Léna (Le Long Voyage de Léna)

Note: 2.78/5
(2.78/5 pour 18 avis)

Léna parcourt l'Europe et le Moyen-Orient, avec des cadeaux très spéciaux...


Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs Histoires d'espions Pierre Christin Proche et Moyen-Orient

Elle s’appelle Léna. C’est une jeune femme brune, élégante et mystérieuse. On ignore d’où elle vient et où elle va. Son voyage commence à Berlin-Est, dans le quartier où vivent les anciens dignitaires d’un régime effacé par le vent de l’Histoire. Léna rend visite à un homme qui lui remet une liste de noms et de numéros de téléphone, qu’elle apprendra par coeur avant de la détruire. Après Berlin, il y aura Budapest et un autre rendez-vous. Et après Budapest, Kiev, Odessa, la Turquie et la Syrie. À chaque fois, une rencontre. Peu de mots prononcés, juste un objet étrange remis par Léna à son destinataire – une boîte de pâtes d’amandes, un flacon de parfum, un nécessaire pour diabétiques.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Septembre 2006
Statut histoire Une histoire par tome 3 tomes parus

Couverture de la série Léna (Le Long Voyage de Léna) © Dargaud 2006
Les notes
Note: 2.78/5
(2.78/5 pour 18 avis)
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19/09/2006 | Spooky
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Un livre feutré où la violence est tout entière intériorisée pour ne ressurgir qu'à la fin. Un travail sur le deuil et sur la renaissance. Léna est une femme inconnue, lisse, dont le passé va être dévoilé par petites touches, un peu comme un tableau impressionniste de Seurat où la compréhension n'apparaît que lorsqu'on prend du recul et que suffisamment de touches ont été peintes. Nous suivons le voyage de Léna dans une succession de cartes postales que le dessin ouaté de Juillard rapproche et éloigne de nous. Léna est de toute façon une étrangère. Un peu comme le héros éponyme de Camus, elle semble ne pas appartenir à notre monde. La vie est un nuage de fumée, derrière lequel se cache la vérité, à l'instar des innombrables cigarettes que Léna grille. L'intrigue se noue dans les dernières pages mais, là aussi, Léna sera ailleurs. Cette technique narrative est un choix très fort de Christin. En effet, le visage omniprésent de Léna ne cache pas les évènements mais les éclaire à travers le filtre de la vie de Léna, à travers les petits détails de ses affaires (le portrait !). Le scénariste joue aussi sur le temps. L'album est un élastique qui se tend imperceptiblement sans que rien ne véritablement semble se passer. Et puis, l'élastique casse dans un paroxysme de violence. On pense aux parques grecques tranchant la vie des êtres humains. Le long voyage de Léna est un livre très fort, pas seulement sur le terrorisme international, mais sur la douleur et le sacrifice. Sur le chagrin qui étouffe et retire tout sel à la vie. C'est aussi une réflexion sur le libre arbitre. Léna est-elle libre ? Prisonnière de son passé ? Prisonnière de sa vengeance ? Spinoza explique que le libre arbitre est une illusion car, si l'homme a conscience de ses actes, il n'a pas conscience des causes derrière ses motivations. Au final, Léna n'est-elle pas le fruit de la géopolitique ? 'Léna et les trois femmes' publié quelques années plus tard constitue un nouvel exploit. Nous découvrons une femme tout autre, pleine de chaleur humaine, apaisée et pleine de compassion. La vengeance a été remplacée par le devoir et au final Léna se révèle une femme morale qui transcende sa condition et prend tous les risques pour épargner aux autres le cataclysme qu'elle a subi, pour donner aux autres une chance de vivre. Par là même, elle sort du cycle de la vengeance et retrouve la liberté que l'attentat de Khartoum lui avait fait perdre. Quant aux trois femmes, les références mythologiques, volontaires ou involontaires de la part du scénariste, sont évidentes. On pense bien évidemment aux trois parques qui coupaient le fil de la vie et avaient donc le pouvoir de vie ou de mort, comme les terroristes. On pense aussi, en allant plus loin, aux trois grâces, si admirablement peintes par Raphaël ou Cranach l'ancien. Ahlem incarnerait la grâce du guerrier, Souad celle de la beauté et Halima celle de l’abondance et de la vie, ce qui expliquerait sa fugue. Dès lors, la conclusion de l'intrigue et l'incroyable coup de poker de Léna deviennent parfaitement logiques. Le diptyque appartient à la collection Long Courrier et nous sommes invités à voyager très loin, pas seulement géographiquement, mais aussi dans les méandres de l'âme humaine. Ce sont aussi deux BD féministes, mettant en scène une femme extraordinaire. Cela n'est pas si courant !

31/05/2014 (MAJ le 31/05/2014) (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Quand deux géants discrets de la BD se rencontrent, que font-ils ? Ils réalisent un magnifique album, qui risque de passer inaperçu. En effet Pierre Christin, voyageur insatiable, journaliste passionné et scénariste de qualité, n'avait jamais travaillé avec André Juillard, voyageur immobile et transporteur de rêves... "Le Long Voyage de Léna" est peut-être bien la rencontre parfaite de ces deux talents. Christin y fait part de ses préoccupations sur l'état du monde, et notamment sur le terrorisme qui peut ravager totalement certaines familles. Christin évite tous les écueils, celui de la pleurnicherie, celui de la sympathie, celui de la haine aveugle. Car l'histoire de Léna est d'une froideur rarement atteinte. Sa vengeance est calculée, même si elle ne maîtrise pas tous les paramètres. Christin trouve en Juillard un magnifique illustrateur, au sommet de son art, et qui a su se détacher de son style Blake et Mortimer pour revenir à son dessin classique mais parfaitement maîtrisé. On a beaucoup de plaisir à voyager avec Léna, de Berlin-Est à Buenos Aires. J'ai par exemple beaucoup apprécié la vue de Budapest, que je connais. La documentation des auteurs est sans faille, et pour cause, puisque Christin est allé à peu près partout sur le globe terrestre. Il est donc logique que la collection Long Courrier accueille ce récit de voyage et cette aventure toute en dignité. Attention, si vous lisez cet album, vous avez entre les mains un classique instantané.

19/09/2006 (modifier)