Sang noir

Note: 4.33/5
(4.33/5 pour 3 avis)

Les tirailleurs sénégalais ont beaucoup donné et tant perdu au cours du premier conflit mondial...


1914 - 1918 : La Première Guerre Mondiale Afrique Noire Champagne-Ardenne Les petits éditeurs indépendants Première Guerre mondiale Racisme, fascisme

C’est l’histoire d’un tirailleur sénégalais (Yacouba Ndaw), issu d’une classe populaire de l’ethnie Wolof. Au départ, il regarde les français avec une forme « d’admiration ». Ce sont des guerriers puissants, des surhommes qui méritent de les dominer. En allant au feu il revoit son jugement. Il croise des hommes blancs qui ont plus peur que lui, qui refusent d’aller au combat, il voit la peur dans le regard du soldat allemand. Dans les tranchées, il apprend l’égalité humaine, dans la peur, la souffrance et la mort. Il apprend à se positionner en égal du blanc. 2 officiers français dirigent son « bataillon ». L’un est respectueux de ses hommes tandis que l’autre les méprise. L’histoire s’orientera sur la relation de plus en plus amicale de Yacouba envers l’un et l’affrontement crescendo avec l’autre. (texte : Physalis)

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Juin 2013
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Sang noir
Les notes (3)
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24/07/2013 | Spooky
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Par Ro
Note: 4/5
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Un excellent album sur les tirailleurs sénégalais qui n'est pas sans rappeler le film Indigènes mais avec cette fois de vrais sénégalais. Cette BD est très bien construite. Sobre et élégante dans sa narration, elle s'entame par une courte introduction sur les derniers instants avant l'assassinat de Jean Jaurès (deux jours avant le début de la Première Guerre Mondiale) et son plaidoyer contre la guerre et pour l'émancipation des peuples. Puis on plonge dans un village dans la brousse Sénégalaise où l'on suit brièvement la vie et les passions du jeune héros avant qu'il se porte volontaire pour s'engager dans l'armée française. On assiste ensuite à sa formation en Afrique puis en France et enfin à sa découverte des tranchées et des longs mois qu'il va y passer en compagnie de ses frères d'armes et de couleur. Le tout est scindé en une dizaine de chapitres qui offrent une structure claire et facile à lire tout en permettant des sauts chronologiques s'étalant sur deux années, voire bien plus si on considère l'épilogue se déroulant en 1939. Ce qui est fort dans cet album, c'est son humanité. Il n'y a pas de sentimentalisme et pourtant c'est plein d'émotion. Certains moments sont doux-amers, comme certaines belles preuves de courage qui finalement n'amènent qu'à une mort certaine. On y ressent bien que tous les hommes sont égaux en esprit, qu'ils soient blancs, noirs ou jaunes, puisque les auteurs ont eu la bonne idée d'intégrer aussi quelques soldats Tonkinois dans leur récit. Il y a des cons et des bons partout, et si on ne peut pas forcément avoir confiance dans la société humaine dans son ensemble, on peut plus facilement compter sur les hommes en tant qu'individus. J'ai aussi apprécié l'ambiance de chaque décor. Le petit village d'Afrique noire où est né le héros est bien rendu. J'y ai retrouvé l'ambiance de ma propre enfance africaine. Celles des centres de formations puis celle évidemment plus sombre et désespérée de tranchées n'est pas en reste. Tout est crédible, mature et sans pathos inutile. Qui plus est, le dessin est très bon, agréablement coloré et tout aussi élégant que la narration et le ton du scénario. Je n'aurais qu'un regret, celui d'avoir vu au moins deux grosses fautes de conjugaison me sauter aux yeux dans les textes narratifs ("Nous furent", "Il ne sais pas"...). C'est dommage car cela réduit un peu l'excellence de l'album. J'espère que si réédition il y a, ces fautes seront corrigées.

11/05/2017 (modifier)
Par Lucie B
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

L'histoire des Tirailleurs qui meurent au combat pour défendre la Mère Patrie... qui ne leur a pas été vraiment reconnaissante! Histoire forte et très beau dessin. A mettre d'urgence dans toutes les mains: de jeunes (programme de 3ème!), des moins jeunes, citoyens en tous genre qui voient le racisme quotidien s'étendre...

06/01/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
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Lorsqu’on pense à la Grande Guerre, on pense souvent à ces regards hébétés, ces peaux cireuses, de ceux qu’on a surnommé les Poilus. Mais qu’en est-il de leurs camarades venus des nombreuses colonies, ceux qu’on appelait les Tirailleurs sénégalais, selon une tradition vieille de 80 ans, ces conscriptions un peu hasardeuses qu’on a imposées aux tribus les plus reculées ? Le travail des historiens a fini par leur accorder leur vraie place, mais ce phénomène a été peu traité en images. Nous suivons donc le parcours de Yacouba, un jeune homme de l’Afrique occidentale française, plus précisément du Sénégal. De sa brousse hostile, il va passer presque sans transition, au cours de l’année 1915, aux tranchées de la Champagne, pays exotique s’il en est… Et découvrir les horreurs d’un conflit barbare qui lui est totalement étranger. Pourtant, grâce à son niveau de français, son bon sens et sa bravoure, le jeune homme va réussir à faire sa place, et ce malgré les remontrances et l’esprit colonialiste de son chef de corps. On pourra reprocher à « Sang noir » sa fin « heureuse » (et encore). On pourra lui reprocher trois fautes d’orthographe, disséminées dans le tome. C’est peut-être tout ce qu’on pourra lui reprocher, tant l’ensemble force le respect. Le choix du scénariste, Frédéric Chabaud, d’abord, de raconter l’histoire d’un Poilu finalement comme les autres, dont seule l’origine diffère de la majorité (quoiqu’on soit encore en peine, un siècle après, de donner des chiffres précis sur les conscrits africains). Le choix narratif (et éditorial ?) de nous montrer une sélection du parcours de Yacouba, de sa vie « tranquille » à Thiowor, jusqu’à sa retraite à Marseille, en 1939, à l’heure où de nouvelles menaces tournent autour de la France et de l’Europe… De relier également le début du conflit à l’assassinat de Jaurès, à Paris… de découper le récit en chapitres, lesquels correspondent à différents épisodes. De ne pas en rajouter dans le pathos ou le misérabilisme, essayant de redonner à chacun sa vraie place. Des choix confortés par une postface qui explore un certain nombre de circonstances autour de la guerre. Côté graphique Chabaud collabore avec Julien Monier, dont le trait semi-réaliste, un poil charbonneux, colle à merveille avec l’ambiance de la savane sénégalaise ainsi –et c’est un parallèle intéressant, qu’avec les tranchées champenoises. L’ensemble baigne dans une ambiance dérivant de l’ocre, un choix chromatique là encore gagnant. Au final, voici donc un excellent album, qui revient sur un aspect un peu méconnu de la première guerre mondiale, et de façon aussi sobre qu’informée.

24/07/2013 (modifier)