Le Long Voyage de Léna

Note: 2.69/5
(2.69/5 pour 16 avis)

Léna parcourt l'Europe et le Moyen-Orient, avec des cadeaux très spéciaux...


Histoires d'espions Pierre Christin Proche et Moyen-Orient

Elle s’appelle Léna. C’est une jeune femme brune, élégante et mystérieuse. On ignore d’où elle vient et où elle va. Son voyage commence à Berlin-Est, dans le quartier où vivent les anciens dignitaires d’un régime effacé par le vent de l’Histoire. Léna rend visite à un homme qui lui remet une liste de noms et de numéros de téléphone, qu’elle apprendra par coeur avant de la détruire. Après Berlin, il y aura Budapest et un autre rendez-vous. Et après Budapest, Kiev, Odessa, la Turquie et la Syrie. À chaque fois, une rencontre. Peu de mots prononcés, juste un objet étrange remis par Léna à son destinataire – une boîte de pâtes d’amandes, un flacon de parfum, un nécessaire pour diabétiques.

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Septembre 2006
Statut histoire Une histoire par tome 2 tomes parus
Couverture de la série Le Long Voyage de Léna
Les notes (16)
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19/09/2006 | Spooky
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Un livre feutré où la violence est tout entière intériorisée pour ne ressurgir qu'à la fin. Un travail sur le deuil et sur la renaissance. Léna est une femme inconnue, lisse, dont le passé va être dévoilé par petites touches, un peu comme un tableau impressionniste de Seurat où la compréhension n'apparaît que lorsqu'on prend du recul et que suffisamment de touches ont été peintes. Nous suivons le voyage de Léna dans une succession de cartes postales que le dessin ouaté de Juillard rapproche et éloigne de nous. Léna est de toute façon une étrangère. Un peu comme le héros éponyme de Camus, elle semble ne pas appartenir à notre monde. La vie est un nuage de fumée, derrière lequel se cache la vérité, à l'instar des innombrables cigarettes que Léna grille. L'intrigue se noue dans les dernières pages mais, là aussi, Léna sera ailleurs. Cette technique narrative est un choix très fort de Christin. En effet, le visage omniprésent de Léna ne cache pas les évènements mais les éclaire à travers le filtre de la vie de Léna, à travers les petits détails de ses affaires (le portrait !). Le scénariste joue aussi sur le temps. L'album est un élastique qui se tend imperceptiblement sans que rien ne véritablement semble se passer. Et puis, l'élastique casse dans un paroxysme de violence. On pense aux parques grecques tranchant la vie des êtres humains. Le long voyage de Léna est un livre très fort, pas seulement sur le terrorisme international, mais sur la douleur et le sacrifice. Sur le chagrin qui étouffe et retire tout sel à la vie. C'est aussi une réflexion sur le libre arbitre. Léna est-elle libre ? Prisonnière de son passé ? Prisonnière de sa vengeance ? Spinoza explique que le libre arbitre est une illusion car, si l'homme a conscience de ses actes, il n'a pas conscience des causes derrière ses motivations. Au final, Léna n'est-elle pas le fruit de la géopolitique ? 'Léna et les trois femmes' publié quelques années plus tard constitue un nouvel exploit. Nous découvrons une femme tout autre, pleine de chaleur humaine, apaisée et pleine de compassion. La vengeance a été remplacée par le devoir et au final Léna se révèle une femme morale qui transcende sa condition et prend tous les risques pour épargner aux autres le cataclysme qu'elle a subi, pour donner aux autres une chance de vivre. Par là même, elle sort du cycle de la vengeance et retrouve la liberté que l'attentat de Khartoum lui avait fait perdre. Quant aux trois femmes, les références mythologiques, volontaires ou involontaires de la part du scénariste, sont évidentes. On pense bien évidemment aux trois parques qui coupaient le fil de la vie et avaient donc le pouvoir de vie ou de mort, comme les terroristes. On pense aussi, en allant plus loin, aux trois grâces, si admirablement peintes par Raphaël ou Cranach l'ancien. Ahlem incarnerait la grâce du guerrier, Souad celle de la beauté et Halima celle de l’abondance et de la vie, ce qui expliquerait sa fugue. Dès lors, la conclusion de l'intrigue et l'incroyable coup de poker de Léna deviennent parfaitement logiques. Le diptyque appartient à la collection Long Courrier et nous sommes invités à voyager très loin, pas seulement géographiquement, mais aussi dans les méandres de l'âme humaine. Ce sont aussi deux BD féministes, mettant en scène une femme extraordinaire. Cela n'est pas si courant !

31/05/2014 (MAJ le 31/05/2014) (modifier)
L'avatar du posteur Agecanonix

Le récit pourrait sembler intimiste, mais c'est de l'espionnage qui sort des clichés et du formatage habituel d'action et de gadgets ; il y a aussi une grosse part de politique fiction. Pendant les 3/4 de l'album, Léna se rend dans de nombreux pays, rencontre plusieurs personnes et leur remet des objets anodins, mais le lecteur ignore le but de sa mission, tout est très mystérieux, les indices semés sont peu clairs. Il y a un manque d'action qui pourrait conduire à l'ennui et à la lassitude, mais étrangement on a envie de savoir ce qui va se passer, et tout l'intérêt réside dans ce choix de narration. L'aspect géopolitique est plus affirmé dans le second album, avec un lien évident vers le terrorisme. Cet album ressemble un peu au précédent dans sa construction, c'est une longue suite de préparatifs et d'entraînement pour 3 femmes arabes à évoluer dans un monde occidental dont elles ignorent le mode de vie, puis le but ultime est atteint de façon très ou trop rapide ; encore une fois, le fin mot de l'histoire n'est révélé qu'aux dernières pages, c'est très habile. A cela s'ajoute Léna, un beau personnage de femme, habitée par la mélancolie. Je ne sais pas si avec un autre graphisme, j'aurais accroché, mais j'ai bien aimé ces histoires éclairées par le dessin toujours aussi policé et pur de Juillard, un dessinateur que je prends toujours plaisir à retrouver justement pour son trait limpide.

12/02/2014 (modifier)

Diantre, comment se fait-il qu’un tel bijou soit aussi mal noté ? Evidemment ce véritable récit d’espionnage ne fourmille pas de courses poursuites, de gadgets ou de personnages aux capacités largement supérieures à la moyenne, cela en fait un objet bien particulier : arriver à narrer un pur récit d’action sans intégrer les recettes classiques de l’action dans le scénario, quelle prouesse ! Les deux tomes de cette série vont nous raconter des infiltrations, dans le cadre de jeux dangereux, je ne crois guère aux James Bond moderne, la réalité me semble plutôt dans la discrétion. Or dans ce récit chaque moment est critique, notre infiltrée est perpétuellement sur le fil du rasoir. Le fait de donner des informations partielles tout en ignorant tout de ce qu’elle fait ou va faire rend toute situation foncièrement instable. Et là le génie de Juillard entre en scène, car arriver à narrer toute cette tension dans le silence et le calme, arriver à faire ressentir au lecteur une boule de stress alors que rien ne bouge ou presque, c’est juste génial. La narration me semble simplement parfaite dans ce récit, l’auteur arrive exactement à retranscrire la lourdeur de chaque instant. Il n’y a guère qu’un reproche de profondeur de lecture pour éviter la note ultime. Et contrairement au "Cahier bleu", les deux tomes de cette série me semblent tout à fait homogènes et intéressants, les univers sont bien sûr radicalement différents, et pourtant les pics de tension succèdent aux fausses périodes de calme. Les auteurs emportent le lecteur dans un environnement parfaitement construit dans lequel l’action et le risque sont omniprésents et pourtant invisibles à l’œil. Le second tome permet un meilleur approfondissement des personnages secondaires qui fait défaut au premier tome, on en redemande (quoique, je n’imagine pas la miss faire une troisième mission…) Cet avis ne suffira pas à inverser une tendance, mais franchement cette série mérite un grand bravo pour une qualité narrative exceptionnelle où dessin et textes font voyager le lecteur dans des émotions incroyables.

03/05/2013 (modifier)
Par Gaston
Note: 2/5
L'avatar du posteur Gaston

Je n'ai pas trop accroché à cette histoire. Durant une trentaine de pages, je me suis ennuyé à suivre les différents voyages d'une femme dont je ne sais rien et qui semble n'avoir aucune personnalité. Donc mon intérêt pour elle était proche du néant. Ensuite, il se passe quelque chose et on sait enfin les motivations de la femme, mais il est bien trop tard pour que cela m'intéresse vraiment. Aussi, il y a enfin de l'action durant une dizaine de pages. Ces pages m'ont un peu plus captivé que le reste, mais je trouve que cet intérêt joue contre l'album car je me suis rapidement aperçu que ce long album aurait pu se terminer en 10-15 pages et que le reste n'était que du vide. Ah oui il y a eu un second album, mais je ne crois pas que la bibliothèque le possède et ne comptez pas sur moi pour aller l'acheter.

12/07/2012 (modifier)

J'aime beaucoup l'univers un peu intello et Bourgeois de Juillard. Le dessin est super soigné, et la narration douce, progressive, et toujours emprunt de mystère. Bien sûr, je n'ai pas tout aimé, et j'ai même été très déçu par "Après la pluie" (NdM : tome 2 de la série Le Cahier bleu). Mais en revanche, "Le long voyage de Léna" amorce une très belle histoire qui, j'espère, tiendra ses promesses par la suite.

08/04/2010 (modifier)
Par Erik
Note: 2/5
L'avatar du posteur Erik

Que ce voyage de Léna est long et ennuyeux ! Entre récit intimiste et espionnage, l'histoire ne parvient pas véritablement à décoller. Il faut attendre la page 40 pour que cette histoire ait un sens. Une banale vengeance sans queue ni tête ! L'histoire commence à Berlin-Est. Une femme un peu quelconque et mélancolique a rendez-vous avec un homme qui lui remet une liste de noms et d'adresses. Après l'avoir apprise par coeur (Ouah, la femme!), elle détruit la liste et part pour Bucarest où un autre rendez-vous l'attend. Et le voyage ne fait que commencer. Rappelez-vous le titre : le voyage est long ! Si long !... Après Budapest, Kiev et Odessa, elle ira en Turquie puis en Syrie. Le plus marrant dans tout cela, c'est qu'on ignore tout de son passé et de ses motivations. Accomplit-elle une mission ? Ou cherche-t-elle à assouvir une vengeance personnelle ? Non, c'est une femme en train de se reconstruire. Je n'ai éprouvé aucune sympathie particulière pour ce personnage, c'est dire! :( Même le dessin respire le classicisme. Aucune innovation majeure... La platitude prend un sens tout particulier avec cet album. André Julliard nous avait pourtant habitué à beaucoup mieux... Une grosse déception ! :( Je reprends mon avis après la sortie inattendue d'un second tome intitulé "Léna et ses trois femmes". Léna s'infiltre dans une organisation terroriste d'obédiance musulmane intégriste chargée d'envoyer des femmes martyrs se faire exploser au milieu d'une foule de préférence sur un marché. Malgré le sujet, on comprendra que ce n'est décidément pas une bd d'action. Au moment final, on ne sera rien de ce qui s'est passé. Toute une grande préparation pour un moment fatidique qui se révèlera décevant. Visiblement, les auteurs ont voulu faire dans un créneau "espionnage et psychologie". Notre héroïne reste toujours aussi froide : presque fidèle à elle-même. Dommage car on aurait voulu une évolution. Les auteurs persistent et signent...

03/08/2007 (MAJ le 13/11/2009) (modifier)
Par pol
Note: 3/5
L'avatar du posteur pol

J’ai aimé cette histoire parce que ce voyage est entouré de plein de mystères. Léna fait le tour de l’Europe, rencontre des gens bizarres et leur confie des bribes d’éléments en rapport avec une mission secrète. On ne comprend pas vraiment ce qu’elle fait et encore moins les tenants et les aboutissants de tout ça. J’ai été surpris car je ne m’attendais pas à ce genre de récit, qui fait un peu histoire d’espion, alors que je pensais plutôt tomber sur un roman graphique sentimental style Le cahier bleu. Une agréable surprise donc. Par contre comme l’indique le titre, c’est long. Il ne se passe concrètement pas grand chose, Léna voyage, regarde le paysage, rencontre un interlocuteur inconnu et repart pour un nouveau voyage… Ca devient un peu répétitif. Mais bon, au final j’ai quand même passé un bon moment, ne serait-ce que parce que j’ai été très agréablement surpris par le genre du récit.

14/03/2008 (MAJ le 14/03/2008) (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
L'avatar du posteur Ro

C'est vrai que cette BD n'est pas un chef-d'oeuvre, ni même une oeuvre marquante, à tel point que j'en avais presque oublié que je l'avais lue. Pourtant, j'apprécie son décor et son dessin. Le trait de Juillard me plait beaucoup, de même que ses couleurs. J'aime cette ligne claire qu'il nous offre là. Et j'aime l'ambiance Europe de l'Est des lieux visités. Le récit quant à lui intrigue un peu au début puis... Comme beaucoup, je me suis assez vite lassé et je me suis même un peu ennuyé à suivre cette Léna qu'on voit évoluer de rencontres en rencontres sans comprendre les motivations ni le comportement. Elle n'est pas attachante du tout. Et quand vient enfin la révélation finale, le pourquoi de ces rencontres, de ces codes secrets, de cette mission mystérieuse, c'est... très décevant. Tout ça pour ça ? Quelle drôle d'idée... et quel vain scénario au final...

03/08/2007 (modifier)
Par Manu Temj
Note: 3/5

C'est amusant comme certains reprochent à cet album sa lenteur et son parti pris contemplatif... C'est pourtant justement ce qui en fait tout l'intérêt !!! L'errance de cette femme, dont on ne sait rien ou presque sinon qu'elle n'est pas une professionnelle de la barbouserie, qui sert de "facteur" dans une complexe histoire d'espionnage qui nous échappe en partie... Et puis cette Europe de l'Est un peu fantasmée, partagée entre ses traditions séculaires, les stigmates de la guerre froide et les enjeux géopolitiques actuels, quelque part entre le Sceptre d'Ottokar, les aventures de Max Fridman et les romans de Le Carré... Le premier univers réussi par Christin depuis bien longtemps et qui colle si parfaitement au dessin de Juillard, à son goût pour les paysages calmes, les ambiances de fin de journée et les jolies femmes ! Si j'avais un reproche à faire à cette album c'est justement cette fin brutale, qui nous explique "enfin" les motivations de la Dame. Bon sang, j'aurais tellement préféré qu'on n'en sache rien, que Christin pousse son analyse de la décadence des idéologies jusqu'à nous proposer l'acte "gratuit" d'une femme perdue, simplement motivée par sa volonté d'exister... Hélas non, on retombe dans un manichéisme bas de plafond, un banal acte de vengeance personnelle, dommage ! Je me suis demandé en refermant cet album pourquoi ce choix scénaristique final. Quand je vois que certains y voient pour leur part la seule raison de "sauver" cet album je comprends un peu mieux. Je n'ai pas pour ma part du tout "reçu" cet album de cette façon-là...

22/03/2007 (modifier)
Par L'Ymagier
Note: 3/5

C'est d'abord une couverture "calme", attirante... C'est ensuite la découverte d'une rencontre ; celle du scénariste de Valérian et du dessinateur des "7 vies de l'épervier". C'est alors le plaisir de lecture de cette "rencontre" ; celle d'un narrateur assez exceptionnel et celle d'un maître de la ligne claire. Ils m'ont fait rencontrer Léa ; une belle femme assez mystérieuse qui semble cacher une blessure enfouie. Avec elle j'ai embarqué dans un long voyage, me retrouvant projeté dans des pages assez flegmatiques. J'ai cru me retrouver -par moments- dans une sorte de guide touristique mâtiné de polar "à l'ancienne". J'ai découvert des vignettes dessinées comme des chromos, réalisée par un dessinateur au geste précis qui "place" très bien ses cadrages. Ses silences aussi. J'ai suivi Léa comme une ombre, dans un album où pas un mot n'est plus haut que l'autre ; dans une sorte de culte du secret qui sera conservé jusque dans les dernières planches. Mais j'ai surtout découvert un véritable concentré de haine larvée. Une très belle rencontre de deux grands auteurs pour un album vraiment réussi. Ma cote perso : 3,5/5.

21/03/2007 (modifier)