Dieu en personne

Note: 3.1/5
(3.1/5 pour 21 avis)

2010 : Prix ACBD. Dans une file d’attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de Dieu...


BDs philosophiques Dieu(x) sur Terre Grands prix de la Critique ACBD Marc-Antoine Mathieu Procès Spiritualité et religion

Dans une file d’attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de "Dieu". Il n'a pas de domicile, pas de papiers, ni de numéro de sécurité sociale. L'irruption de cette énigme métaphysique "en personne" déclenche un phénomène médiatique majeur... Un procès géant est bientôt organisé contre ce "Coupable Universel ».

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 09 Septembre 2009
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Dieu en personne
Les notes (21)
Cliquez pour lire les avis

08/09/2009 | iannick
Modifier


Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

Marc-Antoine Matthieu est un auteur qui a été plusieurs fois célébré sur BDthèque pour son originalité et son style. Et n'ayant pas encore découvert celui-ci, je me suis penché sur son Dieu en personne avant d'attaquer les fameux Julius Corentin Acquefacques. Et j'ai beaucoup aimé ! L'ouvrage se veut une sorte de synthèse philosophique de l'idée de Dieu, en dehors de toute considération religieuse, mais également une critique bien sentie de l'humain et de notre société occidentale moderne. Dieu revient sur Terre, et immédiatement se pose la question des procès, de l'argent qu'on peut en tirer et de l'image de marque. Une image peu reluisante de l'être humain mais sans doute bien trop vraie ! Et puis toutes les considérations autour du concept de Dieu, de la vision qu'on peut avoir d'une entité créatrice du monde. Entre la science, la philosophie, la théologie et la logique humaine, il y en a des choses à dire. La BD est verbeuse, mais tout ce texte est nécessaire pour avoir une pleine vision de la situation, et c'est sur ces dialogues que tout repose : l'absurde de cette situation confronté à la logique humaine et la rationalisation de l'irréel. Rien que l'idée centrale du procès est géniale : peut-on juger Dieu ? Sur quels critères et comment ? J'avais vu, à la lecture des autres avis sur les œuvres de l'auteur, qu'il aime le style Kafkaïens tant au niveau de ses histoires que de ses dessins, et je confirme dans ce cas précis. Le dessin en noir et blanc réussit à merveille à rendre une ambiance d'oppression systémique, de méandres administratifs et d'organisations labyrinthiques dans laquelle tout le monde se perd. Les gueules sévères, les cadrages et les décors grandioses accentuent encore ce côté, et donnent une véritable image de monde d'horreur. J'ai beaucoup aimé les circonvolutions de cette BD qui évolue dans plein de sens, jusqu'à un final des plus intéressants. C'est une porte ouverte à toutes les interprétations, de la plus cynique à la plus fantaisiste, avec les indices que l'on veut voir. Marc Antoine Matthieu réussit son propos, sans jamais donner aucune interprétation au-dessus des autres et laissant le choix au lecteur d'en tirer les conclusions qui s'imposent sur Dieu. Quant au monde qu'il nous présente, malheureusement bien trop ressemblant au notre, il ne laisse pas vraiment de doutes possibles sur sa propre stupidité. Une vision très peu optimiste du monde, et de ce qu'on voit jour après jour je ne pense même pas que ce soit si exagéré ... En tout cas je suis ravi de découvrir l'auteur et j'ai hâte de voir les autres séries qu'il propose.

08/11/2019 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5
L'avatar du posteur Josq

Etrange. C'est le premier mot qui m'est venu à l'esprit en terminant cette bande dessinée. J'aurais pu dire bien des choses : inhabituel, décalé, intelligent, recherché, lent, surprenant, casse-tête... Mais c'est bien le terme qui résume tout ça le mieux : étrange. Ça dit tout et ça ne dit rien. Comme Dieu, finalement: il est tout et il n'est rien. Enfin, ça, c'est ce qu'on pourrait tirer des longs débats auxquels Marc-Antoine Mathieu nous fait assister. Un être paradoxal qui prouve son existence tout en donnant des arguments pour prouver sa non-existence. Un peu court, tout de même... Mais ça a au moins le mérite d'actualiser la citation de Saint Athanase (IVe siècle) : "Un Dieu compréhensible ne serait pas un Dieu." Mais en réalité, ce n'est pas vraiment une bande dessinée qui parle de Dieu comme on pourrait le penser qu'a écrit ici Marc-Antoine Mathieu, c'est bien une bande dessinée qui parle de l'homme. La question "Dieu existe-t-il ou non ?" n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est ce qu'en pense l'homme, c'est ce qu'en fait l'homme. Et là, le constat n'est pas vraiment reluisant... Tout d'abord, l'homme réfléchit. Il cherche à comprendre. Instruments scientifiques à l'appel, il va essayer de prouver ou de réfuter l'existence de Dieu. Mais comment remettre son existence en cause lorsqu'il se présente en chair et en os devant vous ? Et qu'il accomplit un certain nombre de "prodiges" pour prouver qu'il est bien celui qu'il prétend être ? Seulement voilà, l'homme n'est pas du genre à se laisser avoir comme un bleu. Si Dieu existe, alors il est coupable. Et s'il n'est pas coupable, il est au moins responsable. Responsable de quoi ? De tout, de rien, qu'est-ce qu'on en sait ? Est-ce que ça a une importance, d'abord ? Si Dieu existe, s'il est parfait, comment le monde qu'il a créé peut-il être aussi imparfait ? Et voilà comment se trouve organisé le plus grand procès de toute l'histoire de la justice. Le procès de Dieu... Il y a de quoi attirer les foules ! Et qui dit "foules" dit "succès", dit "produit dérivé", dit "commercialisation", dit "argent"... Et c'est là que se trouve le coeur de la bande dessinée, c'est ce que dénonce Marc-Antoine Mathieu, avec plus ou moins de pertinence : la frénésie de l'argent, de la commercialisation à outrance... Si la charge est parfois un peu pesante voire - plus rarement - naïve, elle illustre à merveille les dérives et le ridicule de nos sociétés contemporaines, dans son désir de désacraliser le sacré, de mettre à bas tout ce qui dépasse l'homme. Dérives de l'art contemporain, bavard, vain et dont la prétention est mise au jour lorsqu'il transforme Dieu en objet d'art; dérives de la publicité, qui ne voit en Dieu qu'un produit marketing; dérives de la pensée enfin, qui, partant d'une dialectique intéressante, finit par basculer dans la masturbation intellectuelle... Débats interminables qu'on suit pourtant avec intérêt, malgré leurs longueurs, pour peu qu'on s'intéresse aux conceptions philosophiques de Dieu, mais qui finissent par tourner en rond. Car ce que cherche l'homme d'aujourd'hui dans ces débats, ce n'est pas la vérité, non. Ce qu'il cherche, c'est à prouver qu'il a raison. Ce qui explique que Dieu finisse par dormir pendant son propre procès... Malgré son apparente aridité et ses quelques temps morts, la bande dessinée de Marc-Antoine Mathieu se révèle esthétiquement achevée, notamment par une maîtrise impressionnante du noir et blanc, mais aussi passionnante sur le fond, d'autant que l'auteur parvient à construire toute une bande dessinée autour de Dieu sans jamais aborder la religion. Tour de force qui permet, déjà, d'éviter la polémique inutile dont on est un peu trop friand aujourd'hui, et ensuite, de mieux faire ressortir l'absence de transcendance qui caractérise les sociétés contemporaines, dans leur volonté de se débarrasser de tout ce qui touche de près ou de loin au divin. Car si Dieu n'existe plus, alors n'est-ce pas l'homme qui peut devenir Dieu ? Si la fin permet à chacun de se retrouver dans ses convictions, et de renvoyer (intelligemment) dos-à-dos athées et croyants, elle affirme au moins une chose avec force : que s'il y a une chose qui est infinie, c'est bien la bêtise humaine. Et le mot de la fin, ce sera Einstein, cité à de multiples reprises par l'auteur, qui l'aura : "Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue..."

10/02/2019 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Bon, ce n’est certes pas le bouquin de MAM le plus réussi et qui m’a le plus plu et/ou surpris. Mais c’est quand même pas mal, et en tout cas intéressant. Les habitués de l’auteur y retrouveront quelques constantes. Graphiques, visuelles d’abord, puisque MAM use encore d’un Noir et Blanc (et de nuances de gris), d’un trait tranché et froid dans son rendu, décors et personnages étant à la fois statiques et quasi impersonnels. Comme d’autres de ses œuvres – mais là par rapport à d’autres critères, puisqu’il n’y a, fait exceptionnel, aucune expérimentation esthétique ou narrative –, c’est un album dont la lecture est relativement exigeante. En effet, le texte est abondant, et fourmille de saillies, de réflexions plus ou moins philosophiques (autour de Dieu, de son existence, de la façon de l’appréhender – dans tous les sens du terme, puisqu’il a droit à un procès). Au milieu de tout ça, de façon assez discrète je trouve, mais le plus souvent bien vue, MAM glisse quelques traits d’humour. Un humour noir ou absurde bien entendu, qui pimente certains dialogues. MAM passe donc en revue la notion de Dieu – et son incarnation, essentiellement chrétienne ici, même si la plupart des réflexions peuvent être valables pour d’autres religions, surtout monothéistes. Un petit exercice de style plutôt ludique, qui se laisse lire avec plaisir.

18/01/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 2/5
L'avatar du posteur sloane

C'est sans à priori aucun que je me suis mis à la lecture de cette BD, me régalant par avance tant l'idée me semblait originale. A l'heure ou les représentations de ces entités posent problème, je me disais qu'on allait voir ce qu'on allait voir, et même si cela date de 2009, la valeur n’attend pas le nombre des années. Alors c'est peu dire de la hauteur de ma déception. Plusieurs situations avaient un gros potentiel, mais j'ai trouvé l'ensemble plombé par des discours très verbeux que je n'ai apprécié que très modérément tant sur le fond que la forme. Ce type de bande qui intellectualise en saupoudrant, là un brin d'absurde, là un brin d'humour n'est pas pour moi. Je passe.

20/03/2015 (modifier)
Par pol
Note: 2/5
L'avatar du posteur pol

Déception pour ma part avec cet opus, car même si il est parsemé de petites touches sympas qui respirent bon le génie de MAM, l'ensemble est un peu indigeste. J'ai eu l'impression de lire un essai philosophique sur Dieu. Je reconnais volontiers qu'il y a une bonne idée de fond. Le procès de Dieu revenu sur terre, les nombreuses métaphores en rapport avec la religion au sens large et tout le business qu'il peut y avoir autour. Mais hélas ça ne prend pas (avec moi en tout cas). C'est bavard, pas toujours amusant à lire et les différents chapitres sont finalement un peu répétitifs. Et, bon dieu, je me suis pas mal ennuyé. Les petits jeux de mots qui utilisent toutes les expressions possibles contenant dieu sont un clin d'oeil amusant mais ne rattrapent en aucun cas l'ensemble. Bref l'auteur a fait preuve d'audace mais pour moi on est loin du meilleur de Marc-Antoine Mathieu. Vivement un prochain tome de Julius...

14/08/2012 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Une fois encore, on retrouve l’univers si particulier de M-A Mathieu, entre fantastique et absurde, qui décidément colle très bien au noir et blanc. L’auteur s’est emparé du thème de l’existence de Dieu, et même si évidemment aucune réponse n’est donnée, le vieux barbu silencieux lui aura fourni un bon prétexte pour philosopher en jouant pertinemment avec les paradoxes. Il le fait de façon ludique et toujours avec finesse et humour (un humour qui n’est pas sans rappeler celui de Goossens ), égratignant au passage la société des humains, avec ses puissants, ses communicants et ses foules crédules. Ceux qui ont apprécié les délires de Julius Corentin Acquefacques pourront être quelque peu déçus, car il est vrai que l’ouvrage, exigeant, se rapproche davantage d’un huis-clos alors que la série en cinq tomes nous avait emmené dans (presque) toutes les dimensions possibles jusqu’à en perdre haleine… Pourtant, aucun doute, il n’y a pas de rupture de style, et on est bien dans la continuité des questions soulevées dans L’Origine , simplement l’auteur cherche encore davantage à alimenter la réflexion métaphysique chez le lecteur. C’est dense, touffu, voire cérébral, mais cela reste toujours très créatif, et au moins on est sûr d’une chose : Mathieu ne prend pas son public pour des c***. Il est presque étonnant que cette BD remettant en cause l’existence d’un dieu (chrétien visiblement, même si toutes les religions sont plus ou moins concernées) ne se soit pas attirée les foudres des intégristes qui régulièrement vont pleurnicher devant les théâtres ou les cinémas… Sans doute parce qu’on n’y voit ni cul, ni bitte, ni chatte, ou toute autre production « impure » de la création…

26/03/2012 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
L'avatar du posteur Gaston

Pour une fois, j'accroche bien à une œuvre de Marc-Antoine Mathieu. L'histoire est très bavarde et ce n'est pas pour me déplaire. Les dialogues et les situations sont savoureux et certains moments m'ont apporté quelques réflexions intéressantes. L'auteur réussit à faire passer des messages sans jouer les moralisateurs et je crois que c'est ce que j'ai le plus apprécié. Toutefois, j'avoue qu'après 80-90 pages j'ai un peu décroché. Je trouvais que tout avait été dit sur le sujet et les dernières pages de la partie 'Le Procès' m'ont paru longues et inutiles. Heureusement, la fin est bien trouvée et laisse à chaque lecteur le soin de faire ses propres réflexions sur ce qu'il vient de lire.

28/12/2010 (modifier)
Par cac
Note: 3/5

Allez disons entre 3 et 4 mon cœur balance. Je reconnais à cet album toujours servi par un excellent dessin toutes ses qualités. Je trouve ça très bien écrit, M.A. Mathieu fait preuve de beaucoup d'esprit sur un sujet de base très intéressant : Dieu débarque au milieu des hommes, à leur image. Se tient alors un procès. Pourtant, j'ai eu du mal à vraiment rentrer dans la chose, c'est une bande dessinée qui ne s'apprivoise pas facilement et on en sort un peu déçu face aux attentes qu'on pouvait avoir en l'ouvrant.

04/12/2010 (modifier)
Par Superjé
Note: 3/5

Waouuuh, pas un livre (pour) rigolo(s)... Je lis enfin ma première BD d'un auteur culte de la BD moderne : Marc-Antoine Mathieu. Je n'avais aucune attente particulière de cette BD, je pensais à un récit basé sur Dieu, la philosophie sur la religion. En tout cas la couverture (sobre) et le titre m'attirait. Il faut quand même s'accrocher pour lire cette BD. Je ne la conseille pas à ceux qui ne sont pas courageux lorsqu'ils lisent un livre, si ils ne l'aiment pas, car c'est très bavard. On se tape les discours des avocats, les citations des philosophes, les réflexions des présentateurs télé, les élucubrations des scientifiques, les pensée des psys, les exposés du service Marketing et l'argumentaire de tous un tas d'autres témoins. Des fois Dieu arrive à en placer une... C'est vrai que le point de départ est intéressant, l'auteur a de bonnes idées, comme par exemple la venue de Dieu, son procès, le marchandising qui est fait autour de lui ! Il n'y a aucune phrase dénuée de sens de tous l'album... Il arrive aussi a aborder plusieurs problèmes de société, grâce à quelques 'sciences' : critique de la société -de consommation-, grâce à de la philosophie, aux sciences physiques et évident de la théologie... Ce livre nous pré-mâche beaucoup d'idées et de réflexions. Bon, toutes les idées ne sont pas forcément bonnes, comme le fait de ne jamais montrer réellement le visage de Dieu, mais d'en montrer assez pour qu'on le devine (et de le représenter comme d'habitude, le sage barbu aux cheveux blancs). Sinon, le dessin est bon, sobre, en noir et blanc, entre caricature et réalisme, j'aime beaucoup. Une BD intéressante de part la tournure des évènements, un peu ennuyeuse pendant la lecture, mais avec une bonne fin ! Je la conseille aux courageux qui veulent lire un ouvrage légèrement prétentieux mais qui prête à la réflexion sur la religion.

07/11/2010 (modifier)

Dès qu’il s’agit de spiritualité, la voie entre un discours philosophique trop complexe et une pensée réductrice uniquement caricaturale destructrice se fait très délicate (voir le navrant La Nostalgie de Dieu sorte d'opposé à cet opus que vous apprécierez cerainement si vous n'aimez pas cet album). Après de nombreux essais sur le sujet, j’espérais la BD qui permettrait enfin d’apporter une réflexion sur la notion de Dieu constructive, intelligente, adaptée au format BD. Dans cet album, vous trouverez un manifeste sur Dieu. Non pas une bible donnant des prescriptions, mais plutôt une réflexion sur toutes les notions essentielles humaines qui sont liées à ce concept divin. L’album réussit le tour de force de réunir plusieurs lectures dans son contenu. Au premier degré vous aurez un récit prenant au rythme effréné sur la fabuleuse histoire d’un être pas comme les autres qui deviendra, au cœur des problématiques mondiales, phénomène de société. Au second degré vous trouverez un critique acerbe de l’homme dans une société moderne capitaliste au fort droit individuel. Dans une autre lecture, vous pourrez voir la succession de notions qui permettent petit à petit à l’auteur de définir Dieu. Dans une conception finalement assez proche de Nom de Dieu : par delà les 3 monothéismes de Daniel Sibony, l’auteur joue avec les notions occidentales de Droit pour disserter sur certaines notions épineuses, sources de tant de divergences suivant les courants religieux. Seront évidemment traités, le libre arbitre, la responsabilité d’une divinité créative sur sa création, l’infini et tant d’autres sujets essentiels. Mais, encore plus fort, et là réside à mon sens le génie de l’ouvrage : il ne s’agit pas d’un manifeste sur Dieu, son existence important peu au final, mais d’une analyse de la réaction humaine face à une éventuelle existence. Vous verrez donc devant vous la totalité des réactions possibles et leur enchaînement logique depuis le début de la civilisation occidentale jusqu’à aujourd’hui. Tout d’abord l’incrédulité du fait de l’ignorance, il va falloir que Dieu fasse ses preuves évidemment, l’homme étant si supérieur qu’il aura tendance à placer le différent comme inférieur et donc potentiellement fou (ou phénomène de foire). Devant une succession trop éclatante de « signes », il ne pourra que voir une lumière, ce qui aura pour effet de sacraliser Dieu en éblouissant l’homme, (volontairement ou pas). Pendant une courte période aura donc lieu l’adhérence au concept. Mais une fois le concept sorti du marginal que l’on peut admirer, va se créer la résistance et le doute inhérents à l’humain. Ce qui convient à un petit nombre sera soumis à la critique du grand nombre. D’un point de vue crédibilité d’abord puis, si elle peut être admise dans le cadre global d’un point de vue ennemi. En effet l’admission d’une entité supérieure à la société va immédiatement engendrer chez nombre de celle-ci la rancœur égoïste de n’être pas puisqu’une entité supérieure existe. De fait, à défaut de pouvoir nier son existence, la seule solution pour ce groupe d’individus sera de donner toute responsabilité à l’entité supérieure par le glissement facile du couple Responsabilité/conséquences. Evidemment il ne s’agira pas pour ce groupe d’attribuer les responsabilités positives à cette entité venant perturber leur oligarchie. Or dans une société de Droit de type occidental, responsabilité implique dédommagement. L’entité nouvellement lésée par l’arrivée d’un puissance supérieure exigera donc des dédommagements (inutiles tant qu’elle était dominante). Devant ce conflit inextricable du fait des repères différents des parties (comme le montre bien le récit) il faudra trouver un arbitre neutre comprenant les requêtes dans leur essence sans les biais lexicaux ou culturels qu’un concept peut abriter. Là encore le récit trouve cette formidable invention de l’ordinateur, somme des cultures mondiales parfaite pour établir un dialogue. Je ne voudrai pas gâcher alors ce climax du récit d’un point de vue philosophique, mais la question de la somme des cultures humaines avec son développement à cet individu prétendu Dieu prend une signification très intéressante (même si de fait la réponse définit la notion divine que l’auteur a caché derrière le personnage). A ce stade L’auteur nous définit enfin Dieu. Certes, cela avait été dévoilé dès le début avec les deux citations introductives, mais le cheminement se laisse suivre avec plaisir. La suite du récit dissertera sur cette incapacité humaine de pouvoir accepter dans son ensemble une entité lui étant supérieure, profitant de tout prétexte pour valoriser son œuvre au détriment d’une autre, de niveler son existence sur celle à priori plus haute. La force de la masse devient alors le marteau ultime pour broyer ce qui aurait pu être Dieu. La fin habile pour la critique acerbe de la société de consommation profitant de tout événement pour supprimer le libre arbitre de l’individu en lui laissant le seul rôle du consommateur se fait particulièrement noire et inquiétante. Parait alors bien secondaire la question de l’existence réelle de Dieu. Le graphisme dans son fort contraste noir et nuances de gris en fait une bichromie très forte. Beaucoup de noir aux contours savamment travaillés pour un effet brutal du meilleur goût. La structure des cases dégage un fort dynamisme permettant une lecture agréable, même au premier niveau de la simple aventure. Le contraste permanent permet de beaux moments graphiques soulignant la pensée sans écraser le texte. Au final voici une réussite unique : unifier philosophie, sociologie et mystique dans un format BD. Certes, les thèmes sont classiques dans le domaine, mais parfaitement traités pour ce format. Par ailleurs le Dieu présenté n’est effectivement pas stricto sensu celui d’une des grandes religions, mais il pourrait être celui de nombreuses. En évitant toute polémique stérile tout en montrant le cheminement de l’humain face à la notion de Dieu, l’auteur gagne avec talent le difficile pari initial. Culte : à lire et relire pour en apprécier toutes les finesses. Je ne connaissais pas cet auteur, mais je crois que je vais m'intéresser à ses productions... (il fallait bien ça pour le 300 ème avis)

03/06/2010 (modifier)