Un été loin des hommes

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)

Un récit qui mêle deuil, souvenirs d’adolescence et tensions familiales lors d’un été 1985 en Corse


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Adolescence Auteurs italiens Gays et lesbiennes La BD au féminin La Corse

Frédérique, 47 ans, revient à Nice, sa ville natale, pour les funérailles de sa mère. Dans l'appartement de son enfance, où, entourée de souvenirs, elle retrouve son père Vittorio, une vieille photo lui rappelle un été particulier, en 1985... Cet été-là, Frédérique a douze ans et passe ses vacances en famille au Village, en Corse, chez sa tante Evelyne et ses cousines Marie-Ange et Antonia. Tout semble paisible sous le soleil insulaire, jusqu'à ce que Vittorio reparte brusquement à Nice, officiellement pour le travail. Mais est-ce la vraie raison ? À cela s'ajoute un autre questionnement pour Frédérique, qui prend doucement conscience de son attirance pour les femmes. Après cet été « loin des hommes », plus rien ne sera comme avant... Entre tendresse et nostalgie, ce récit solaire évoque les premiers émois, les secrets de famille et l'adolescence dans un cadre vibrant et évocateur qui rappelle Été 85 ou Call Me by Your Name. Les illustrations, colorées, viennent sublimer cette exploration intime et universelle.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 06 Mars 2026
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Un été loin des hommes © Dargaud 2026
Les notes
Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)
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21/03/2026 | Blue boy
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Par Ro
Note: 3/5
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A l'occasion de retrouvailles avec son père suite au décès de sa mère, une jeune femme se souvient de ses vacances familiales en Corse 37 ans auparavant, alors que jeune adolescente elle se découvrait elle-même à peine. Un été loin des hommes est avant tout une œuvre d'atmosphère, portée par le beau travail graphique de Thomas Campi. Son trait doux et semi-réaliste, associé à des couleurs aux allures d'aquarelle ou d'encre diluée, donne énormément de charme à l'ensemble. Les paysages corses baignés de lumière, les scènes de plage, les intérieurs écrasés de chaleur estivale ou les simples moments de vacances possèdent une vraie beauté mélancolique. Les personnages eux-mêmes dégagent quelque chose de tendre et délicat, notamment l'héroïne dont le design fonctionne très bien visuellement. Il y a dans ces planches une capacité à faire ressentir les souvenirs d'été, la lenteur des journées, les sensations diffuses de l'adolescence et cette nostalgie très particulière des vacances familiales des années 80. En revanche, malgré cette réussite graphique évidente, je suis resté assez extérieur au récit et surtout à son héroïne. Frédérique demeure constamment très pudique, presque verrouillée émotionnellement, avec ce visage souvent figé et ce comportement mutique qui rendent difficile un véritable attachement. Je comprends que cette retenue fasse partie du propos et participe au réalisme intime recherché par les autrices, mais cela crée aussi une distance émotionnelle qui m'a empêché d'être réellement touché par ce qu'elle traverse. De manière générale, j'ai trouvé le rythme narratif très dilué, construit davantage sur les sensations, les silences et les impressions que sur une véritable progression dramatique. L'album semble volontairement privilégier les petits gestes, les regards, les flottements de l'été et les émotions contenues, mais cette approche m'a laissé un peu à côté. J'ai eu l'impression de survoler les deux grands axes du récit sans jamais vraiment y entrer : d'un côté la découverte intime de son attirance pour les femmes, de l'autre la peur diffuse du divorce de ses parents. Aucun des deux thèmes ne m'a réellement parlé ou ému, peut-être parce que le traitement reste trop subtil et intériorisé pour moi. Ce que je retiens surtout, c'est une légère nostalgie de jeunesse et de vacances, une sensation diffuse plus qu'un véritable récit marquant. L'ambiance méditerranéenne fonctionne, les souvenirs d'enfance affleurent souvent, mais je suis resté spectateur de cette mélancolie plus que véritablement embarqué avec elle. J'ai aussi parfois eu le sentiment qu'il ne se passait pas énormément de choses, tant l'album repose sur des nuances émotionnelles ténues et des instants suspendus. C'est sans doute une œuvre trop délicate, trop sensible et contemplative pour mon tempérament plus terre à terre, même si je reconnais sans difficulté la qualité de son approche et surtout la beauté de son univers graphique.

21/05/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue boy

Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques des adultes. Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui distinguera l'œuvre du tout-venant. A ce titre, « Un été loin des hommes » est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. La pré-adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, étrangement attirée par les filles, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable… Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes anodines que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne… Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes. Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi « Un été loin des hommes », dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide.

21/03/2026 (modifier)