Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie

Note: 3.56/5
(3.56/5 pour 9 avis)

Le château d'Hérouville est un véritable condensé des années 70. En y créant ses célèbres studios, Michel Magne découvre l'amour fou, rassemble les plus grands créateurs de l'époque et révolutionne le sens de la fête.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Biographies Les prix lecteurs BDTheque 2021 Musique Photo et dessin Région parisienne

1970. Marie-Claude rencontre Michel Magne, génial compositeur de musiques de films. C’est le coup de foudre. Elle le rejoint dans son château d’Hérouville où Bowie, Elton John et bien d’autres stars se pressent pour enregistrer des disques. Mais le succès attise les convoitises. Derrière le conte de fée, la tragédie se profile. Ce roman vrai révèle le destin inouï de Michel Magne au cœur de la pop culture des années 50 à 80.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 17 Février 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie © Delcourt 2021
Les notes
Note: 3.56/5
(3.56/5 pour 9 avis)
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30/03/2021 | grogro
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Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue boy

L’histoire des studios d’Hérouville, intimement liée au destin de l’artiste Michel Magne, peu de gens la connaissent. Et pourtant, à la lecture de ce formidable one-shot, on a envie de remercier ses auteurs pour nous l’avoir mise en lumière d’aussi belle façon. Michel Magne était surtout connu pour ses musiques de films (Les Tontons Flingueurs, …), bien que sa notoriété n’ait jamais égalé celle d’un Vladimir Cosma ou d’un Maurice Jarre. Pourtant, ce dernier avait bien d’autres cordes à son arc, notamment à travers la peinture. Véritable touche-à-tout à l’appétit insatiable en matière de création artistique, il se situait à l’avant-garde dans une approche pour le moins facétieuse, qui pouvait rappeler celle des Dadaïstes. Magne a fréquenté l’élite artistique et noué de nombreuses amitiés (François Sagan, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Aragon, Jacques Prévert, Jean Cocteau, la liste est longue…). Il faut dire que l’homme avait une personnalité hors-du-commun, notamment par l’énergie qu’il était capable de déployer pour faire avancer ses projets, même si, las, le succès ne fut pas toujours au rendez-vous. La création des studios d’Hérouville au début des seventies inaugura une période de foisonnement artistique hors du commun. La partie du château où vivait et travaillait Michel Magne depuis 1962 venait d’être détruite par un incendie, provoquant la perte irrémédiable des documents et enregistrements de l’artiste. C’est sur ce drame que s’ouvre Les Amants d’Hérouville, montrant comment Magne trouva le moyen de rebondir en restaurant l’aile endommagée et en convertissant le château en studio, équipé des dernières technologies de pointe, avec la participation de Dominique Blanc-Francard. Dès lors, le lieu va attirer le gratin de la chanson française et du rock international, profitant d’un contexte jamais vu de libération des mœurs et d’hédonisme psychédélique (on n’oubliera pas de sitôt le passage relatant le concert des Grateful Dead donné aux habitants du village). Dépensant sans compter, Magne continuait à organiser des fêtes excentriques autour de la piscine construite sur sa propriété, aux petits soins avec ses invités (y compris les pique-assiettes…), avec le concours d’un chef cuisinier amateur de poésie… il y aura la même année la rencontre avec sa baby-sitter, Marie-Claude, qui devint rapidement la femme de sa vie et avec qui il vécut un amour passionné. Jusqu’au jour où, après quelques années fastes, le déclin et les coups durs pointèrent de nouveau le bout de leur nez… Cette biographie romancée n’est rien de moins qu’un conte de fées moderne, et la couverture ne dit pas autre chose en montrant les deux amants sur le toit du château, Magne en train de jouer une ritournelle à la guitare à l’adresse de sa bien-aimée au look hippie médiéval. Pendant ce temps, la fête bat son plein à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, et l’on peut apercevoir Bowie en train d’enregistrer des vocaux. La narration de Yann Le Quellec est très bien construite, toute en fluidité, avec une trame principale entrecoupée de passages documentaires agrémentés de photos et d’articles de journaux sur la vie et l’œuvre de Magne. Pour accentuer l’authenticité des faits, des clichés ont été insérés sur certaines cases, répandant des arômes nostalgiques très puissants. Ce kaléidoscope chamarré et dynamique traduit parfaitement l’atmosphère de l’époque et du lieu, tel un tourbillon de folie douce et créativité libératrice sur fond d’amour pur et de substances psychotropes. Romain Ronzeau possède un trait léger et vif, jouant plus sur l’expressivité que sur la technique, avec un sens aigu du mouvement et une mise en page très variée. Son Michel Magne est dépeint comme un personnage bondissant et exubérant, haut en couleurs, mégalomane (voire mythomane) mais profondément généreux et désintéressé, d’abord amoureux de toutes les formes d’art et de leurs promoteurs. Hélas, l’aura bienveillante et hors-normes de Magne trouvera assez rapidement ses limites, suscitant la rapacité (et la jalousie peut-être) de ses partenaires, qui lui feront payer chèrement ses frasques et son style de vie dispendieux. La frénésie festive et créatrice mis en œuvre pour le projet hérouvillois se transformera alors en chaos destructeur et lugubre. Un dur retour à la réalité pour le démiurge exalté qui finira expulsé de son propre paradis, une aberration cruelle dont il ne se remettra pas. Son côté sombre sera parfaitement représenté, contrastant singulièrement avec le personnage solaire du début, dès lors que le « prince charmant » — et accessoirement prince de la nuit (toujours vêtu de noir) comme on le voit dans une scène au début du livre lorsqu’il pénètre dans la chambre de Marie-Claude — se transformera en ogre démoniaque et violent, fragile aussi, taraudé par la ruine ricanante, comme aspiré de l’intérieur par ses propres gouffres. Ou quand la bête n’est jamais loin de l’ange… En résumé, Les Amants d’Hérouville, en dehors de la touchante « love story », est le portrait tragique d’un homme dont la vie était entièrement dédiée à l’art et n’aura finalement fait que vivre dans l’ombre du gratin artistique qu’il côtoyait et aidait. Une vie dont les moments d’extase absolue précédaient immanquablement les zones de turbulence brutale où tout partait en cacahuète. Ce splendide roman graphique, chef d’œuvre de pop-culture, en constitue un excellent hommage, contribuant un peu plus à faire entrer le château dans la légende. Et si aujourd’hui les mythiques studios d’Hérouville fonctionnent encore, après plusieurs périodes de fermeture, c’est peut-être parce ses fantômes ne parviennent pas à se résoudre à la fin de cet incroyable âge d’or.

20/08/2021 (modifier)
Par JAMES RED
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Comme l'a dit le posteur précédent, Delcourt publie un roman graphique qui sera sans nul doute un des albums de l'année. Ce livre évoque le destin tragique de Michel Magne musicien prolifique des années 60-70, souvent novateur dans son travail et parfois génie incompris. Je dois bien dire que je connaissais mal Michel Magne ; de lui, je connaissais surtout ses compositions des musiques de films pour Jean Yanne, ou encore celle des tontons flingueurs. Cela n'est qu'une infime partie de son œuvre car il a fait d'innombrables choses dans des domaines assez variés (il suffit de voir à la fin du livre le nombre de ses œuvres et de ses collaborations). Les auteurs Yann Le Quellec au scénario et Romain Ronzeau au dessin s'intéressent surtout à l'histoire du château d'Hérouville qui servit de salle d'enregistrement à des groupes aussi mythiques que Canned Heat, Magma, T Rex ou encore à des chanteurs solo comme David Bowie ou Eddy Mitchell. Le château, acheté par Michel Magne en 1962, d'abord destiné à des événements festifs devient réellement un grand studio d'enregistrement en 1969 après l'incendie qu'il a connu. Les auteurs montrent toute la démesure de Michel Magne qui dépense sans compter achetant les meilleures bouteilles pour ses convives et qui se retrouve vite en difficulté financière ainsi que sa relation tumultueuse avec sa compagne Marie-Claude beaucoup plus jeune que lui. L'album est comme constitué de chapitres entrecoupés par des entractes biographiques évoquant la vie et la carrière de Magne avant 1969 où alternent des pages illustrées quasi en roman-photo et des illustrations de l'auteur. Cela a parfois tendance à alourdir la narration. Le trait de Ronzeau est assez intéressant et traduit bien le côté bouillonnant de la vie qui se déroule au Château (qui fut -Magne ne cessant de le rappeler-un endroit que fréquentèrent Chopin et Sand). Le château est donc un élément essentiel de l'histoire ; l'on y croise un certain nombre de groupes et de pop-stars de l'époque. Il faut quand même avoir une bonne connaissance de ces années et cela fera quand même plus d'effets à un nostalgique des années 70. Le concert des Grateful Dead au château est un morceau d'anthologie, avec -histoire vraie- des policiers chargés de la sécurité sous LSD. La relation de couple entre Michel Magne et Marie-Claude sert aussi de fil narratif. Les auteurs ont d'ailleurs eu les confidences de Marie-Claude, comme nous pouvons le voir à la fin de l'ouvrage. Elle montre le côté sombre de Michel Magne car comme souvent les histoires d'amour finissent mal. On apprend donc beaucoup sur cette époque et sur ce compositeur un peu oublié et cela vaut clairement l'achat pour des passionnés d'une période beaucoup plus insouciante que celle d'aujourd'hui.

30/04/2021 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Cette bande-dessinée s'impose d'emblée comme une candidate très sérieuse au titre de Meilleure BD de l'année. Et pour plusieurs raisons. Le dessin tout d'abord : sans être bouleversifiant, le trait est fluide et vif, un peu "à la Blain". Il retranscrit parfaitement le souffle épique qui agita les années 60 et 70. Le scénario est mené de main de maitre. Mais aussi tambour battant ! Le moins que l'on puisse dire est que Yann Le Quellec ménage ses effets. On commence ainsi par un petit flashback (l'incendie qui ravagea les studios), pour suivre le fil des années effervescentes des studios créés par Michel Magne à partir de sa rencontre avec Marie-Claude, sa seconde femme de vingt ans sa cadette. Ca et là, on découvre plusieurs pages, sortes de poses narratives largement composées de textes et de photos, qui permettent au fil du livre de raccrocher les wagons. Y sont racontées les années de jeunesse de Michel Magne que l'on découvre donc petit à petit et qui viennent éclairées certains passages du récit. C'est un montage très habile. Les photographies sont parfaitement incluses dans les pages. ATTENTION SPOIL !!! Le récit s'achève d'ailleurs par une série de clichés poignantes présentant l'actuel château (en ruine) où déambulent les auteurs en compagnie de Marie-Claude qui tient le rôle de guide touristique. Cette BD toute emprunte de vérité déborde d'émotions. Mais l'intérêt principal des Amants d'Hérouville est de nous introduire dans l'intimité de Michel Magne, touche à tout de génie. De lui, je connaissais uniquement son œuvre de composition pour le cinéma. Ici, on découvre tour à tour son génie visionnaire (il s'intéressa à la musique électronique bien avant la lettre), sa générosité illimitée (il est présenté comme un monstre d'humanité) et le lien viscérale qu'il entretenait avec la création artistique (il dépensa sans compter pour donner une âme à ce lieu et aux artistes de s'exprimer sans limite), le talent sauvage d'un homme qui s'essaya à la peinture, aux arts du cirque... Bref ! Un homme qui semble avoir eu à cœur de constamment faire advenir ce qui le traversait. L'immersion dans les années 60 et 70 est complète. Le souffle libérateur de ces années de cocagne nous parvient aux yeux et aux oreilles aussi surement que si l'on avait ouvert un échantillon de parfum. On assiste à des scènes mythiques (le concert de Grateful Dead au bord de la piscine, avec flics et pompiers sous LSD. Grandiose !...) que les moins de vingt ans ne pourront que difficilement croire, pour paraphraser Aznavour... Un aperçu de la vie d'avant le libéralisme triomphant qui a sacrifié tous les aspects de la vie sur l'autel de la rentabilité ! Michel Magne (du verbe se magner, se dépêcher) semble avoir été touché par la grâce dès son plus jeune âge. Le genre de type qui avance vers la lumière comme le papillon de nuit, au risque de se brûler les ailes. Le genre de type qui sacrifie tout pour "la cause". Le genre de type qui a vécu en dévorant la vie par les deux bouts. Le genre de type conscient qui a suivi sa bille coute que coute... Voilà une histoire absolument passionnante. Impossible de lâcher un tel livre avant de l'avoir terminé. Les anecdotes y sont légions (et vraies), l'émotion est là, palpable, y compris dans les témoignages écrits figurant en annexe. Quand on est mélomane, il parait difficile de s'affranchir de cette lecture que l'on ne manquera pas de retrouver dans toutes les palmarès de fin d'année.

30/03/2021 (modifier)