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Servir le peuple

Note: 4/5
(4/5 pour 1 avis)

Comment les slogans de la République Populaire de Chine sont pervertis par un de ses serviteurs modèles.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Adaptations de romans en BD Chine Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc, Bruxelles

Lorsque Yan Lianke s’empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c’est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l’armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique. Ou comment « Servir le peuple » devient, pour l’ordonnance d’un colonel de l’Armée Populaire de libération, soldat modèle au régiment, l’injonction d’accéder à tous les désirs de la belle épouse de celui-ci. Tous ! Le mari s’étant absenté pour deux mois, commence une remise en cause vertigineuse des doctrines qui ont bercé le jeune subalterne depuis toujours. Au service de l’épouse du colonel, l’ordonnance devient amant – et c’est à qui se montrera le plus « contre-révolutionnaire » en commettant sacrilège sur sacrilège ! (site éditeur)

Scénaristes
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 03 Octobre 2018
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Servir le peuple
Les notes (1)
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06/04/2019 | Noirdésir
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Je n’ai pas lu le roman de Yan Lianke qui est adapté ici, avec un beau travail éditorial de Sarbacane (couverture et papier épais). Très épais (plus de 200 pages), cet album se lit finalement assez vite, car la plupart des pages ne comportent que deux grandes cases. Le dessin est assez statique, avec une colorisation étrange, un peu terne, laissant percevoir comme des éraflures. Une colorisation faite avec une sorte de pastel. L’intrigue tourne autour de « Petit Wu », jeune communiste chinois modèle, qui n’a à la bouche que les prescriptions du Parti, et ne dit et ne fait rien d’autre que « servir le peuple ». A ne faire que le répéter, la ritournelle en devient absurde. D’autant plus que les circonstances vont le faire dévier de cette trajectoire « stakhanoviste » : il va devenir l’amant de la femme de son colonel. Du coup leur relation tourne en ridicule les slogans du régime, qu’ils citent en boucle tout en en pervertissant le sens. Et cela tourne donc à une parodie, une critique de la dictature stérile (d’autres aspects comme les hukus, sortes de passeports intérieurs nécessaires pour quitter les campagnes et être autorisé à venir en ville sont aussi évoqués). C’est une amusante critique de l’état chinois et de l’assèchement de la ferveur révolutionnaire, au profit de slogans creux, auxquels personne ne croit sincèrement, chacun jouant en fait sa chance, dans une ambition personnelle qui devait s’effacer au profit de « l’intérêt du peuple ». Les symboles du régime (statue, tableau) détruits ajoutent au côté sacrilège, blasphématoire – quoique jubilatoire – des aventures de Petit Wu et de sa maîtresse, les deux rivalisant finalement dans une sorte de folie. Toujours est-il que les deux amants vont s’enfermer (dans tous les sens du terme) dans une relation érotique torride (quelques scènes assez crues), à tendance sadomasochiste (un petit air de « L’empire des sens » je trouve), la satire tournant parfois à l’autodestruction. Un album curieux et intéressant. La narration n'est pas forcément emballante, et j'ai même eu du mal à entrer dans cette histoire. Mais j'en ressors quand même satisfait. Note réelle 3,5/5.

06/04/2019 (modifier)