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Bartleby, le scribe

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 6 avis)

José Luis Munuera s'empare de la nouvelle d'Herman Melville dans une adaptation magistrale et porte un regard original sur ce texte, réflexion stimulante sur l'obéissance et la résistance passive.


1872 - 1899 : de la IIIe république à la fin du XIXe siècle Adaptations de romans en BD Auteurs espagnols New York

New York City, quartier de Wall Street. Un jeune homme est engagé dans une étude de notaire. Il s'appelle Bartleby. Son rôle consiste à copier des actes juridiques. Les premiers temps, Bartleby se montre irréprochable. Consciencieux, efficace, infatigable, il abat un travail colossal, le jour comme la nuit, sans jamais se plaindre. Son énergie est contagieuse. Elle pousse ses collègues, pourtant volontiers frondeurs, à donner le meilleur d'eux-mêmes. Un jour, la belle machine se dérègle. Lorsque le patron de l'étude lui confie un travail, Bartleby refuse de s'exécuter. Poliment, mais fermement. "I would prefer not", lui répond-il. Soit, en français : "je préfèrerais ne pas". Désormais, Bartleby cessera d'obéir aux ordres, en se murant dans ces quelques mots qu'il prononce comme un mantra. Je préfèrerais ne pas. Non seulement il cesse de travailler, mais il refuse de quitter les lieux...

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Coloriste
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 19 Février 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Bartleby, le scribe

15/02/2021 | Mac Arthur
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Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

J'ai été agréablement surpris par le dessin de Munuera dans cet album. Non pas que je trouve qu'il dessine mal d'habitude, loin de là, mais je trouve toujours son trait trop dynamique, avec des personnages trop exubérants qui m'épuisent. Il a su ici s'assagir pour respecter le ton élégant et sobre du récit d'Herman Melville. Cela donne des personnages très réussis et des décors très jolis, quoique les couleurs y soient un peu moroses. Je ne connaissais absolument pas l'intrigue du Bartleby de Melville. A vrai dire, je ne connaissais que Moby Dick de ce dernier. Et le sujet est ici très différent, même s'il s'attache là aussi à sonder l'âme humaine. En fait, nous y sommes dans un récit qui a des petites allures kafkaïennes, avec un être dont le comportement sort tellement des normes sociales établies qu'il en devient impossible à appréhender pour ceux qui, comme le protagoniste principal de cette histoire, sont parfaitement intégrés dans le système, au point de finir par déséquilibrer irrémédiablement la vie de celui-ci. Le sujet est intrigant. Je me suis longtemps demandé qui était ce Bartleby et pour quelle étrange raison il agissait comme il le faisait. Mais, même si le récit ouvre des sujets de réflexion sociale et humaine qui étaient très novateurs à l'époque de publication du roman, je dois dire que j'ai été un petit peu déçu par sa conclusion un peu abrupte. Je m'attendais à ce que l'idée se développe davantage et que le récit prenne plus d'ampleur. J'en ressors un peu frustré, moyennement convaincu.

15/09/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Calimeranne

Voilà une BD qu'il m'est difficile de noter... J'ai pris grand plaisir à la lire, grâce à la qualité des dialogues, bien écrits, de la narration, parfaitement fluide, et du dessin. C'est peut-être ce dernier point qui m'a le plus séduite, l'aspect cartoon des personnages qui se détachent sur des décors représentés dans un style plus traditionnel. À cela s'ajoutent les couleurs assez sombres qui retranscrivent à merveille l'ambiance de la ville de New York de l'époque, tout du moins telle que je l'imagine. J'ai de plus énormément aimé le soin apporté aux scènes de rue qui fourmillent de personnages et apportent de la vie à l'ensemble. Si la réalisation de l'album est impeccable, c'est l'histoire que j'ai plus de mal à juger. Je ne connaissais pas du tout cette nouvelle de Melville - pas même son existence -, j'ai donc découvert l'histoire en lisant l'album. J'ai bien aimé le principe de départ, l'arrivée du personnage de Bartleby dans le cabinet notarial, sorte de grain de sable qui vient enrayer un système bien huilé. En s'opposant aux ordres de manière aussi paisible qu'inattendue, il provoque l'étonnement de son supérieur qui, pris de court, ne sait pas comment réagir et ne parvient pas à imposer son autorité. Si j'ai aimé ce point de départ, j'ai trouvé le personnage de Bartleby un peu trop apathique à mon goût. Dans sa représentation, il évoque moins le doux rêveur que je pensais rencontrer qu'un jeune homme vaguement dépressif. Son immobilisme, s'il a le mérite de s'élever contre l'ordre établi, parait finalement un peu vain, et n'inspire ni vraiment la sympathie, ni l'envie de suivre son exemple. Peut-être n'était-ce finalement pas le propos, mais ce qui m'embête justement c'est le sentiment d'avoir manqué une partie du message véhiculé par l'album. En conclusion, c'est un album original, qui mérite d'être lu ne serait-ce que pour découvrir par ce biais la nouvelle de Melville (nouvelle que j'aimerais maintenant lire), qui amène à la réflexion mais dont j'ai le sentiment que la portée m'échappe. Pour la qualité générale de l'album, et parce que je le relirai sûrement avec plaisir, je lui accorde un 4, même si j'en attendais plus au niveau du questionnement qu'il pose (note réelle : 3,5).

27/07/2021 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

C'est en voyant l'avis de Benjie que je me suis rappelé la lecture de ce récit et l'étrange impression qu'il avait produit sur moi. Je me souviens de ne pas avoir voulu le critiquer immédiatement, gardant en moi une envie de le disséquer, le désosser et le digérer avant de faire quoi que ce soit. Et si je n'ai finalement pas fait la critique, c'est probablement parce qu'il y a quelque chose qui reste en travers de mon esprit à la fin du récit. C'est le genre de récit qui appelle une réflexion intérieure, et l'avis de Blueboy est déjà suffisamment développé pour que je n'ai pas à pondre une nouvelle quantité de paragraphes afin de l'expliquer. Je dirais juste qu'Hermann Melville n'évoquait pour moi que le récit Moby Dick, dont j'avais arrêté la lecture en cours de route, terrassé par des descriptions foireuses des baleines et par les relents de pédant qui se dégageait de la "science" de l'auteur. Ce récit a donc attisé ma curiosité, par son ton et son propos. On est bien loin, à mon sens, de l'aventure du capitaine Achab, et ce semi huis-clos touche à quelque chose de plus universel : la résistance passive à un système qui ne nous convient pas. Tout est dans cette fameuse phrase : "Je préférerais ne pas". Une gentillesse, une volonté marquée, un simple non. Mais quelle image cela donne-t-il au récit ! Loin de Thoreau avec sa désobéissance civile, ici rien n'est politisé (mais politique, enfin, si vous voyez ce que je veux dire), mais dans l'avis personnel. Et cette volonté personnelle dérègle la machine parfaitement réglé d'un système où la libre expression de celle-ci doit rester privée. Le dessin rajoute quelque chose au récit, à la fois dans l'ambiance de New-York mais aussi dans l'intérieur des bureaux. C'est très bien retranscrit et une bonne part de ce que j'ai ressenti est passé par le dessin (surtout la tête de Bartleby avec son côté gentil). Je ne m'étendrais pas trop sur la BD, parce que je l'ai apprécié et que d'autres ont déjà relevés toutes les qualités que cette BD offre. Cependant, je me permettrai juste de dire que cette BD semble avoir plus de résonance encore aujourd'hui que lorsque la nouvelle fut écrite. Parce que derrière la façade bien ancrée dans son temps, le récit parle de quelque chose d'essentiel et qui est inhérent à l'être humain : la possibilité de refuser, simplement, poliment, ce qui nous dérange. Et j'ai comme l'impression que cette idée est aujourd'hui en berne, ou tout devient une acceptation passive (parfois accompagnée d'un soupir) sans que l'on réfléchisse à la possibilité de simplement refuser. Au point que l'on ne sait plus réagir lorsque le refus arrive. Et cette idée là, je l'aime beaucoup !

25/06/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Benjie

Cette adaptation d’une courte nouvelle d’Herman Melville nous emmène tout droit dans le New York de la fin du XIXe siècle. Et plus exactement dans le quartier de Wall Street où règne l’effervescence des quartiers d’affaires. Un notaire dont l’étude déborde d'activité vient d’intégrer à sa petite équipe de copistes un jeune homme d’allure fort banale. Consciencieux, travailleur, un employé modèle… du moins au début. Au fil des pages, la machine si bien huilée se dérègle et alors que Bartleby se révèle de plus en plus étrange, on s’enfonce dans l’intrigue aux côtés du notaire qui petit à petit perd pied face à cet homme déstabilisant qui répond à chaque fois qu’il lui donne un ordre : « Je ne préfèrerais pas ». C’est bien écrit, subtil et la nouvelle de Melville est une réflexion profonde sur la société. Qu’est-ce que la liberté ? Quelle est la force de la désobéissance ? Une histoire qui montre la part absurde de nos sociétés modernes dévorées par la bureaucratie. Le dessin qui accompagne cette histoire est franchement beau et l’ambiance des rues new-yorkaises est super bien rendue et les personnages ont de l’épaisseur. Un album à lire sans hésiter !

15/06/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Petite par la taille, grande par la force. Cette phrase pourrait parfaitement résumer la nouvelle d’Herman Melville, adaptée ici avec brio par José-Luis Munuera. Quelle riche idée d’avoir remis en lumière l’histoire insolite de Bartleby, cet employé en apparence insignifiant, recruté par un cabinet notarial dans le quartier de Wall Street ! Sa fonction consiste à copier des titres de propriété et de valeurs immobilières. Autant dire que la tâche est bien peu passionnante. Mais Bartleby fait preuve du plus grand sérieux, suscitant même la méfiance de ses collègues. Pourtant, le jeune homme se contente de faire son travail, ni plus ni moins, reste d’une discrétion extrême et d’une politesse exemplaire, et de plus, semble totalement dépourvu d’ambition. Les choses vont se gâter le jour où le directeur de l’étude (qui est aussi le narrateur) lui demande de vérifier sa copie en présence de ses collègues. Bartleby ne trouvera rien d’autre à répondre que : « je ne préfèrerais pas ». Cette phrase, il la répétera alors à chaque fois que son patron le sollicitera pour accomplir une tâche autre que son travail de scribe, suscitant chez lui d’abord l’incompréhension et la perplexité, puis la colère, la résignation, la fuite et pour finir la fascination la plus totale. Il lui sera impossible d’obtenir une justification du jeune employé, qui ne s’exprime quasiment pas, ce qui ne fera que renforcer son aura de mystère jusqu’à la fin du récit et plongera son boss dans un désordre intérieur auquel il ne s’attendait pas, lui, le notaire tranquille aux revenus confortables et à l’abri du besoin. Comme si son destin était désormais lié à celui de Bartleby. Et c’est cette petite phrase, « Je ne préférerais pas » qui en devenant le leitmotiv du récit, va également s’insinuer en nous tout en nous questionnant, car pas plus que le directeur de l’étude, le lecteur n’arrivera à percer le mystère du jeune Bartleby, dont l’inertie semble s’accroître au fil des pages pour ne devenir que la seule finalité. Et cette phrase, prononcée au conditionnel et avec une telle humilité par ce dernier, beaucoup moins frontale qu’un « je refuse » catégorique, soulève des torrents de questionnements et n’autorise pas une réaction radicale, ce qui serait tellement plus simple pour celui qui l’a recruté. En contrepoint du récit s’impose une image forte, celle du mur, qui revêt moult symboles. En premier lieu, le théâtre de l’action qui est Wall Street (« la rue du Mur ») au XIXe siècle, au moment où New York s’apprêtait à connaître le début d’une expansion incroyable. Autour de ce quartier des affaires émergeant qui abritait la Bourse, les gratte-ciel commençaient à s’élancer vers le ciel, monuments vertigineux et inédits grignotant l’espace, de façon spectaculaire mais inhumaine, au-delà de tout ce dont l’Homme était familiarisé jusqu’à alors… Bartleby, lui, travaille face à une fenêtre bouchée par un mur, « le progrès ayant pris le pas sur la vue », et pourtant cela semble lui convenir tout à fait… Si José-Luis Munuera représente magnifiquement bien New York avec une utilisation réussie de l’aquarelle pour cette brume qui entoure la nouvelle « Babylone » économique et financière, l’auteur semble avoir pris quelques libertés par rapport à la chronologie, dans la mesure où à l’époque où Melville rédigea sa nouvelle, en 1853, les « skycrapers » n’existaient pas encore. En effet, il faudra attendre 1870 pour voir les premières constructions imposantes dans Manhattan, que l’on ne pourrait pas pour autant qualifier de gratte-ciel. Cela étant, on ne saura lui en vouloir, car ce parti-pris ne fait que renforcer l’intérêt graphique de l’ouvrage et permet de montrer l’aspect oppressant de ces nouvelles tours de « l’ère moderne ». Pour le reste, Munuera conserve pour les personnages cette veine franco-belge expressive qu’on lui connaît à travers sa participation à l’univers de « Spirou » et des « Tuniques bleues », et qui a su très bien s’adapter au format « roman graphique ». Il a su conférer à son Bartleby nihiliste une beauté intérieure, une pureté étrange et mélancolique qui tient du héros romantique… Dans des temps incertains comme les nôtres, où l’épidémie actuelle annonce une disparition probable du monde tel que nous le connaissons — pour rester dans l’euphémisme —, où les Etats semblent profiter du contexte favorable au renforcement de leurs pouvoirs et au contrôle accru des citoyens, où la logorrhée impulsive de chacun que permettent les réseaux sociaux empêche tout débat rationnel et produit une cacophonie indigeste, où les repères et les certitudes sont ébranlés comme jamais auparavant, « Bartleby, le scribe » est une petite bouffée d’oxygène. Par son économie de mots, notre héros montre que le système comporte des failles, qu’il n’est au fond qu’un ventre mou derrière sa façade rigide. Car ce système, représenté par l’Etat, toujours plus déshumanisant pour la pérennité de son fonctionnement, a besoin de certitudes et de l’approbation pleine et entière des hommes. De façon prévisible, il va recracher Bartleby, le grain de sable dans la machine. L’homme finira mal, mais son âme hantera la machine à jamais. Et c’est peut-être là que réside sa victoire sous les apparences d’une défaite. Ce récit, qui a eu une résonance politique et philosophique hors-normes depuis sa parution, prouve avec cette adaptation à la fois son intemporalité et sa modernité. Certains y verront une comédie de l’absurde, d’autres le jugeront extrêmement subversif, estimant qu’il fournit, de façon brève et sans longs discours, une sorte d’introduction à la désobéissance civile. « Bartleby, le scribe » fut d’ailleurs publié quatre ans après l’ouvrage culte du poète-philosophe Henry David Thoreau, intitulé justement « La Désobéissance civile ». Qu’il s’agisse de l’œuvre originale ou de la BD, il importe de lire (ou relire) cette nouvelle. Et surtout, ne me dites pas que vous ne préfèreriez pas !

20/02/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Je suis bien embêté car je ne sais trop quoi penser de cette lecture… Rien à dire au niveau de l’adaptation. Le dessin de Munuera est très agréable et le choix de couleurs ternes convient parfaitement à la thématique assez sombre du récit. Le découpage est bon et je n’ai pas ressenti qu’il s’agissait d’une adaptation. En l’occurrence, l’œuvre littéraire adaptée est une nouvelle et je pense que c’est le format le plus à même d’être adapté sans souffrir du passage du média littéraire au média de la bande dessinée. Donc voilà, du point de vue esthétique comme du point de vue de la fluidité de lecture, c’est du très bon travail. Mais le scénario m’a laissé bien plus circonspect. Cette nouvelle de Melville adaptée ici par Munuera est très intéressante à plus d’un point de vue mais elle désarçonne autant le lecteur que le patron de ce scribe immobile. Et longtemps, je me suis demandé la finalité de ce récit. Coincé dans sa dimension absurde, je ne voyais pas la critique de la société. Ce n’est qu’arrivé à la toute fin du récit que j’ai commencé à le trouver plutôt pertinent, mais sans en saisir toutes les subtilités. Ce récit a le grand mérite de pousser le lecteur à réfléchir sur ce qui lui est raconté, à y chercher des symboles et une interprétation cohérente. Il s’agit bel et bien d’une critique de notre mode de société et du ‘droit’ au travail. Du coup, et alors même que j’ai trouvé le récit en lui-même peu passionnant, les réflexions qu’il a éveillées en moi m’incitent à trouver cet album intéressant. Pour résumer : si vous cherchez un récit léger et divertissant, vous risquez d’être déçus. Mais si une œuvre philosophique et sociologique cachée derrière un conte absurde vous tente, cet album pourrait bien vous ravir.

15/02/2021 (modifier)