ayons pas peur des mots, bien évidemment un coup de cœur.

26/09/2020 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Jetjet

De nombreuses théories affirment que le Silicium serait capable de supplanter le Carbone pour créer une nouvelle forme de vie organique. Pourtant Mathieu Bablet ne s'embarrasse guère de cette affirmation pour créer un nouvel univers dense et sombre s'étalant sur plus de 250 pages. Le succès inattendu de Shangri-La lui a permis de peaufiner pendant près de 4 ans cette histoire qui se veut universelle. Inutile effectivement de tergiverser et de tourner autour du pot, "Carbone et Silicium" est un petit chef d'oeuvre. Dans un monde futuriste assez proche du notre, une équipe de scientifiques va créer deux entités artificielles parfaites. Dotées de toutes les connaissances du monde et destinées à un marché international commercial, leur seule contrainte "physique" sera leur durée de vie, à la fois pour pouvoir les remplacer par de futurs modèles plus perfectionnés mais également pour mieux les contrôler. Dotés d'une conscience, les deux "machines" vont tenter de prendre leur liberté et leur envol dans la simple illusion de vivre et de découvrir l'environnement terrestre. Seul Silicium arrive à s'enfuir pendant que Carbone sera consignée entre 4 murs.... C'est alors que le professeur Noriko, créatrice des deux machines, va offrir à Carbone une possibilité unique pour prolonger sa vie..... Le reste de l'histoire est à lire... car les années vont passer pour Carbone & Silicium vont s'affranchir de la temporalité et passer les époques par de nombreux flash forwards fascinants où les deux entités ne vont cesser de se croiser, Carbone cherche un sens à sa vie illimitée en explorant les réseaux informatiques fabuleusement mis en scène par l'auteur pendant que Silicium sillonne le monde en solitaire. Le travail fourni par l'auteur est fascinant, on le voyait déjà à l'oeuvre dans la réalisation magistrale de mégalopoles aux lignes infinies dès son premier album, le sous-estimé La Belle Mort mais ici tout est décuplé et se passe de commentaires. L'éclairage apporté sur les nombreux environnements nappés de couleurs chaudes d'un soleil rugissant est également de toute beauté. Les I.A traversent les époques et sont témoins de la chute et décadence de l'espèce humaine dont ils se font les spectateurs. Un Taj-Mahal déserté, une faune en train de mourir à petit feu ou la hausse du niveau de la mer sont des témoins visuels muets mais spectaculaire d'un futur probable. Le tout est mélancolique, poétique, parfois dur et choquant (l'agonie d'un personnage clé), parfois bavard, souvent muet, Bablet redistribue les clés du Géant de Fer ou d'un "Blade Runner" sans jamais les parodier. On ferme ce long récit bouleversé avec beaucoup de questions qui résonnent bien après la lecture sur le sens de notre propre devenir. Bluffant et perturbant comme pouvaient l'être A travers ou En Mer. Ne passez pas à côté de ce jeune auteur qui est devenu en 4 séries un incontournable du 9ème art.

13/09/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Guillaume.M

Tombé par hasard sur l'album en magasin, j'ai immédiatement reconnu la patte de Mathieu Bablet, que j'avais découvert avec le très bon Shangri-La. Faible, je n’ai pas résisté longtemps à la tentation… Une fois encore, il est indispensable de souligner la qualité de l’édition : Reliure toilée, album grand format, papier épais, 250 planches, … le tout à un prix défiant toute concurrence ! Si Ankama Éditions peut le faire, pourquoi pas les autres ?! J’ai débuté ma lecture avec l’appréhension de découvrir une histoire proche de celle de Shangri-La. Ma crainte s’est avérée infondée. Si le genre est identique et que les thématiques proches, l’histoire et la narration sont totalement différentes. « Carbone & Silicium » est un récit d’anticipation qui aborde la naissance, l’évolution et la relation complexe entre deux intelligences artificielles (IA). La toile de fond reste une civilisation humaine à bout de souffle, qui a perdu son essence et détruit son environnement. À plusieurs reprises, Mathieu Bablet dénonce l’évolution de notre société (hyper connectivité, consumérisme, progrès technologiques à tout prix, etc.) mais l’histoire reste centrée sur cette relation amoureuse (?) entre Carbone et Silicium, deux êtres synthétiques mais finalement bien plus humains que leurs créateurs. Leur vie sera faite de séparations et de retrouvailles qui les conduiront au croisement de leurs opinions et du chemin que l’une et l’autre voudront suivre. Petit coup de cœur pour la narration, franchement réussie, grâce à des sauts dans le temps permettant de couvrir une période temporelle plus large, en évitant des développements inutiles. Des planches plus épurées succèdent à des passages plus verbeux et profond, ce qui permet au lecteur de varier le rythme et d’avaler en un bloc ce gros pavé. Chaque chapitre s’ouvre avec le gros plan du visage de Carbone, ce qui donne du rythme, permet de l’identifier immédiatement et facilite la lecture (pour une raison que je vous laisse découvrir, le corps de Carbone change à chaque chapitre). Mathieu Bablet est décidément un dessinateur fort intéressant. Son style est reconnaissable au premier coup d’œil grâce à des planches détaillées, des couleurs envoûtantes et des personnages au design singulier (je ne suis pas fan, mais l’essentiel est ailleurs). En matière de science-fiction, c’est un modèle du genre et certaines planches vous laisseront contemplatifs. Avec ce nouveau one shot, Mathieu Bablet s’impose comme un auteur de science-fiction à suivre.

31/08/2020 (modifier)