Rouge signal
Marley, Clara, Lulu et Evi sont nail artists dans une onglerie. Elles sont amies et discutent de tout.
Guerre des sexes La BD au féminin Les petits éditeurs indépendants
De son côté, enfermé dans un quotidien morne et solitaire, Alexandre commence à fréquenter des incels et à embrasser leurs discours virilistes. Il regarde depuis sa fenêtre, avec un dégoût grandissant, la boutique de l'autre côté de la rue, où quatre femmes discutent en travaillant.
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Genre
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| Date de parution | 22 Août 2025 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Un célibataire un peu paumé enchaîne les échecs sentimentaux et professionnels et finit par en faire porter la faute à la gent féminine dans son ensemble. En face de chez lui, un salon d'onglerie où quatre jeunes femmes partagent leur quotidien, leurs discussions et une certaine solidarité. En parallèle, lui s'enferme peu à peu dans la frustration, les réseaux sociaux et les discours masculinistes, jusqu'à glisser vers une forme de radicalisation sourde. Sur le plan graphique, je ne peux pas nier le soin apporté à l'ensemble. Le découpage audacieux, la gouache, les aplats, les jeux de lumière, les teintes rouges et orangées donnent une vraie identité visuelle. C'est travaillé, personnel, et certaines planches ont une présence presque picturale. On sent une recherche esthétique constante, une volonté d'autrice assumée. Mais c'est justement là que le bât blesse. Cette mise en scène très "film d'art et d'essai" m'a vite paru rébarbative. J'ai eu l'impression que la forme passait avant le récit. Les cadrages sont tantôt trop serrés, tantôt étrangement placés, les scènes fragmentées en bribes, les dialogues hachés, les séquences étirées ou répétées sans que cela apporte de réelle clarté. Le résultat est très théorique, très démonstratif, mais peu lisible. Plutôt que de raconter une histoire, j'ai souvent eu le sentiment que l'autrice cherchait avant tout à "faire de l'art". Côté scénario et message, pourtant, le sujet est important, presque glaçant d'actualité. La dérive masculiniste, l'influence des réseaux, la radicalisation ordinaire, tout cela mérite clairement d'être traité. Mais c'est abordé ici de manière distante, avec des personnages immédiatement antipathiques et une impression générale de manque de vie et d'expressivité. La partie centrée sur les femmes, plus nuancée et plus vivante, fonctionne mieux. Du côté d'Alexandre, en revanche, les motivations restent floues et les étapes trop elliptiques : d'un balourd médiocre, il passe brusquement au rejet global des femmes et à l'adhésion au discours haineux d'un proche puis aux actes lâches et violents, sans que j'aie vraiment vu la bascule s'installer. La construction volontairement déstructurée dilue les enjeux et brouille la narration. Je me suis senti davantage spectateur qu'impliqué, à devoir deviner plus que comprendre. J'imagine qu'on peut saluer l'audace graphique et la portée sociétale du propos, mais j'ai trouvé la lecture assez pénible : un album respectable sur le fond, dont la mise en scène trop esthétisante m'a tenu à distance du début à la fin.
Le projet de cette BD est inattaquable : évoquer le danger du contre-mouvement "masculiniste" se développant en réaction au légitime féminisme. L'histoire déroule deux syntagmes en parallèle, d'un côté le quotidien des employées d'un salon de manucure, de l'autre la vie d'un célibataire trentenaire aigri par sa vie sentimentale et professionnelle. Des tranches de vie saisies à partir d'anecdotes, de simples conversations, faisant surgir l'incongru, l'incompris, mais aussi l'horreur du banal. La dramaturgie ainsi déstructurée évite de créer du sens, efface la causalité, dilue les motivations, pour demeurer dans le constat en se limitant à une simple juxtaposition d'événements, significative... ou pas ! La discussion sur le graffiti explicite métaphoriquement les intentions de l'autrice. Le procédé ainsi développé n'a certes pas l'élégance du film de Van Sant "Elephant", mais l'on ne peut reprocher à l'autrice de manquer de nuance, le sens n'étant créé que par les lecteurs le souhaitant ardemment. Visuellement, c'est assez particulier, audacieux mais déroutant : autour d'un trait fin, rare et épuré, se limitant aux contours des corps et décors, s'organisent des aplats de couleurs souvent pâles ou ternes au sein de cases tantôt amples, tantôt multipliées jusqu'à la répétition industrielle warholienne sinon l'abstraction. Cela dit, la BD déçoit un peu. Le refus de plaquer du sens n'implique pas nécessairement un manque de structure, de liant, de vie. Manque par ailleurs accentué par le style visuel. BD intéressante mais pas totalement réussie, pouvant sérieusement déplaire, notamment pour son apparent militantisme, dans les faits absent.
Les éditions 2042 (ex-2024) proposent souvent des œuvres graphiquement audacieuses. Rouge signal fait partie de celles-ci. Malheureusement, il manque un petit truc pour me convaincre tout à fait. Oui, graphiquement, c’est assez réussi. Certaines pages sont vraiment belles. Je pense en particulier aux scènes représentant un feu de camp le soir. J’aime bien les scènes de boite de nuit également, où à la manière dont l’autrice joue avec la lumière des écrans. S’il y a plein de détails assez bien vus, d’autres m’ont en revanche nettement moins convaincu. C’est le cas de la barbe des personnages. On a l’impression qu’ils portent un masque anti-covid sur le visage, ou qu’ils sont peints. Ça, franchement, ce n’est pas très heureux. Moins plaisant également, le fait de multiplier les cases pour représenter une seule et même scène. C’est un effet que je trouve d’ordinaire souvent inutile, mais là, c’est trop systématique. Si ça fonctionne assez bien quand il s’agit d’insister sur tel ou tel détail qui évolue avec l’histoire, je m’interroge sur le fait, par exemple, de consacrer deux pages à encaser un nuancier. Bon, bref ! Ce qui m’a globalement moins plu, c’est le manque de profondeur de l’histoire, à commencer par le personnage principal dont je ne comprends pas très bien les motivations. Et je ne le comprends pas parce que les situations qu’il vit sont esquissées trop rapidement. En gros, il se prend un râteau et hop ! il devient trop haineux à l’égard des femmes, la faute à une espèce de gourou masculiniste qui l’embarque dans son délire à base de stages paramilitaires en pleine nature. Mouais, bon, la misogynie ne s’inculque pas à coups de formations en bonne et due forme. C’est plus pervers que ça. Personne ne nous a jamais dit, à nous les hommes : « Bon, ok les gars, les femmes sont des chattes sur pattes tout juste bonne à faire la vaisselle et rien d’autre ». Non, le mépris des femmes chez les bonhommes, c’est bien désolant, mais c’est un truc plus noueux. Les racines de cette mécanique sont profondes et lointaines. C’est un véritable bain idéologique au quotidien dans lequel nous sommes immergés depuis l'enfance. Or ici, c’est brossé à grands traits pour devenir trop caricatural. C’est dommage. Pour contrebalancer cette situation, les dialogues entre les nanas de l’onglerie paraissent eux nettement moins simplistes et pleins de nuances. J’ai aimé par exemple le débat autour de l’auteur des graffitis, qui selon certaines serait une femme, ou bien encore la séquence sur les arts martiaux… Je suis un gars, hétéro de surcroit, mais je pense que le masculinisme est un poison, que c'est une gangrène qui fait chier tout le monde, à commencer par les hommes eux-mêmes (même s'ils l'ignorent), qui tue souvent aussi malheureusement, et qu'il doit être extirpé des cerveaux, mais ce n’est certainement pas en faisant des bonhommes des gros cons qui se déguisent en bidasse pour se pignoler entre eux qu’on arrivera à quelque chose. Un peu de nuance tout de même. Et on pourrait dire la même chose du racisme : c’est vraiment une sale idée, mais tous les racistes ne sont pas des gros méchants, ce serait trop simple. Pour se débarrasser de ces idées de merdre, il s’agit selon moi d’initier un processus qui doit mener à ouvrir la conscience, à la modifier et non d’opposer les gens dans un vulgaire réflexe manichéen. Ou alors c’est moi qui suis naïf, ou qui n'ai pas suffisamment conscience d'avoir le "beau" rôle ? Ou les deux ? Bon, j’arrête là. J’ai réagi parce que sans doute je me sens impliqué dans cette question de cette déconstruction nécessaire. Mais je n’ai détesté cette BD qui contient graphiquement quelques chouettes motifs de satisfaction. C’est juste selon moi un peu grossier et caricatural. Je vais néanmoins suivre Laurie Agusti (mais pas dans la rue, hein ?).
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