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La Bête du Gévaudan

Note: 3/5
(3/5 pour 1 avis)

Les carnages de la fameuse bête qui ravagea le Gévaudan et le sud de l'Auvergne entre 1764 et 1767.


1643 - 1788 : Au temps de Versailles et des Lumières Auvergne/Massif central La Bête du Gévaudan

Au XVIIIème siècle, pendant 3 ans, le Gévaudan paya un lourd tribut à une créature insaisissable que nul ne parvenait à tuer. Le Gévaudan était une rude contrée peuplée de paysans, et cet animal malfaisant fut vite perçu comme une incarnation du diable.. A l'orée d'un bois, au détour d'un ravin, sur le chemin des pâturages, la Bête attaquait sans relâche et sans pitié, entrant dans l'imaginaire et marquant à jamais de son empreinte la terre et les esprits.

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Mai 2005
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série La Bête du Gévaudan
Les notes (1)
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21/07/2014 | Agecanonix
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Je rentre d'un voyage dans les Causses, les gorges du Tarn et le Gévaudan, je suis donc allé sur les lieux même où cette Bête a exercé ses ravages entre 1764 et 1767, et étrange hasard, juste avant mon départ, j'avais trouvé début juillet chez mon bouquiniste cet album alors que je n'en connaissais pas l'existence ; cette histoire m'ayant toujours passionné, je m'empressai de l'acheter. L'auteur, J.L. Pesch est plus connu pour ses séries animalières telle Bec-en-fer, or, le voir s'essayer à dessiner des humains me paraissait intéressant. Il s'est beaucoup investi dans cette histoire, et son album s'en ressent, il fait preuve d'une grande précision sur les dates des attaques, les victimes, les noms des différents acteurs, les lieux qui sont tous de petits patelins perdus dans ce rude pays parsemé de roches usées, de larges étendues nues, froides l'hiver, désolées, presque lunaires, balayées par le vent ; le terrain est accidenté, entrecoupé de fourrés épais, de sombres bois, de ravines profondes et de fondrières, bref c'est très sauvage, et l'on imagine aisément, surtout si on s'y promène aujourd'hui par un jour sans soleil, comment ça pouvait être au XVIIIème, et quel beau terrain rempli de cachettes ça faisait pour la Bête. Elle commence ses forfaits dans le pays cévenol puis le Vivarais (le pays Gévaudan étant bien plus étendu autrefois), et s'en prend surtout à des femmes et des enfants qui gardent les troupeaux. On s'étonne car ordinairement les loups n'attaquent que les moutons, et encore l'hiver seulement, mais Pesch donne ici une raison tout à fait plausible pour expliquer ces carnages. On crut avoir tué le monstre près de Pradelles (village aujourd'hui situé au sud du Puy-en-Velay), mais ce n'était qu'un gros loup. Beaucoup de témoignages seront contradictoires car certains rescapés ont décrit la Bête de façon très farfelue. Ici, Pesch prend le parti dès le début de montrer un loup certes de belle taille, attaquer les victimes. Des battues sont organisées autour de Marvejols (aujourd'hui en Lozère), mais rien n'y fait, la Bête égorge allègrement et déjoue diaboliquement tous les pièges. L'inquiétude et la peur s'emparent des villageois, ce sont de pauvres paysans qui n'ont que des fourches et des bâtons, car il était interdit de posséder un fusil (depuis la révolte des Camisards, le pouvoir royal se méfiait des révoltes paysannes) ; seuls des chasseurs ou des braconniers vivant en marge des villages, possédaient des armes à feu. Les Dragons de Langogne, les louvetiers du roi et ses meilleurs chasseurs, les notables de la région... tous échouent jusqu'à septembre 1765, lorsqu'un énorme loup est tué, croyant que c'est enfin la Bête ; on le fait empailler et ramener à Versailles pour le présenter à Louis XV, mais en décembre, les carnages recommencent. Personne ne comprit l'acharnement de cet animal sur cette région pauvre et désolée, et sur ces faibles populations ; l'évêque de Mende y voyait une punition divine. Sa force, sa vélocité, sa capacité à se déplacer sur un territoire très étendu, sa façon d'échapper aux battues répondaient de la sorcellerie. En 3 ans, il dévora 101 personnes et en blessa plus encore, jusqu'à ce qu'il fut tué par Jean Chastel le 19 juin 1767 : c'était donc un loup d'une taille supérieure à la moyenne. Mais le mystère de certains aspects dans cette affaire fit entrer la Bête dans le bestiaire fabuleux des campagnes. Tous ces aspects sont parfaitement rendus par Pesch, avec un dessin agréable et fidèle à une documentation précise, il a rencontré des spécialistes, vu les lieux, visité le Musée Fantastique de la Bête du Gévaudan à Saugues (à l'ouest du Puy), que moi aussi j'ai vu évidemment, ainsi que les différentes statues de la Bête qui égrènent le pays (notamment celle d'Auvers, lieu présumé où elle fut abattue, à 15 km de Saugues, la plus spectaculaire). Parfois, la succession de carnages donne un ton un peu répétitif à l'album , mais c'est une belle entreprise d'avoir restitué cette affaire dans son entier, la vraie, pas la fantaisiste vue dans le film Le Pacte des Loups. En tout cas, ça plaira aux amateurs de mystères et de légendes.

21/07/2014 (modifier)