La Dernière Maison juste avant la forêt
Une comédie déjantée et fantasque, portée par le dessin dynamique de Régis Loisel, qui met en scène Pierrot, un facteur vaniteux et physiquement repoussant, obsédé par sa beauté imaginaire, dans une quête absurde aux rebondissements improbables.
Jean-Blaise Djian
Pierrot victime d'un sort vaudou jeté par sa mère, Yvette, se pense irrésistible. Pourtant son physique est terriblement disgracieux. Cette vision erronée ne cesse de lui jouer des tours auprès de la gent féminine, le laissant aussi souvent perplexe qu'éconduit. De son côté Yvette règne en maître sur la dernière maison juste avant la forêt. Elle y vit entourée de son mari, colonel changé en statue, de ses domestiques, créatures façonnées de ses mains, et de ses "demoiselles", terrifiantes plantes carnivores. Tous se réunissent pour l'anniversaire du colonel mais la fête va être troublée par l'arrivée d'un charmant cadeau : Mimi, une prostituée, qui ne laisse personne indifférent.
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| Date de parution | 19 Novembre 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Bon… Bon, bon, bon… Tout ce que je sais de l’œuvre de Loisel ne me vient que des quelques bribes de souvenirs d'avoir emprunté et lu La Quête de l'Oiseau du Temps et Peter Pan à mon père dans ma jeunesse. J'en garde de bons souvenirs, quoi que flous, mais je me souviens d'un trait travaillé et original et d’œuvres prenantes. Que cet album soit le premier par lequel je "redécouvre" l'artiste n'est pas de très bonne augure pour ma vision de son œuvre… Certes, Loisel n'est ici que co-auteur, l'album ayant été co-écrit avec Jean-Blaise Dijan (dont je ne connais rien), mais même dans l'aspect graphique j'ai trouvé l'album de mauvais goût. Oui, de mauvais goût. Tout m'a paru grossier, inutilement cruel même. J'ai toujours eu un faible pour les dessins s'éloignant des plastiques parfaites, jouant avec les corps et les morphologies pour - étrangement - humaniser ses personnages, mais là rien de tout ça. Les personnages sont laids, ouvertement laids dans la diégèse et traités comme des bêtes de foire par ce simple postulat. Sauf qu'on ne rit pas avec les personnages de leur situation, non, on est censé rire à leurs dépends, parce qu'ils sont laids et se croient beaux, comme les spectateur-ice-s d'un Freak Show. Et on a du mal à s'attacher à eux par pitié parce qu'à côté de ça ils se comportent pour beaucoup de manière abjecte. Si on ajoute à ça la cruauté gratuite et l'objectification à outrance, j'ai trouvé la quasi-totalité des personnages insupportables. Et non, tenter de nous faire une pauvre morale sur "l'amour et le bonheur qui étaient en fait là depuis le début" en toute fin ne sauvera pas les meubles, les rares aspects positifs font trop artificiels. On suit un Vaudeville fantastique avec des êtres cruels, petits moralement, mais pas pour autant rendus intéressants ou intriguants. Au final on s'en fout des disputes de couples à la con qui traînent dans la boue et tue par dommage collatéral, de cette histoire de famille inutilement cruelle les uns avec les autres, de cette mère tyrannique souhaitant se venger de son mari et faisant du mal autour d'elle sans s'en rendre compte. Cela pourrait être intéressant mais ça ne l'est pas. Et c'est sans parler du fait que j'imaginais les auteurs la main dans le slibard à chaque nouvelle page tournée. Les personnages baisent à tout va de manière bien arbitraire, ne pensent qu'avec leurs gonades et leurs hormones, on a droit a des scènes de nu et de jambes en l'air gratuites parce que pourquoi pas, … on a même deux créatures qui s'enculent en arrière plan pendant une scène (capitale pour l'intrigue). Ledit sexe ne sert à rien narrativement, ne sert aucun propos (même extradiégétique) et n'est là que pour un pseudo-érotisme assez bas de plafond. J'y vois une sorte d'album rescapé de cette période où certains auteurs se pensaient subversifs et/ou avant-gardistes en transformant le moindre synopsis engageant en soft-porn pour snobinard lubrique. Quoi qu'il en soit l'album ne m'a pas plu, du tout. C'est laid, cruel et beaucoup trop porté sur le cul et la cuisse facile pour ne serait-ce que me toucher. Vous savez quoi ? Si l'album possède tout de même des qualités qui m'auraient échappées il trouvera bien d'autres aviseur-euse-s pour le défendre, moi je ne lui donnerais pas plus qu'une étoile.
Le retour de Loisel au dessin... Si graphiquement l'album est superbe comme c'est toujours le cas avec cet auteur, le scénario m'a laissé indifférent. Le début est correct sans être vraiment captivant à lire, mais dès que Pierrot le facteur débarque dans la maison qui donne son titre à l'album, j'ai décroché. J'ai rien contre les histoires bizarres et absurdes, mais là j'ai pas souvent compris le comportement des personnages et ce qu'il leur arrivait. On est loin de la poésie d'un Fred qui écrivait des histoires qui étaient au final cohérentes même s'il y avait des choses bizarres qui se produisaient. Ici, le scénario m'a surtout paru être une suite de scènes mises ensemble par un vague fil conducteur. L'album dure des pages et des pages pour au final raconter peu ou pas grand chose. Je n'ai pas non plus aimé le ton de l'album. On choque pour choquer. J'ai rien contre le fait de briser des tabous si on a quelque chose de pertinent à dire et j'ai rien trouvé de tel dans cette BD. J'ai vraiment eu l'impression de lire un vieux truc des années 70, l'époque où n'importe quoi avec du sexe était subversif sauf que le monde a changé depuis et si je peux pardonner des choses à un récit créé il y a des décennies, je le suis moins avec une œuvre de fiction sortie il y a même pas un an et dont le coté provocateur me semble daté.
Je me retrouve assez dans l’avis de Blue Boy pour certaines critiques – même si j’arrondirai au supérieur (note réelle 2,5/5). En effet, voilà une histoire des plus originales, qui possède certains atouts, mais qui m’a quand même un peu laissé sur ma faim. Le dessin de Loisel est sympa, très expressif, et les trognes de certains personnages apportent un indéniable atout comique. Son trait permet aussi de plonger davantage dans l’ambiance étrange, pour ne pas dire foutraque, dans laquelle se développe l’intrigue. Comme Blue Boy, je regrette que n’ait pas été davantage exploitée certaines choses autour de Pierrot. Un jeune homme qui attire a priori mépris et pitié, un crétin niaiseux qui pète bien plus haut que son cul, qui se croit Dom Juan mais qui n’accumule que des râteaux. Surtout, le visage que lui renvoient les miroirs est à l’opposé de sa vraie gueule, pour le moins moche. Je pensais que l’intrigue allait tourner autour de ça – de Pierrot, mais aussi et surtout de ce que les autres, la société, font à ceux qui ont une « sale gueule ». Mais en fait ce dernier point est en parti évacué. Quant au personnage de Pierrot, dès qu’il revient dans « la dernière maison juste avant la forêt », on bascule dans quelque chose de fantastique, foutraque, qui fait presque oublier sa gueule et ses problèmes, tant la galerie de personnages proposée par les auteurs relève presque d’une réunion de freaks. L’histoire alterne bonnes idées, voire moments jouissifs, passages drôles, et passages moins clairs, l’ensemble donnant un rendu un peu brouillon, parfois simple défouloir ou accumulation d’idée sans liant. Reste que j’ai quand même aimé certaines choses, suffisamment pour que ma lecture ait été globalement plaisante. Le père statufié par sa femme jalouse et déjantée, le serviteur s’exprimant avec des bouts d’anglais faussement snob, et quelques actes ou saillies de cette mère de Pierrot haute en couleurs apportent une saveur au récit qui fait oublier certaines longueurs, le foutoir de l’histoire, et ces « bestioles » qui sont les personnages les moins – bien – exploités. Un certain surréalisme innerve le récit (le buste, le canard gonflable, etc.), et ça a sans doute aidé à me plonger dans cette histoire défouloir.
Lecture très décevante. Malgré mise en avant en librairie avec la mention « oeuvre surprenante et déconcertante », le récit m’a laissé totalement à distance. Le scénario peine à faire émerger un propos lisible : on assiste à un enchaînement de situations grotesques et volontairement provocantes sans réelle direction ni finalité perceptible. L’accumulation d’idées, parfois originales sur le papier, donne surtout l’impression d’un assemblage disparate qui ne raconte rien de cohérent. Le malaise ressenti ne tient pas à une audace maîtrisée mais à plusieurs passages franchement gênants, qui semblent chercher la transgression pour elle-même. Le récit ne parvient jamais à transformer cette outrance en discours, ni en satire claire, ni en fable signifiante. On ressort avec une impression de vacuité, renforcée par des personnages qui restent des figures caricaturales sans évolution. Graphiquement, le travail de Régis Loisel ne m’a pas séduit, mais ce n’est pas la raison principale du rejet : un dessin peut déplaire et être compensé par un scénario solide. Ici, l’absence de fond rend l’ensemble difficile à défendre, malgré l’engagement graphique et l’originalité formelle.
Cet album signe le retour de Régis Loisel au dessin, après plusieurs années de pause durant lesquelles il s’était consacré uniquement à des scénarios. Si le titre de cet album rappellera aux amateurs de films d’horreur le film de Wes Craven « La Dernière Maison sur la gauche », il comporte peu de points communs, si ce n’est la cruauté de certaines situations avec quelques homicides un brin sanglants. Pour le reste, on est plutôt ici dans la comédie, une comédie totalement déjantée où les auteurs ont donné libre cours à leur fantaisie. Et on sent bien qu’ils ont pris un malin plaisir à produire cette histoire mettant en scène une galerie de personnages hauts en couleurs dans des rebondissements aussi improbables qu’inattendus. Néanmoins, même si ce récit recèle quelques atouts, il pourrait laisser perplexe une partie du lectorat (et c'est mon cas). Les mécanismes du rire sont parfois mystérieux, et malgré la folie et les trouvailles qui jalonnent « La Dernière Maison juste avant la forêt », ceux-ci semblent pour le moins inopérants. Et pourtant, tout avait si bien commencé… Car en effet, les premières pages abordent avec le personnage de Pierrot, parfait crétin au physique repoussant qui se prend pour un Apollon, une thématique intéressante, celle du « déni de sale gueule », pourrait-on dire. Les miroirs lui renvoient une image très flatteuse, et on pourra soupçonner sa mère, dotée de pouvoirs magiques, d’y être pour quelque chose, celle-ci ayant par ailleurs réduit son queutard de mari à l’état de buste décoratif ! Bref, cette thématique est bien vite abandonnée pour être emportée par le tourbillon effréné de la narration, et on se dit que c’est presque dommage, qu’’il y avait là matière à produire une comédie efficace et jubilatoire avec ce seul sujet. L’impression qui domine à la sortie de cette lecture est d’avoir mis la tête dans une centrifugeuse, sans être tout à fait sûr de comprendre ce qu’on a lu. Cette histoire aurait pu faire son petit effet dans L’Echo des savanes des premières années, où le foutraque joyeux était en vogue, où toute scène explicite évoquant la sexualité se voulait une provocation envers les « bonnes mœurs ». Mais aujourd’hui, les temps ont changé, et avec eux les stéréotypes. Les jeunes générations semblent avoir beaucoup moins d’interdits et abordent ces questions plus librement que leurs aînés, même si tout n’est pas gagné. En résumé, cette bande dessinée apparaît un peu datée dans son propos, parfois malaisant, avec des dialogues paresseux et inutilement outranciers. Le seul élément qui ne nous fâchera pas totalement avec l’ouvrage est le dessin de Loisel. Son trait est toujours aussi enlevé et dynamique, l’expressivité des personnages semble décuplée dans ce contexte comique, et les atmosphères début XXe tout à fait réussies, notamment grâce au travail conforme sur la couleur de Bruno Tatti. Du Loisel comme on l’aime. Cependant, si « La Dernière Maison juste avant la forêt » marque le « grand retour au dessin » de cette pointure du neuvième art qu’est Régis Loisel, on a du mal à être totalement convaincu de sa pertinence. Peut-être faut-il le prendre juste pour ce qu’il semble être, un projet potache purement récréatif, mais qui assurément ne restera pas comme une de ses œuvres marquantes.
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