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Iris, deux fois

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)

Un drame littéraire intimiste et troublant qui nous donne à réfléchir sur la question du choix et de ses conséquences, sur notre condition sociale et sur la fragilité du principe de réalité…


Iris a réussi sa vie : trois romans plébiscités, un mari éditeur attentionné, un appartement confortable au cœur du Quartier latin… Et pourtant, alors qu’elle s’apprête à recevoir un important prix littéraire, un mauvais rêve vient assombrir ce bonheur sans nuage. Chaque matin, elle se réveille avec la très nette sensation de vivre, la nuit, la vie d’une autre version d’elle-même, un double déchu, abîmé, au bord du gouffre, une Iris des mauvais choix et des galères, une Iris de la France d’à côté. Et si ce cauchemar n’en était pas un ? Si cette vie d’écrivaine à succès n’était qu’une illusion ?

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 03 Février 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Iris, deux fois

07/05/2021 | Blue boy
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L'avatar du posteur Mac Arthur

Gros, gros, gros coup de cœur pour cet album ! Décidément, j’aime beaucoup le travail de ce petit éditeur (Sarbacane). Le récit s’articule autour de deux idées qui me parlent énormément. D’un part, une question existentialiste que les mathématiciens explorent avec le monde quantique. Et si la vie que nous vivons n’était qu’une possibilité de vie ? Et si notre destin avait été tout autre ? Et si d’autres réalités de nous coexistaient dans des mondes parallèles ? Qu’est-ce qui détermine ce que nous sommes ? La chance ? Le hasard ? Une ‘destinée’ immuable ? N’allez pas croire qu’il s’agit d’un récit prise de tête ! Bien au contraire, sa lecture est très aisée mais les autrices posent de bonnes questions sur le sujet et nous permettent de nous interroger à notre tour sur cette idée : quelle aurait été notre vie si… ? La dimension fantastique en devient secondaire (d’ailleurs, y a t’il seulement une dimension fantastique ou est-ce là la simple réalité quantique de nos existences ?) Deuxième thématique : le processus de création (ici littéraire). Qu’est-ce qui rend une œuvre forte ? Le confort nuit-il à la création ? Faut-il souffrir pour créer ? Un thème déjà abordé dans « Bluesman (Ariño) » que j’ai lu il n’y a pas si longtemps et qui revient ici dans un autre contexte mais avec toujours autant de pertinence. Ces deux thématiques entremêlées sont portée par un personnage au bord de la crise de nerf (voire au-delà), Iris, forte et fragile à la fois. Un très beau personnage féminin qu’un double éclairage humanise merveilleusement. Ce personnage m’a touché dans ses interrogations comme dans ses pétages de plomb. J’ai dévoré ce récit même si je suis moins convaincu par la forme. En effet, le découpage est parfois excessif. Certains enchainements de cases auraient gagnés en rythme si au lieu de tenir en trois cases, ils avaient été concentrés en une seule. Le dessin est parfois un peu figé et ne dynamise pas ce récit… Mais en fait, je me fiche bien de ces petits détails techniques de pinailleur qui aime chercher la petite bête. La vérité est que j’ai été touché par cet album et que je l’ai dévoré sans pouvoir le lâcher. Gros coup de cœur du moment et un 4/5 amplement mérité.

12/05/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 3/5
L'avatar du posteur Blue boy

Dès les premières pages, le malaise s’installe. Le quotidien glauque du double cauchemardé d’Isis, l’écrivaine qui a réussi, saisit le lecteur avec une note de dégoût. Ce double, c’est Osiris, modeste employée de supermarché, qui se réveille aux côtés de son mari éthylique, qu’elle ne supporte plus et qui vient de souiller le lit conjugal de ses excréments. Le quotidien d’Osiris va ainsi s’immiscer subrepticement dans la vie feutrée et voluptueuse d’Isis. L’enfer de l’une contaminant le paradis de l’autre. Peu à peu, Isis va perdre pied sous les coups de boutoir de sa jumelle ratée, création de ses rêves noirs qui surviennent chaque nuit depuis quelques temps. Ce n’est pourtant qu’un rêve, mais ce rêve semble si réel, si perturbant de réalisme, qu’il va bousculer et atteindre Isis psychologiquement, provoquant chez elle une totale remise en question, alors même que son roman vient d’obtenir le prix Renaudot. Le lecteur, lui aussi, se laissera prendre au jeu de cette histoire au pitch original, où les univers de deux femmes de condition sociale très éloignée, l’une réelle, l’autre fictive, vont s’entrechoquer, avec une incursion discrète du fantastique mâtiné de considérations philosophico-scientifiques sur les dimensions parallèles. Pour ce drame intimiste, la scénariste Anne-Laure Reboul utilise des clichés sociologiques pour mieux bâtir un récit en forme de parabole d’une France divisée. D’un côté la France périphérique des invisibles, celle des Leclerc et autres Carrefour défigurant uniformément les abords du moindre bourg provincial, cette France paupérisée et « réfractaire ». De l’autre, la France aisée, snob et égocentrique qui pète dans la soie et s’épanouit dans les cocktails mondains de la capitale. En quelque sorte, cette histoire raconte la France des Gilets jaunes bousculant les états d’âme de la France des « bobos », la France « d’en bas » saccageant les nuits de la France « d’en haut », ce qui n’arrive jamais dans la réalité. S’il n’est pas question de faire de « Iris, deux fois » un plaidoyer politique pour l’égalité des chances, la narration est plutôt captivante et plutôt bien menée malgré quelques longueurs, mais c’est peut-être surtout la conclusion qui déçoit, laissant le lecteur dans une sorte de flou un peu frustrant qui vient déséquilibrer ce bel échafaudage. On attendait peut-être quelque chose de plus marquant, de plus radical, comme aurait pu le suggérer l’introduction en particulier. Le dessin est assuré par Naomi Reboul, la sœur. Si le trait est un peu sommaire, on appréciera le travail sur le cadrage et les postures très réalistes des personnages, ainsi que l’aquarelle qui renforce agréablement l’atmosphère intimiste du récit. En résumé, « Iris, deux fois » est une mise en abyme plutôt plaisante, un récit-miroir qui nous interroge sur la possibilité d’un double de nous-mêmes, winner ou loser selon les cas, une histoire de gémellité et de connexions mystérieuses, conçue par deux frangines très ressemblantes. A défaut d’une fin tout à fait satisfaisante, l’ouvrage fascine et donne à réfléchir, accréditant l’idée que depuis toujours, c’est l’écriture qui sauve les âmes des tourments liés à la condition humaine.

07/05/2021 (modifier)