Servir le peuple

Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 3 avis)

Comment les slogans de la République Populaire de Chine sont pervertis par un de ses serviteurs modèles.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Adaptations de romans en BD Chine Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc, Bruxelles Les petits éditeurs indépendants

Lorsque Yan Lianke s’empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c’est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l’armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique. Ou comment « Servir le peuple » devient, pour l’ordonnance d’un colonel de l’Armée Populaire de libération, soldat modèle au régiment, l’injonction d’accéder à tous les désirs de la belle épouse de celui-ci. Tous ! Le mari s’étant absenté pour deux mois, commence une remise en cause vertigineuse des doctrines qui ont bercé le jeune subalterne depuis toujours. Au service de l’épouse du colonel, l’ordonnance devient amant – et c’est à qui se montrera le plus « contre-révolutionnaire » en commettant sacrilège sur sacrilège ! (site éditeur)

Scénario
Oeuvre originale
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 03 Octobre 2018
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Servir le peuple © Sarbacane 2018
Les notes
Note: 3.67/5
(3.67/5 pour 3 avis)
Cliquez pour afficher les avis.

06/04/2019 | Noirdésir
Modifier


Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

Voila une BD originale dans son histoire et dans son traitement. C'est une satire de la Chine de Mao, celle où les slogans ont pris le pas sur la réalité, tandis que l'asservissement se généralise et que le peuple subit. Mais aussi une BD sur l'adolescence, la jeunesse et l'amour. Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre à l'ouverture de la BD, mais très vite j'ai été conquis. Le trait de Alex W. Inker marche très bien avec le ton de la BD, coloré et en même temps massif dans les corps. Les personnages sont très baraqué, avec des traits de visages très marqués, voir durs, qui laissent éclater les émotions lorsqu'elles arrivent. Un trait qui va de paire avec son propos dans toute la BD. Et l'histoire est franchement amusante. Sous la caricature évidente, la BD est une histoire d'amour adolescente, de celle qui va marquer à vie. Et cet amour simple, léger, qui ne s’embarrasse plus du reste du monde, devient le contrepoint de cette société chinoise. Alors que l'entre-soi et le népotisme s'installe, que le clientélisme et l'endoctrinement prennent toute la place, il y a ce couple réuni pendant une petite période, qui finit par tout rejeter, comprenant que tout cela est vain pour le bonheur. Le récit prend du temps à se développer, mais a des scènes vraiment belle, notamment lorsqu'ils rivalisent pour tout détruire dans la maison. Une belle métaphore de cette fouge qui les anime alors. Je dois dire que j'ai beaucoup aimé la BD. Elle n'est pas dénuée d'humour, sait se faire sérieuse, joue sur les sentiments et porte un message sympathique. Une histoire que je ne m'attendais pas à lire mais qui est recommandée !

22/12/2025 (modifier)
L'avatar du posteur carottebio

Ça ne sera pas un grand bon en avant de la contre révolution dessinée, ni même un manifeste libertaire. Nous sommes dans une simple parenthèse de vie de deux personnages emportés par leur sexualité libérée, hors du temps, mais dans un espace clos. Cela se rapproche plus de la petite rébellion d'ados qui se découvrent et se laissent vivre, plutôt que du choc intellectuel ou émotionnel qui te retourne la tête ou le coeur. Ceci étant dit, cette histoire se lit tout de même avec plaisir et facilité. Les dessins font autant voyager que l'exotisme des lieux et des personnages décrits.

05/04/2020 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Je n’ai pas lu le roman de Yan Lianke qui est adapté ici, avec un beau travail éditorial de Sarbacane (couverture et papier épais). Très épais (plus de 200 pages), cet album se lit finalement assez vite, car la plupart des pages ne comportent que deux grandes cases. Le dessin est assez statique, avec une colorisation étrange, un peu terne, laissant percevoir comme des éraflures. Une colorisation faite avec une sorte de pastel. L’intrigue tourne autour de « Petit Wu », jeune communiste chinois modèle, qui n’a à la bouche que les prescriptions du Parti, et ne dit et ne fait rien d’autre que « servir le peuple ». A ne faire que le répéter, la ritournelle en devient absurde. D’autant plus que les circonstances vont le faire dévier de cette trajectoire « stakhanoviste » : il va devenir l’amant de la femme de son colonel. Du coup leur relation tourne en ridicule les slogans du régime, qu’ils citent en boucle tout en en pervertissant le sens. Et cela tourne donc à une parodie, une critique de la dictature stérile (d’autres aspects comme les hukus, sortes de passeports intérieurs nécessaires pour quitter les campagnes et être autorisé à venir en ville sont aussi évoqués). C’est une amusante critique de l’état chinois et de l’assèchement de la ferveur révolutionnaire, au profit de slogans creux, auxquels personne ne croit sincèrement, chacun jouant en fait sa chance, dans une ambition personnelle qui devait s’effacer au profit de « l’intérêt du peuple ». Les symboles du régime (statue, tableau) détruits ajoutent au côté sacrilège, blasphématoire – quoique jubilatoire – des aventures de Petit Wu et de sa maîtresse, les deux rivalisant finalement dans une sorte de folie. Toujours est-il que les deux amants vont s’enfermer (dans tous les sens du terme) dans une relation érotique torride (quelques scènes assez crues), à tendance sadomasochiste (un petit air de « L’empire des sens » je trouve), la satire tournant parfois à l’autodestruction. Un album curieux et intéressant. La narration n'est pas forcément emballante, et j'ai même eu du mal à entrer dans cette histoire. Mais j'en ressors quand même satisfait. Note réelle 3,5/5.

06/04/2019 (modifier)