L'Humain

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

Si l’humanité s’éteint un jour, est-il souhaitable de favoriser sa réapparition ? C’est en substance la question posée par ce récit d’anticipation original, aussi ludique que pessimiste.


Auteurs Argentins Environnement et écologie Nouveautés BD, comics et manga Robots

Planète Terre. 500.000 ans dans le futur. Alpha est un psycho-bot, à savoir un robot psychologue d'aspect féminin. Elle est responsable de la santé mentale de Robert, un biologiste généticien qui a été envoyé depuis l'ère humaine pour relancer la civilisation disparue depuis des milliers d'années. Sur place et une fois réveillé, Robert ne pense qu'à l'arrivé de June, sa femme, avec qui il devrait commencer la repopulation humaine. Mais il découvre, anéanti, qu'elle est arrivée cent ans avant lui. Alpha devra agir pour que Robert ne devienne pas fou et remplisse sa mission d'origine...

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Traducteur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 30 Août 2019
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série L'Humain
Les notes (2)
Cliquez pour lire les avis

05/10/2019 | Blue boy
Modifier


Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur du moment
L'avatar du posteur Jetjet

Lucas Varela m'a toujours épaté par la qualité de son trait. Une fine ligne claire singulière qui n'a de limite que dans son imagination. En ce sens le présent ouvrage pourra rappeler l'épatant Le Jour le plus long du futur tant son début également muet et le look des androïdes nous ramènent en terrain conquis. Pourtant cette fois "L'Humain" est écrit avec Diego Agrimbau au scénario avec lequel Varela avait déjà collaboré sur Diagnostics que je n'ai hélas toujours pas lu. Cette histoire emprunte effectivement sur le classique de H.G. Wells et sa machine à remonter le temps pour le contexte d'une planète Terre futuriste bien dévastée par son évolution. Si le titre porte bien sur les caractéristiques de l'Humain, c'est bien sous le regard sympathique de la droïde Alpha que toute l'histoire va se dérouler. On pourrait reprocher à l'ensemble d'être un brin classique et sans surprises. Pourtant la mise en scène est au diapason avec une nouvelle fois le bonheur de retrouver les dessins précis de son auteur mais également une magnifique colorisation mettant le rouge et le gris à l'honneur pour une parfaite compréhension. En dire plus serait bien dommage mais l'histoire grimpe rapidement en intensité, en violence et en intérêt pour une conclusion en apothéose sur le devenir de notre humanité.

09/10/2019 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Si le genre post-apocalyptique est assez commun en science-fiction, c’est avec une certaine curiosité que l’on attendait de voir ce que Lucas Varela allait en faire avec ce récit, qui n’est pas sans rappeler « La Machine à explorer le temps » de H.G. Wells, ou encore, d’un point de vue plus politique, « Au cœur des ténèbres », de Joseph Conrad. A ce titre, l’auteur argentin, qui a connu la dictature de Pinochet, sait assurément de quoi il parle, même s’il n’était encore qu’un enfant lorsqu’elle prit fin. Il a d’ailleurs déjà traité de la question dans L'Héritage du Colonel, en collaboration avec Julien Frey (Avec Édouard Luntz - Le Cinéaste des âmes inquiètes). Mais Varela, qui est plus dessinateur que scénariste, possède cette particularité de renforcer l’intérêt pour ses œuvres par un graphisme original et stylé. Une fois encore, on appréciera ici sa ligne claire très moderne, dans une jolie palette de couleurs quasi bichromiques, où dominent les tons rouges et gris. L’univers très dépaysant de la BD évoque la préhistoire, mais certains détails nous disent que ce n’est pas tout à fait la Terre d’il y a 100 millions d’années. On y aperçoit des plantes aux formes bizarres, des canidés capables de se tenir debout, des espèces de singes très différentes (et là on évitera le spoiling) : certains volent ou vivent dans les arbres, d’autres ont des tailles gigantesques ou encore sont cavernicoles (évidemment, on pense immédiatement aux Morlocks). Pour ce qui est du scénario, Lucas Varela s’est associé pour la deuxième fois avec son complice Diego Agrimbau, lui aussi argentin, après l’étonnant Diagnostics, un album regorgeant de trouvailles et consacré aux troubles mentaux. Doté d’une narration impeccable, « L’Humain », qui raconte comment l’espèce humaine va lutter contre sa propre extinction suite à une catastrophe ayant décimé l’humanité entière, à travers un couple de scientifiques dont le projet est de revenir sur Terre cinq cent mille ans après s’être fait cryogénisés. Le récit permet d’aborder une multitude de thèmes, le plus marquant étant la nature humaine et son indécrottable propension à dominer et à conquérir son environnement, et, ce faisant, à le dénaturer, souvent pour le pire… Bien sûr, si la fable écologique demeure en toile de fond, le propos politique n’est pas absent. Les auteurs montrent ainsi comment le pouvoir corrompt et peut transformer un homme au départ rationnel et bienveillant en tyran assoiffé de sang. Robert, seul humain de l’histoire autoproclamé empereur, régnant sur une communauté de singes et de robots, va rapidement basculer dans cette folie hystérique parfaitement décrite dans la nouvelle de Conrad. C’est bien le processus de mise en place d’une dictature qui est décrit ici, et la nationalité des auteurs n’y est certainement pas étrangère. L’autre thème développé est l’intelligence artificielle à travers le personnage d’Alpha, une androïde incarnant la sagesse et l’humanité dont semble peu à peu dépourvu son maître, Robert. Ce qui nous amènera à nous poser la question : le genre humain est-il à ce point stupide qu’il devra confier son destin à des robots pour éviter de disparaître ? Cette fable sombre et captivante, si éloignée du mythe du bon sauvage cher à Rousseau, fournit matière à réflexion tout en restant récréatif et fluide dans la forme. Même si la trame reste le plus souvent assez prévisible, les rebondissements sont bien amenés et certaines scènes assez spectaculaires. Si humour il y a, il est en mode grinçant — on n’est pas non plus là pour se taper des barres de rire —, et on l’aura compris, l’homo-mégalo en prendra pour son grade. On peut donc sans se tromper qualifier ce one-shot de réussite.

05/10/2019 (modifier)