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Chaos debout à Kinshasa

Note: 4/5
(4/5 pour 1 avis)

1974. Kinshasa, capitale du Zaïre accueille “le combat du siècle”, opposant les boxeurs Mohammed Ali et George Foreman… Dans la capitale du dictateur Mobutu, espions, affairistes et paumés s'agitent.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Afrique Noire Les auteurs africains

1974. Ernest, petit voyou de Harlem, navigue de combine en combine pour rembourser une dette à de dangereux malfaiteurs. Grâce à un concours organisé sur une radio privée, il gagne un voyage pour assister au « combat du siècle » entre Mohammed Ali et George Foreman, à Kinshasa ! Une aubaine pour Ernest qui va pouvoir se mettre au vert et renouer avec ses racines auprès de ses « frères africains ». Mais il est loin d’imaginer dans quel état se trouve le Zaïre au plus fort de la guerre froide... Dirigé d’une main de fer par le président-dictateur Mobutu, gangréné par la corruption, le pays est devenu un véritable nid d’espions et de politiciens véreux. Des individus sans scrupule qui n’ont rien à envier aux pires truands de Harlem… [Texte de présentation de l'éditeur]

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 17 Février 2016
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Chaos debout à Kinshasa
Les notes (1)
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21/02/2016 | eric2vzoul
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Il est rare que des auteurs de bande dessinée prennent pour cadre l'Afrique postcoloniale. Chaos debout à Kinshasa relate l'effervescence qui gagne la capitale du Zaïre au mois de septembre 1974 et le contexte historique est passionnant. La ville est sous la coupe de Mobutu Sese Seko (son surnom complet est Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, ce qui signifie « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne puisse l’arrêter », tout un programme) depuis qu'il s'est emparé du pouvoir par un coup d'État en 1965. Mobutu, dictateur mégalomane, brutal, malhonnête et rusé, mène alors une politique de “Zaïrianisation”, c'est-à-dire qu'il milite pour une décolonisation culturelle en promouvant l'authenticité de la culture noire. Par exemple, au Zaïre, il faut porter l'abacost (contraction de « à bas le costume ») chamarré pour montrer sa fierté d'appartenir au peuple noir. Mobutu apparaît comme une sorte de double bouffon de son rival sénégalais Léopold Sédar Senghor, le promoteur de la “négritude”. Lorsque ce personnage hors-norme rencontre un autre mégalomane, le boxeur Mohamed Ali, ils sont faits pour s'entendre. Né Cassius Clay, ce puncheur surdoué et plusieurs fois champion du monde dans la catégorie poids lourds a rejeté son nom de baptême quand il a rejoint les rangs de l'organisation Nation of Islam. Il milite pour l'émancipation des noirs américains et l'unification de tous les “frères” noirs des deux côtés de l'Atlantique. Quand Mohamed Ali devient objecteur de conscience et refuse de servir au Vietnam, il est déchu de son titre. En 1974, il brûle donc de le reconquérir ce titre, alors détenu par George Foreman. Mobutu , avide de montrer au monde entier que le Zaïre est en route vers la modernité, propose d'organiser la rencontre dans sa capitale Kinshasa. Les affiches présentent l'événement comme « un cadeau du président Mobutu au peuple zaïrois et un honneur pour l'homme noir ». Ce contexte fournit la trame de fond aux auteurs pour raconter les petites et grandes intrigues qui se nouent à Kinshasa en ce mois de septembre 1974. Car la ville est au centre d'enjeux bien plus larges qu'un combat de boxe, fût-il du siècle. Le Zaïre est riche en ressources, il suscite la convoitise d'affairistes internationaux. Le pays est également voisin de l'Angola, colonie portugaise en marche vers l'indépendance, sur laquelle les puissances de la Guerre froide, par Belges ou Cubains interposés, aimeraient mettre la main. Dans ce panier de crabes, les uns soutiennent Mobutu, tortionnaire sans scrupule mais pro-américain, alors que les autres rêvent de le renverser… Nous suivons Ernest, petit truand minable de Harlem, qui gagne un ticket pour Kinshasa, ce qui lui permet d'échapper aux poursuites contondantes de ses créanciers. Tout imprégné des discours des leaders noirs et de blaxploitation, il croit retrouver ses racines en plongeant dans la société zaïroise. En fait, il ne comprend rien à rien et subit la situation alors que ses “frères” noirs font les frais de sa naïveté. Le récit de Thierry Bellefroid mêle très habilement personnage réels et fictifs, faits historiques et péripéties romanesques dans un récit fluide et dense. Mon seul regret est qu'il aille parfois un peu trop vite. Mais il a un grand sens du détail, écrit des dialogues qui font mouche et le scénario tient le lecteur en haleine. Au dessin, Barly Baruti, déjà remarquable dans Eva K. et Madame Livingstone a affiné son style. Aussi inspiré dans la restitution des ambiances africaines que new-yorkaises, il manie la couleur directe avec l'aisance d'un Hermann. Seul reproche : il a tendance à abuser du flou dans les vues d'ensemble, ce qui rend un peu difficile l'identification des personnages par moment. Chaos debout à Kinshasa est donc un très bon one-shot qui aurait facilement pu donner lieu à une série de plusieurs albums tant l'intrigue et le contexte dont elle s'inspire sont riches.

21/02/2016 (modifier)