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Bartleby, le scribe

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)

José Luis Munuera s'empare de la nouvelle d'Herman Melville dans une adaptation magistrale et porte un regard original sur ce texte, réflexion stimulante sur l'obéissance et la résistance passive.


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New York City, quartier de Wall Street. Un jeune homme est engagé dans une étude de notaire. Il s'appelle Bartleby. Son rôle consiste à copier des actes juridiques. Les premiers temps, Bartleby se montre irréprochable. Consciencieux, efficace, infatigable, il abat un travail colossal, le jour comme la nuit, sans jamais se plaindre. Son énergie est contagieuse. Elle pousse ses collègues, pourtant volontiers frondeurs, à donner le meilleur d'eux-mêmes. Un jour, la belle machine se dérègle. Lorsque le patron de l'étude lui confie un travail, Bartleby refuse de s'exécuter. Poliment, mais fermement. "I would prefer not", lui répond-il. Soit, en français : "je préfèrerais ne pas". Désormais, Bartleby cessera d'obéir aux ordres, en se murant dans ces quelques mots qu'il prononce comme un mantra. Je préfèrerais ne pas. Non seulement il cesse de travailler, mais il refuse de quitter les lieux...

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Coloriste
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 19 Février 2021
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Bartleby, le scribe
Les notes (2)
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15/02/2021 | Mac Arthur
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Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
L'avatar du posteur Blue boy

Petite par la taille, grande par la force. Cette phrase pourrait parfaitement résumer la nouvelle d’Herman Melville, adaptée ici avec brio par José-Luis Munuera. Quelle riche idée d’avoir remis en lumière l’histoire insolite de Bartleby, cet employé en apparence insignifiant, recruté par un cabinet notorial dans le quartier de Wall Street ! Sa fonction consiste à copier des titres de propriété et de valeurs immobilières. Autant dire que la tâche est bien peu passionnante. Mais Bartleby fait preuve du plus grand sérieux, suscitant même la méfiance de ses collègues. Pourtant, le jeune homme se contente de faire son travail, ni plus ni moins, reste d’une discrétion extrême et d’une politesse exemplaire, et de plus, semble totalement dépourvu d’ambition. Les choses vont se gâter le jour où le directeur de l’étude (qui est aussi le narrateur) lui demande de vérifier sa copie en présence de ses collègues. Bartleby ne trouvera rien d’autre à répondre que : « je ne préfèrerais pas ». Cette phrase, il la répétera alors à chaque fois que son patron le sollicitera pour accomplir une tâche autre que son travail de scribe, suscitant chez lui d’abord l’incompréhension et la perplexité, puis la colère, la résignation, la fuite et pour finir la fascination la plus totale. Il lui sera impossible d’obtenir une justification du jeune employé, qui ne s’exprime quasiment pas, ce qui ne fera que renforcer son aura de mystère jusqu’à la fin du récit et plongera son boss dans un désordre intérieur auquel il ne s’attendait pas, lui, le notaire tranquille aux revenus confortables et à l’abri du besoin. Comme si son destin était désormais lié à celui de Bartleby. Et c’est cette petite phrase, « Je ne préférerais pas » qui en devenant le leitmotiv du récit, va également s’insinuer en nous tout en nous questionnant, car pas plus que le directeur de l’étude, le lecteur n’arrivera à percer le mystère du jeune Bartleby, dont l’inertie semble s’accroître au fil des pages pour ne devenir que la seule finalité. Et cette phrase, prononcée au conditionnel et avec une telle humilité par ce dernier, beaucoup moins frontale qu’un « je refuse » catégorique, soulève des torrents de questionnements et n’autorise pas une réaction radicale, ce qui serait tellement plus simple pour celui qui l’a recruté. En contrepoint du récit s’impose une image forte, celle du mur, qui revêt moult symboles. En premier lieu, le théâtre de l’action qui est Wall Street (« la rue du Mur ») au XIXe siècle, au moment où New York s’apprêtait à connaître le début d’une expansion incroyable. Autour de ce quartier des affaires émergeant qui abritait la Bourse, les gratte-ciel commençaient à s’élancer vers le ciel, monuments vertigineux et inédits grignotant l’espace, de façon spectaculaire mais inhumaine, au-delà de tout ce dont l’Homme était familiarisé jusqu’à alors… Bartleby, lui, travaille face à une fenêtre bouchée par un mur, « le progrès ayant pris le pas sur la vue », et pourtant cela semble lui convenir tout à fait… Si José-Luis Munuera représente magnifiquement bien New York avec une utilisation réussie de l’aquarelle pour cette brume qui entoure la nouvelle « Babylone » économique et financière, l’auteur semble avoir pris quelques libertés par rapport à la chronologie, dans la mesure où à l’époque où Melville rédigea sa nouvelle, en 1853, les « skycrapers » n’existaient pas encore. En effet, il faudra attendre 1870 pour voir les premières constructions imposantes dans Manhattan, que l’on ne pourrait pas pour autant qualifier de gratte-ciel. Cela étant, on ne saura lui en vouloir, car ce parti-pris ne fait que renforcer l’intérêt graphique de l’ouvrage et permet de montrer l’aspect oppressant de ces nouvelles tours de « l’ère moderne ». Pour le reste, Munuera conserve pour les personnages cette veine franco-belge expressive qu’on lui connaît à travers sa participation à l’univers de « Spirou » et des « Tuniques bleues », et qui a su très bien s’adapter au format « roman graphique ». Il a su conférer à son Bartleby nihiliste une beauté intérieure, une pureté étrange qui tient du héros romantique… Dans des temps incertains comme les nôtres, où l’épidémie actuelle annonce une disparition probable du monde tel que nous le connaissons — pour rester dans l’euphémisme —, où les Etats semblent profiter du contexte favorable au renforcement de leurs pouvoirs et au contrôle accru des citoyens, où la logorrhée impulsive de chacun que permettent les réseaux sociaux empêche tout débat rationnel et produit une cacophonie indigeste, où les repères et les certitudes sont ébranlés comme jamais auparavant, « Bartleby, le scribe » est une petite bouffée d’oxygène. Par son économie de mots, notre héros montre que le système comporte des failles, qu’il n’est au fond qu’un ventre mou derrière sa façade rigide. Car ce système, représenté par l’Etat, toujours plus déshumanisant pour la pérennité de son fonctionnement, a besoin de certitudes et de l’approbation pleine et entière des hommes. De façon prévisible, il va recracher Bartleby, le grain de sable dans la machine. L’homme finira mal, mais son âme hantera la machine à jamais. Et c’est peut-être là que réside sa victoire sous les apparences d’une défaite. Ce récit, qui a eu une résonance politique et philosophique hors-normes depuis sa parution, prouve avec cette adaptation à la fois son intemporalité et sa modernité. Extrêmement subversif, il nous fournit, de façon brève et sans longs discours, une sorte d’introduction à la désobéissance civile, une arme qui, si elle était adoptée à grande échelle, pourrait s’avérer plus redoutable que toutes les manifestations de lutte traditionnelles (et ce n’est pas Gandhi qui me contredira…). « Bartleby, le scribe » fut d’ailleurs publié quatre ans après l’ouvrage culte du poète-philosophe Henry David Thoreau, intitulé justement « La Désobéissance civile ». Qu’il s’agisse de l’œuvre originale ou de la BD, il importe de lire (ou relire) cette nouvelle. Et surtout, ne me dites pas que vous ne préfèreriez pas !

20/02/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

Je suis bien embêté car je ne sais trop quoi penser de cette lecture… Rien à dire au niveau de l’adaptation. Le dessin de Munuera est très agréable et le choix de couleurs ternes convient parfaitement à la thématique assez sombre du récit. Le découpage est bon et je n’ai pas ressenti qu’il s’agissait d’une adaptation. En l’occurrence, l’œuvre littéraire adaptée est une nouvelle et je pense que c’est le format le plus à même d’être adapté sans souffrir du passage du média littéraire au média de la bande dessinée. Donc voilà, du point de vue esthétique comme du point de vue de la fluidité de lecture, c’est du très bon travail. Mais le scénario m’a laissé bien plus circonspect. Cette nouvelle de Melville adaptée ici par Munuera est très intéressante à plus d’un point de vue mais elle désarçonne autant le lecteur que le patron de ce scribe immobile. Et longtemps, je me suis demandé la finalité de ce récit. Coincé dans sa dimension absurde, je ne voyais pas la critique de la société. Ce n’est qu’arrivé à la toute fin du récit que j’ai commencé à le trouver plutôt pertinent, mais sans en saisir toutes les subtilités. Ce récit a le grand mérite de pousser le lecteur à réfléchir sur ce qui lui est raconté, à y chercher des symboles et une interprétation cohérente. Il s’agit bel et bien d’une critique de notre mode de société et du ‘droit’ au travail. Du coup, et alors même que j’ai trouvé le récit en lui-même peu passionnant, les réflexions qu’il a éveillées en moi m’incitent à trouver cet album intéressant. Pour résumer : si vous cherchez un récit léger et divertissant, vous risquez d’être déçus. Mais si une œuvre philosophique et sociologique cachée derrière un conte absurde vous tente, cet album pourrait bien vous ravir.

15/02/2021 (modifier)