Broderies

Note: 3.63/5
(3.63/5 pour 16 avis)

Après le repas, les hommes vont faire la sieste et les femmes se retrouvent autour d'une tasse de thé pour discuter : c'est à qui racontera l'histoire la plus croustillante.


L'Association La BD au féminin Proche et Moyen-Orient

Un déjeuner entre amis chez les satrapi. Après le repas, les hommes vont se coucher pour la sieste. Les femmes, elles, se retrouvent autour d'une tasse de thé et racontent leurs expériences, leurs mariages. Et l'on finit par découvrir le sens du mot "broderie".

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution Janvier 2003
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Broderies
Les notes (16)
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02/07/2003 | Nuryko
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Par Blue Boy
Note: 3/5
L'avatar du posteur Blue Boy

Pour les Iraniennes, la broderie n’est pas seulement une occupation à laquelle s’adonne la gente féminine. Le terme comporte également, non sans une certaine malice, une allusion chirurgicale à la virginité « retrouvée » des jeunes filles qui souhaitent se marier après avoir goûté aux plaisirs de la chair. Ces discussions à bâtons rompus sur le ton du badinage révèlent une réalité moins rose de la condition féminine en Iran, avec la souffrance et le mépris que les femmes doivent endurer dans le cadre du mariage. Mais comme dans Persepolis, Marjane Satrapi a judicieusement choisi l’humour, une arme aussi efficace sinon plus que la révolte. Les fanatiques religieux ne considèrent-ils pas le rire comme la marque du diable, a fortiori celui des femmes ? Quoi qu’il en soit, ceux-ci ont su nous montrer de façon peu amène, ces dernières années, qu’ils ne l’appréciaient guère. Certains esprits chagrins y verront peut-être un parti pris androphobe – le mâle ne ressort guère grandi de cet étrillage verbal – mais pour les autres, ces anecdotes, souvent croustillantes, apparaîtront comme un exutoire des plus légitimes. Tout au long du livre, les hommes ne jouent qu’un rôle secondaire et peu enviable, sans se douter une seconde qu’ils ne sont que des « pachas » en sursis, potentiellement déchus par les sarcasmes ravageurs de ces femmes, dont certaines apparaissent très libérées et de manière plus surprenante, libertines. Ce n’est qu’en apparence qu’elles sont soumises, car elles acceptent volontiers de faire leur autocritique, conscientes de payer pour leur propre bêtise à tout vouloir miser sur leur mari. Si la révolution a eu lieu en Iran il y a près de 40 ans, une autre, féministe celle-là, couve toujours pour la moitié de la population. Et à la lecture de l’ouvrage, l’espoir est permis… Avec une certaine jubilation, on retrouve le personnage de la grand-mère frondeuse de Persepolis. Le trait noir et blanc de Marjane Satrapi reste à la fois minimaliste et naïf mais très vivant, avec une certaine liberté dans la mise en page, d’où les cases sont absentes. On l’avait déjà bien pressenti avec Persepolis, mais « Broderies » ne fait que confirmer le côté passionaria de l’auteure, prête à partir en guerre contre les mollahs et autres patriarches fanatiques, avec un crayon j’entends – une arme puissante quand on connaît la capacité de la plume à se changer en épée et qu’on voit l’acharnement des pouvoirs autoritaires à réprimer dessinateurs, journalistes et intellectuels.

23/01/2017 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Marjane Satrapi poursuit avec cet album petit format son œuvre autobiographique, qui révèle au passage au lecteur occidental (comme ses autres opus chez l’association) quelques facettes de la société iranienne. Du moins de la famille de Marjane Satrapi, visiblement plus riche et ouverte que la moyenne, ce qui est à prendre en compte ! Ici ce sont les femmes qui donnent le la. En effet, l’album est constitué de « raconteries », de persiflages et autres histoires plus ou moins indiscrètes que chacune des neuf femmes réunies se racontent, Marjane, plus jeune que les autres (grand-mère, tantes, amies ou cousines) faisant office de public captivé. C’est assez vivant, vivifiant, même si parfois ce ne sont que des commérages. Mais on se plait à entendre ces dames de la bourgeoisie iranienne montrer un visage nettement moins soumis à leur père ou mari que ce que l’on veut bien nous montrer ailleurs. Ce n’est pas mon album préféré de l’auteure, mais il se laisse lire facilement – et relativement rapidement aussi.

09/12/2016 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
L'avatar du posteur Gaston

Le dernier Satrapi qui me restait à lire. En fait, je voulais le lire depuis longtemps car j'avais aimé ses autres albums, mais je ne le trouvais pas en librairie et il n'y avait aucun exemplaire à la bibliothèque jusqu'à cette semaine où je l'ai vu dans le rayon des nouveautés. Y aurait-il eu récemment une réédition de l'album ? Si c'est le cas mille fois bravo à celui qui a pensé à faire une réédition ! Comme toujours avec Satrapi j'aime beaucoup sa narration qui est toujours fluide même lorsqu'il y a plein de textes sur une page. J'aime le principe de l'album qui est de lire les commérages des femmes. Cela permet de lire plusieurs histoires qui donnent un aperçu des relations hommes-femmes en Iran. Devant certaines situations je ne savais pas si je devais rire ou pleurer (l'histoire avec la fille qui va marier un homme en Angleterre notamment). Le dessin de Satrapi est toujours aussi bon et le seul reproche que je peux faire est que le texte est écrit en lettres attachées et comme je ne suis pas habitué à lire ce genre d'écriture j'ai parfois eu un peu de la difficulté à lire certains mots, mais ce n'est pas trop grave.

16/01/2014 (modifier)
Par Superjé
Note: 4/5

Tiens ?! J'étais sûr d'avoir mis un avis sur cet album... Cet oubli est désormais rectifié. Cet album peut être vu comme un spin-off de Persepolis puisque M. Satrapi se remet en scène, entourée d'autres femmes (sa famille et ses amis) dont nous avons déjà vu certains personnages dans Persepolis ou Poulet aux Prunes... Si la forme est différente (plusieurs femmes vont parler de leurs connaissances ou de leurs expériences personnelles), le fond est assez proche des autres séries de Marjane Satrapi, même si c'est l'album le plus léger et le plus rigolo de son œuvre. Les thématiques y seront : le mariage, le divorce, l'amour, le sexe, l'émancipation... Pas que des sujets de femmes ! Culturellement et socialement, on collecte beaucoup d'informations sur la condition de la femme en Iran. Bref ! L'album est tendre, intéressant, avec des personnages attachants et surtout très rigolo (sans être trop léger). Le dessin est plus lâché et plus libre que dans Persepolis, même si le style reste très proche, moi je trouve ça joli. Un bon album.

06/02/2012 (modifier)

Je suis surpris de lire ici autant de commentaires élogieux. Peut être suis-je passé à côté de quelque chose, mais non vraiment je n’ai pas trouvé cet opus grandiose. Pour le dessin, rien de nouveau. Pour qui a lu Persepolis vous retrouverez les mêmes codes et ce graphisme en noir et blanc naïf. Il n’y a pas de décor, uniquement des personnages et de très grosses bulles de texte. Car finalement que nous raconte cette BD ? On se retrouve dans un salon interdit aux hommes où les femmes se racontent entre elles leurs histoires sexuelles. Alors on passe du léger au lourd d’abord en parlant de cette femme que l’on connait puis finalement pour parler de sa propre histoire. Entre les subterfuges pour faire croire à la virginité, aux questionnements sur la chirurgie, en passant par l’utilité d’un homme vous lirez tout ces trucs employés pour paraître dans une société du paraître et de l’idéologique. Mais sincèrement : qu’apporte le dessin dans cette suite de récits ? Honnêtement j’aurais préféré lire une nouvelle ou un livre plutôt que de lire dans des bulles sans m’intéresser au dessin qui de toutes façons n’apporte rien. On peut éventuellement être intéressé par toutes ces histoires de femmes qui partagent leur condition et un quotidien parfois difficile, mais honnêtement il n’y a pas de révélations particulière, les scénarios sont les même partout, il y a toujours des femmes abusées, des femmes qui se vengent de l’avoir été, celles qui agissent, celles qui pleurent… Bref un dessin inutile et des histoires pouvant faire les pages des faits divers de nos journaux, honnêtement je ne vois rien d’extraordinaire. Certes c’est joliment narré avec un rythme idoine, mais c’est tout ce que j’ai pu sauver de l’album.

20/08/2009 (modifier)
Par Ems
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

Avec Satrapi, peu importe le sujet, elle arrive toujours à rendre passionnant les propos. "Broderies" est une sorte de fourre-tout. Sous couvert d'une discussion familiale entre femme, on découvre une multitude d'histoires drôles, dramatiques, toujours réelles. Faire plus plaisant est impossible. Je ne jugerai pas le dessin N&B simple qui pourrait être le seul obstacle à la lecture de cette perle. Il est là pour mettre en image un contenu qui se suffit à lui même. J'espère que d'autres BD sortiront à l'avenir car j'ai adoré toutes les premières oeuvres de Marjane Satrapi. C'est étonnant de découvrir la liberté d'expression des iraniennes en privé, en tout cas celle du milieu relativement aisé et cultivé d'où provient l'auteur. Je ne vois pas comment on peut être déçu par la lecture de cette BD, j'en conseille donc l'achat et la lecture.

04/08/2009 (modifier)
Par iannick
Note: 4/5
L'avatar du posteur iannick

La bd la plus connue de Marjane Satrapi est sans conteste Persepolis qui a été adaptée récemment en long métrage d’animation. Pour ma part, parmi ses séries, ma préférée est « Broderies ». « Broderies » met en scène un groupe de femmes iraniennes qui se racontent des histoires autour du traditionnel thé de l’après-midi. Ça se passe dans les années 80 et apparemment, ces bonnes femmes n’ont pas la langue dans leur poche lorsqu’il s’agit de parler de leur mari ou de leur(s) ex ! Je pense que vous l’avez devinez, ce sont des commérages sur la sexualité que nous présentent Marjane Satrapi. Ce qui est intéressant avec ces échanges entre femmes iraniennes, c’est que le lecteur y trouvera des propos qui me semblent assez semblables à ceux des européennes : le sexe n’est pas un sujet tabou là bas bien au contraire ! Ainsi, les thèmes sur la virginité, la performance sexuelle, la chirurgie esthétique, l’infidélité masculine, les mariages forcés -et j’en passe !- sont largement abordés et ce, avec beaucoup de sensibilité et d’humour ! Chaque femme parle de sa vie privée plus ou moins avec facilité : comment elle a rencontré tel ou tel homme, comment s’est passé leur(s) mariage(s), comment a-t-elle vécu sa relation avec l’être aimé, etc… Et les hommes en prennent généralement plein la gueule ! (faut dire aussi que dans certains récits, les hommes sont vraiment de parfaits salauds !). « Broderies » n’est pas à proprement dit un récit complet mais une suite d’anecdotes et pourtant, grâce à aux talents narratifs de Marjane Satrapi, j’ai eu énormément de plaisirs à suivre les commérages de ce groupe féminin, ça se lit en une traite sans ennui. Quant au dessin de cette autrice, je préfère me taire étant donné que je n’aime pas son style. Cependant, je reconnais que son coup de patte retranscrit bien ses propos. « Broderies » m’est apparue comme une bd très intéressante, touchante, drôle et plein d’anecdotes sur la vie de ces femmes iraniennes réunies autour du traditionnel thé d’après déjeuner et comme un excellent témoignage de leur quotidien. En lisant cette bd, j’ai eu l’impression de participer aux conversations de ce groupe féminin. C’est un récit qui, finalement, m’a aussi mis mal à l’aise en souvenirs de ces jeunes filles qui sont encore victimes de nos jours de mariages forcés aussi bien à l’étranger qu’en France… A lire impérativement !

30/11/2008 (modifier)
Par cac
Note: 3/5

C'est étonnant qu'avec le succès critique de Persepolis cet album de Marjane Satrapi ne semble pas rencontrer plus de suffrages des lecteurs. Il est peut-être moins exposé et pourtant il vaut largement le coup d'oeil. Marjane évoque à travers Broderies les conversations des femmes qu'elle a côtoyé dans sa famille autour du thé, et notamment sa charismatique grand-mère qu'elle affectionne beaucoup pour sa liberté de ton et d'action. Ces femmes qu'on peut penser soumises sont au contraire souvent ouvertes à évoquer leur sexualité, leur physique, et leurs relations parfois conflictuelles avec les hommes. Dans un pays où les pensées sont pétries par la religion, elles y parlent par anecdotes de divorce, virginité, mariage forcé. C'est agréable à lire, le dessin est centré sur les personnages sans s'embarrasser de fioritures de décors, ni même de cases dans la mise en page. Bref à voir.

08/03/2008 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

130 pages de commérages, de bavardages de femmes devant le thé à l'heure où les hommes font la sieste, voilà qui a de quoi faire peur au lecteur mâle que je suis, non ? Eh bien non. Déjà parce que l'homme curieux que je suis est avide de commérages, un peu comme un voyeur qui écoute les affaires des autres. Ensuite parce que ces commérages sont une des facettes du récit de Satrapi nous permettant de découvrir la vie de tous les jours dans cet Iran qui parait à la fois mystérieux puisqu'on n'en sait bien peu de choses de nos jours, et tellement proche tant ces discussions paraissent semblables à celles de femmes occidentales. Et enfin, il faut bien avouer que Satrapi a un très bon sens de la narration et du dialogue qui rend cette lecture très agréable et sans ennui aucun. Seul reproche à mes yeux, c'est que ce n'est pas vraiment le genre de BD que je relirais personnellement, même si le tout ne manque pas d'interêt.

21/08/2006 (modifier)
Par Quentin
Note: 5/5

Lire un livre de Marjane Satrapi est toujours un plaisir. Mais « Broderies » est spécial à plus d’un titre. D’abord, il ne s’agit pas d’une histoire classique avec une intrigue, un début et une fin, mais plutôt de différentes conversations à bâtons rompus de femmes Iraniennes. Ensuite, il y a le sujet. De quoi les femmes Iraniennes parlent-elles quand elles sont entre elles ? De leur vie, des hommes, d’amour, de sexe, de la beauté de leur nez, seins ou fesses, de relations de pouvoir avec leur époux, leur amant, leurs parents, etc. En soi, ce sujet est déjà rare en BD (même s’il est en train de se développer rapidement). Mais dans un contexte Iranien, c’est encore plus intéressant, car ça ouvre une fenêtre sur un monde que l’on connaît peu, et sur lequel on a beaucoup trop de préjugés. Et il est certain qu’en refermant le livre, le lecteur aura une toute autre vision de ce que veut dire être femme en Iran – loin des clichés de la femme impuissante, cloîtrée, humiliée, exploitée. Les femmes dessinées par Satrapi représentent différentes histoires, différentes personnalités, et brossent le tableau d’une certaine diversité de situations. Le titre, « Broderies », est parfaitement choisi et peut se comprendre à plusieurs niveaux, faisant à la fois référence à ce qu’on pourrait décrire comme une mutilation génitale féminine, et au fait que le livre brode sur les relations hommes-femmes, avec un fil conducteur bien solide et très efficace (la transition entre les différents épisodes du livre est impeccable). Enfin, broderies n’est pas une BD classique, avec des cases bien formatées. Ici, chaque page est en quelque sorte une case gigantesque, dans laquelle les protagonistes interagissent et discutent. Il y a une recherche graphique très intéressante afin d’animer et de donner vie à d’immobiles conversations de salon – ce qui marche très bien. Bref, un livre intelligent, drôle, intéressant, qui divertit autant qu’il fait réfléchir. A ne pas manquer !

11/01/2006 (modifier)