Passeur(s)
Un récit explorant les migrations du point de vue inattendu d’un passeur, entre thriller et récit de passation entre un homme désabusé et une adolescente révoltée. Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, Passeur(s) est soutenu par la Fondation Samilia, luttant contre le trafic d’êtres humains.
En avant-première Nouveautés BD, comics et manga Réfugiés et Immigration clandestine
Awar le taiseux porte des baskets de luxe grâce à son lucratif job de passeur. Mais il porte aussi un douloureux passé que va réveiller Esrin, une jeune migrante kurde, fille de combattante fuyant l’enfer syrien. Laisser renaître son humanité ou pas ? Awar va devoir choisir... Car Soran, son boss, veut du chiffre et du résultat. Et Awar, plus tout jeune, voit bien que Musta, passeur ultraviolent fraîchement arrivé, lui prendrait volontiers sa place... Awar va-t-il oser prendre la porte de la rédemption ou la claquer définitivement ?
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Editeur
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Genre
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| Date de parution | 20 Février 2026 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Awar est un passeur, à la tête de convois de migrants vers le Royaume-Uni pour le compte d'un réseau aux méthodes mafieuses. L'arrivée d'une jeune Kurde fuyant la Syrie ravive chez lui de douloureux souvenirs et une humanité qu'il croyait étouffée par ce système cruel dont il n'est qu'un rouage. Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frederic Loore, cette BD raconte de l'intérieur le fonctionnement du trafic de migrants, en adoptant, fait assez rare, le point de vue des passeurs. La tonalité oscille entre thriller et drame social. Filières, intermédiaires, hiérarchie, méthodes de pression, marchandisation des corps : l'ensemble se veut instructif et documenté, et il y a un solide travail d'enquête derrière la fiction (ainsi qu'un cahier documentaire sur le trafic d'êtres humains en fin d'album). L'objet en lui-même est une bel et grand album, un ouvrage éditorialement soigné qui impose immédiatement sa présence. Le dessin, sombre et réaliste, travaille surtout en teintes de gris, relevées de quelques rares touches de couleur venant souligner certains éléments symboliques, comme le foulard de combattante kurde de la jeune femme. Cette palette restreinte renforce la rudesse du propos. L'atmosphère est lourde, oppressante, bien en accord avec ce récit dur, presque sans échappatoire. Sur le fond, la description du trafic est implacable. On mesure la violence du système, l'exploitation cynique, la peur constante des migrants, l'humiliation organisée par les trafiquants. C'est âpre, parfois glaçant, et probablement crédible au regard de la documentation revendiquée. Pourtant, une question persiste : le traitement des antagonistes m'a semblé très manichéen. Les trafiquants apparaissent comme revanchards, haineux, brutaux, arrogants : de véritables salopards sans nuance, à l'exception relative du héros qui dissimule son humanité derrière un masque d'impassibilité. Leur violence est telle qu'on en vient à s'interroger : est-ce la représentation fidèle d'une réalité déjà insoutenable, ou une accentuation dramatique destinée à renforcer l'impact ? De la même manière, la passivité apparente des migrants face à ces exactions interroge (tout comme leur focalisation quasi exclusive sur le Royaume-Uni comme terre d'accueil, mais c'est un autre sujet). On conçoit que leur situation soit désespérée, que la guerre et l'absence de perspectives puissent rendre acceptable l'inacceptable. Mais face aux abus montrés ici, j'ai parfois eu du mal à comprendre pourquoi aucune révolte ne semblait possible. Je me suis demandé s'il s'agissait du reflet d'un rapport de force si écrasant qu'il annihile toute résistance, ou si le récit ne forçait pas le trait pour dénoncer l'horreur du système au détriment d'un peu de nuance. Je ne peux que supposer que l'histoire est conforme à la triste réalité documentée. Passeur(s) est une œuvre dure, sombre et solidement construite. Un récit instructif et engagé, qui éclaire efficacement les mécanismes du trafic de migrants. Mais son traitement très frontal, presque sans nuance dans la caractérisation des bourreaux, laisse planer un doute : sommes-nous face à une réalité brute, aussi terrible que cela, ou à une vision volontairement accentuée pour frapper les consciences ? Quoi qu'il en soit, la lecture ne laisse pas indifférent.
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