A la ligne

Note: 3/5
(3/5 pour 2 avis)

Ouvrier intérimaire, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poisson et les abattoirs bretons.


Adaptations de romans en BD Bretagne Les petits éditeurs indépendants

Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s’accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne. Ce qui le sauve, ce sont l’amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature. Par la magie d’une écriture drôle, coléreuse, fraternelle, l’existence ouvrière devient alors une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœuf et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Scénario
Oeuvre originale
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 02 Octobre 2024
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série A la ligne © Sarbacane 2024
Les notes
Note: 3/5
(3/5 pour 2 avis)
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19/10/2025 | Noirdésir
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Par Cleck
Note: 2/5
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Le témoignage de Ponthus m'a enthousiasmé, aussi étais-je véritablement curieux de voir ce que donnerait son adaptation en roman graphique. Mais j'ai bien vite déchanté. Les illustrations sont certes élégantes, mais bien sages ! Nulle rage ici, nulle âpreté, nulle dureté ! Notre héros a par exemple une petite bouille ronde bien joviale quand j'escomptais lire dans son visage l'hargneuse ironie prolétarienne d'un punk anar' quelque peu revenu de ses illusions de jeunesse. De même, le récit surdécoupe les scénettes de l'essai, ne parvenant à en rendre ni la puissance poétique, ni la détresse sociale, ni même (chose plus surprenante) la dureté du travail déshumanisant. Le parcours de cet homme brisé se découvre ici paisiblement, sa vie de famille est tout juste survolée oubliant combien le travail, notamment de nuit, use les couples. Enfin, le regard sur la condition ouvrière et les ouvriers côtoyés vient presque contredire le militantisme originel : la bd insiste sur l'humour sexiste de l'insupportable collègue, sur les avantages contractuels des grévistes syndiqués, mais autrement moins sur le regard empli d'humanité, sur l'unité de classe malgré les inégalités de statut. Au risque de modifier le regard général et d'inviter son lecteur au mépris à l'égard de ces supposés "illettrés". Martinière ne parvient pas non plus à intégrer suffisamment d'éléments dans son récit pour que son lecteur comprenne véritablement combien le fait de fredonner en travaillant est bien plus qu'un moyen de combler l'ennui : il s'agit là véritablement d'une nécessité pour surmonter les terribles conditions de travail. La liste des remontrances paraît longue comme le bras, mais le matériau demeure de qualité, le projet davantage maladroitement mené que trahi. Néanmoins, mieux vaut relire Ceux qui me touchent ou le témoignage de Ponthus, et espérer que Julien Martinière parvienne à l'avenir à mieux structurer ses récits, à mieux découper ses BD, à s'éloigner du scénario pour en respecter davantage l'esprit que la trame séquencée.

08/03/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Vraiment pas mal cet album, même si la distanciation dont fait preuve le narrateur m’a parfois engourdi l’esprit, et si je m’attendais à que ce récit soit plus directement militant. Mais ceci étant dit, la lecture est quand même agréable, intéressante et instructive. Martinière adapte ici un roman autobiographique (que je n’ai pas lu), dans lequel le personnage principal et narrateur nous présente sa vie d’intérimaire, embauché à l’arrache dans des usines de conserveries de poissons et dans des abattoirs. Un univers qui mélange le travail à la chaine, l’aspect précaire de l’embauche intérimaire, les horaires décalés (le personnage principal travaille souvent de nuit), et le côté écœurant de la mise à mort des animaux et du « nettoyages » de leurs restes. Bref, une somme de négatif, que notre ouvrier endure, parce qu’il faut bien gagner sa croute. Mais il endure cette situation, et nous la fait passer de façon distanciée. Le texte est parfois minimaliste, il y a peu de dialogues. Un style un peu littéraire, accentué par des citations ou évocations d’auteurs classiques. Notre ouvrier transcende la réalité, la poétise. Sans se refuser le droit de la politiser parfois, lorsqu’il évoque l’attitude et les droits de chacun (intérimaires ou CDI) au moment d’une grève. Quelques touches d’humour aussi. Un humour noir, mais aussi plus simple quelques fois, comme lorsqu’il se voit adjoindre un « coéquipier » fainéant, neuneu et beauf, dont il a du mal à se débarrasser. Le travail éditorial de Sarbacane est, comme à leur habitude, très bon, et le dessin de Martinière, qui use d’un Noir et Blanc léger, mêlant pointillisme et hachures, est très agréable, presque reposant, atténuant un peu la relative dureté de ce qui est montré. Note réelle 3,5/5.

19/10/2025 (modifier)