Barrio negro

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)

José-Louis Bocquet poursuit les adaptations des « romans durs » de Simenon et réalise ici un travail d'orfèvre en détaillant la déliquescence d'un couple dans ce milieu colon des années 1930. À la finesse du texte, répond celle du dessin de Javi Rey qui, en quelques traits, fait passer l'amertume sur les visages et l'atmosphère de l'Amérique centrale.


1930 - 1938 : De la Grande Dépression aux prémisces de la Seconde Guerre Mondiale Adaptations de romans en BD Amérique centrale Auteurs espagnols Le Colonialisme

Un jeune couple, Germaine et Joseph, se marie à Amiens. Ils sont nés dans la même rue, se sont toujours aimés. Elle a un bon poste à l'administration des Téléphones, dans le service dirigé par son père. Lui sort d'une école d'ingénieur, grâce aux quelques économies de sa mère. Sauf qu'il n'y a pas de travail pour lui en France. Alors ils partent. Joseph a accepté la place de directeur de la Société Anonyme des Mines de l'Équateur, la SAME. Quinze jours de traversée et ils accostent à Panama, en attente d'une lettre de crédit pour rejoindre Guayaquil. Cette lettre n'arrivera pas. L'entreprise est en faillite. Le voyage s'arrête là.

Scénario
Oeuvre originale
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 06 Février 2026
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Barrio negro © Dargaud 2026
Les notes
Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)
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27/04/2026 | Mac Arthur
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Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Joseph Dupuche, jeune ingénieur français des années 1930, part avec sa jolie femme tenter sa chance en Amérique du Sud avant de voir son rêve d'expatriation s'effondrer brutalement et de rester bloqué sans le sou au Panama. Entre faillite de la société qui l'emploie, déclassement social, alcool, romance avec une jeune indigène et dérive personnelle, le récit raconte surtout une lente désillusion dans un univers colonial étouffant et inégalitaire. J'ai trouvé l'ensemble instructif et dépaysant, notamment parce que je ne connaissais pratiquement rien de cette présence française au Panama à cette époque ni de ce mode de vie d'expatriés coincés entre arrogance coloniale, précarité et fascination pour les populations locales. Toute cette dimension historique et sociale fonctionne bien, avec un vrai travail d'ambiance sur les rapports de classe, les hiérarchies raciales et la manière dont certains Européens vivaient dans ces territoires tropicaux. En revanche, j'ai eu plus de mal avec le personnage principal. Dès le départ, Joseph m'a paru assez antipathique avec son assurance de jeune premier macho typique de l'époque. Puis le personnage glisse assez rapidement vers quelque chose d'encore moins attachant : orgueil, mépris envers sa femme, refus d'assumer certaines réalités, alcoolisme... Tout cela est certainement voulu et cohérent avec le propos de Simenon, mais cette distance permanente m'a empêché de réellement entrer dans le récit ou de ressentir autre chose qu'un intérêt un peu froid pour sa trajectoire. Le problème est aussi que l'évolution générale de l'histoire m'a semblé assez prévisible. Dès le départ, j'ai eu l'impression de retrouver un schéma déjà vu dans beaucoup de récits sur le colonialisme et les jeunes expatriés idéalistes qui se fracassent contre la réalité des pays tropicaux. Cela m'a par exemple rappelé certains albums de Warnauts et Raives, avec cette même mécanique où les illusions européennes finissent par pourrir dans la chaleur moite des colonies et dans l'alcool. Graphiquement, c'est plutôt beau, avec un dessin élégant et une vraie capacité à rendre les ambiances moites, les lumières tropicales et la décrépitude sociale des personnages. Je ne suis pas totalement fan du style de Javi Rey, mais il y a incontestablement un vrai soin visuel et une belle cohérence esthétique tout au long de l'album. J'ai trouvé cette adaptation de Simenon intéressante et bien réalisée, mais sans jamais vraiment être emporté émotionnellement. Cette distance constante que j'ai ressentie avec le personnage principal et le côté assez attendu de sa trajectoire ont fait que j'ai davantage eu l'impression d'observer une mécanique sociale et psychologique bien construite que de vivre réellement le récit avec ses personnages.

22/05/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Même s’il est signé Georges Simenon, Barrio negro n’est en rien un récit policier mais bien le portrait d’un homme derrière lequel l’auteur exhibe bien plus qu’il ne cache une critique de nos sociétés colonisatrices. Joseph, jeune ingénieur naïf, va découvrir l’hypocrisie, la lâcheté et le poids des conventions. Dépassé, dépité, perdu, il accepte ce qu’on daigne lui proposer, se réfugie de plus en plus régulièrement dans l’alcool, s’aigrit. Comble de tout aux yeux des autres colons, il s’affiche avec une jeune Martiniquaise à la peau bien trop foncée pour être tolérable. J’ai beaucoup aimé ce portrait. Le destin de Joseph m’a touché. Son rejet par les autres colons va finalement lui permettre de se découvrir lui-même, pauvre mais retrouvant une estime de soi qu’il n’avait peut-être jamais connue. L’écriture de Simenon est incisive et Bocquet parvient très bien à l’adapter au format « BD ». Les dialogues occupent la majeure partie de l’espace mais les récitatifs présents nous rappellent l’origine littéraire du récit. C’est franchement très agréable à lire. Le dessin de Javi Rey apporte son écot à la réussite de cet album. Son dessin soigné associé à la luminosité de sa colorisation reconstitue un cadre très crédible alors que ses personnages sont bien croqués et expressifs. Petit détail : c’est le troisième album que je lis dessiné par Javi Rey et c’est à chaque fois un peu différent dans le style et parfaitement adapté au récit. Au final, je peux dire que j’ai vraiment bien aimé. Refroidi par l’adaptation de « La Maison du canal » que j’avais trouvée très fade (mais j’avais beaucoup aimé le roman, et ceci explique peut-être cela), je retrouve mon engouement pour cette collection des romans durs de Simenon. Je recommande.

27/04/2026 (modifier)