Auteurs et autrices / Interview de Norm Konyu
Fort de son expérience dans l’animation, et souhaitant réaliser des projets plus personnels, Norm Konyu décide de se lancer dans la BD. Ses albums arrivent enfin en France grâce à Glénat, pour notre plus grand plaisir… l’occasion rêvée de lui poser quelques questions ! (lire l'interview en anglais ici.)
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Bonjour Norm, merci d’avoir accepté cette interview. Pourrais-tu te présenter ?
Je m’appelle Norm Konyu, je suis animateur, Canadien et auteur de BD, même si ce n'est pas forcément dans cet ordre. J'ai plusieurs décennies d'expérience en animation, ayant travaillé pour des entreprises telles que Cartoon Network, Nickelodeon, Dreamworks et la BBC.
L’aspect BD est plus récent. L'animation est un processus collaboratif et on travaille généralement en groupe sur les idées et les designs de quelqu'un d'autre. La BD me permet de faire quelque chose qui est 100 % de moi, pour le meilleur ou pour le pire ! J'ai travaillé avec beaucoup d’artistes formidables tout au long de ma carrière d'animateur, mais il arrive un moment où on a envie de faire quelque-chose pour soi.
Comment as-tu rencontré ton éditeur français, Glénat ?
J'aimerais pouvoir te dire que c'était une grande coïncidence cosmique ou la main du destin, mais la réalité est que j'étais déjà publié par Titan Comics dans les pays anglophones, et leur département de droits étrangers a proposé mon travail à Glénat. Ils ont aussi proposé mon travail à Black River, qui a publié l’édition française de l'un de mes livres au ton plus léger, « A Call to Cthulhu ».
Au Royaume-Uni, tu as financé tes livres via le site de financement participatif Kickstarter. Pourquoi avoir choisi cette approche ?
Avec mon premier livre, The Junction, je n'avais vraiment aucune idée de l’intérêt que porteraient les gens à ce que je faisais, donc le financement participatif m'a semblé être un bon moyen de tester le terrain. De plus, c'était pendant le confinement dû au Covid, donc c'était l'une des rares options disponibles.
Après The Junction et avoir réalisé que les gens s'intéressaient effectivement à mon travail, j'ai découvert que c'était un moyen de me libérer au niveau créatif – je pouvais faire ce que je voulais, sans me soucier des contraintes éditoriales. J'ai eu de la chance, Titan a republié la plupart de mes livres après leur première publication en autoédition, permettant ainsi à mon travail d'atteindre un public plus large.
Ton premier album publié en France est Downlands. Pourrais-tu nous en dire plus ?
Bien que je sois à l'origine Canadien, j'ai vécu au Royaume-Uni la majeure partie de ma vie adulte, et il y a ici un riche mélange d'Histoire, de folklore et de superstition qui n'existe tout simplement pas à la même échelle dans mon pays d'origine. Chaque ville propose quelque chose d'intéressant au niveau historique, une histoire de fantômes, ou un conte populaire local, et en tant qu’expatrié, cela m'a fasciné.
Downlands puise dans beaucoup de ces éléments, notamment dans la région spécifique où je vis, la côte sud, et raconte l'histoire d'un adolescent qui a perdu sa sœur jumelle juste après qu'elle ait raconté avoir vu un chien noir. Il découvrira qu’il s’agit d’un présage de la mort profondément ancré dans le folklore britannique. Cela l'entraîne dans une quête remplie de découvertes — l'histoire de la rue où il vit et des générations qui l'ont précédé, jusqu'à ce qu'il découvre un monde caché juste au-delà du visible… un monde d'obscurité que peu de gens connaissent.
Ton deuxième livre, The Junction, sort ce mois-ci.
Downlands reflète peut-être mon expérience au Royaume-Uni, mais The Junction s'inspire de mes souvenirs d'enfance dans une petite ville canadienne comme toile de fond à son histoire. Lucas, 11 ans, se présente sur le pas de la porte de son oncle, douze ans après sa disparition. Il est muet et renfermé — et il a toujours 11 ans. C'est à un détective de police et à une psychologue pour enfants de comprendre où il a été tout ce temps, comment il est possible qu'il n'ait pas vieilli d'un jour, et où se trouve Kirby Junction, une ville où Lucas a vécu selon son journal intime.
Les deux livres abordent des thèmes de deuil et d'enfance. Est-ce quelque chose d'important, ou même de personnel pour toi ?
Beaucoup de lecteurs pensent que je me suis inspiré d’une perte personnelle pour l’écriture de ces deux livres, mais ce n'est pas le cas. Je me considère chanceux, je n’ai pas encore vécu cela. Il est indéniable que le deuil est un grand moteur d'histoires. Comme la colère, cela peut forcer un personnage à faire des choses qu'il ne ferait pas normalement et à donner une direction au récit. Et la présence d’enfants dans une histoire d'horreur rend ce genre d’histoire encore plus efficace : l’imagination débordante et l'innocence troublée de l'enfance, avant que nous comprenions pleinement le monde… le fait que nos peurs et nos souvenirs les plus primaires se créent durant cette période.
Ton troisième livre s'intitule « L'espace entre les arbres ». Glénat le publiera-t-il aussi ? De quoi parle l'histoire ?
L’ordre de publication français diffère, « The Space Between the Trees » est en fait mon quatrième livre, et oui, Glénat va aussi le publier, même si je ne suis pas sûr de la date de sortie. On y retrouve la noirceur de The Junction et Downlands, mais c'est un récit plus court et plus percutant. Et chose surprenante, il n'aborde pas le thème du deuil et de l'enfance comme les autres livres ! Je le considère un peu comme un épisode de « La Quatrième Dimension », où la journée d'un couple cherchant une maison aboutit dans une forêt d’où il est impossible de s’échapper, et où rien, absolument rien, ne semble être sous leur contrôle.
Quel sera ta prochaine BD ? Ton site web parle d’un « mélange d'archéologie, de la Première Guerre mondiale et d'événements étranges », ce qui est très intrigant ! Pourrais-tu nous en dire plus ?
Que demander de plus que « un mélange d'archéologie, de Première Guerre mondiale et d'événements étranges » ?!! Comme tu peux le voir, je n'ai pas encore affiné mon pitch pour celui-ci. D'ailleurs, je n'ai même pas encore choisi de titre !
L’histoire est influencée par le mystère archéologique de la Colline de Silbury, ici dans le Wiltshire, un tumulus de terre de 30 mètres de haut construit vers 2400 av. J.-C., et ce qui pourrait arriver si quelqu'un commençait à creuser... Sa longueur se situera entre The Junction et Downlands, et j’ai déjà bien avancé dans l'étape de l'illustration vectorielle. Cependant je suis désolé, je ne sais pas du tout quand l’album sera terminé. Voici quelques images vectorielles en aperçu ! (ci-contre, et ici et ici)
Bien que tes histoires abordent des sujets sombres, il n'y a rien de sanglant ou de violent dans ton dessin, et aucun juron dans tes textes. Considères-tu que tes livres soient « tous publics » ou « jeunesse » ?
Personnellement, je n'ai aucun problème avec les jurons ou le gore, tant que ça paraît naturel. Je préfère l’horreur plus subtile, qui donne des frissons, ce qui explique le manque de gore dans mes livres (jusqu'à présent). Dans The Junction, le personnage principal n'a que 11 ans, donc j'ai décidé de ne pas avoir de jurons (même de la part des adultes), et cela semblait également convenir à Downlands et ses personnages plus âgés. Bien sûr, les enfants de cet âge jurent certainement, mais je pensais pouvoir raconter l'histoire sans cela, et ainsi permettre à un public plus large et plus jeune d’y avoir accès.
Je ne dirais pas pour autant que mes livres sont « tous publics », car les thèmes du deuil peuvent être un peu lourds, et ma narration parfois non-linéaire pourraient perdre les jeunes lecteurs. Je ne dis pas qu'il n'y aura jamais de sang ou de jurons dans mes livres – j'ai une histoire qui me trotte dans la tête et qui en aurait certainement beaucoup !
Ton style graphique très unique est-il influencé par ton travail d'animation ? Pourrais-tu nous en dire plus sur le processus créatif ?
Ma technique de dessin est clairement influencée par mon travail d'animation ! J'ai travaillé sur beaucoup de séries animées pour enfants (comme Hé, Oua-Oua) qui ont un style souvent épuré et visuel, réalisé avec des logiciels vectoriels. Mais même si j'apprécie ce rendu, je suis aussi amoureux de texture, donc mon style marie les deux. Je crée les dessins sous-jacents au format vectoriel, puis, avec Photoshop, j’applique des textures aquarelles à partir d'une banque d'échantillons réels scannés. Une méthode peut-être un peu alambiquée, mais qui fonctionne pour moi !
Une question traditionnelle pour nos auteurs non français : es-tu déjà venu en France ? Parles-tu français ?
Oh oui, je suis venu en France à plusieurs reprises, plus d'une douzaine de fois, mais honte à moi, malgré mon statut de Canadien, je ne parle pas français au-delà de quelques phrases de base (sur lesquelles je me trompe toujours régulièrement). Je serai en France et en Belgique en février pour une courte tournée de dédicaces pour The Junction. Venez m'écouter me tromper sur des phrases françaises de base !
Les dates :
4 février 2026 – Profil BD, Ath (en Belgique)
5 février 2026 - FNAC, Lille
6 février 2026 - Planète Dessin, Paris
7 février 2026 – La Boussole, Villefranche-sur-Saône
Norm, merci, et bonne chance pour tes livres actuels et futurs.
Merci à toi de m'avoir invité à participer !
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