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Le Linceul du Vieux Monde

Note: 3/5
(3/5 pour 4 avis)

" C’est une histoire pleine de peine, de haine et de sang, traîtée pratiquement heure par heure, à l’origine des mouvements ouvriers : syndicats, mutuelles, caisses de secours, anarchisme et communisme." Avec Le linceul du Vieux Monde, Christophe Girard revient sur une page sombre de l'histoire de France : la révolte des canuts. Un récit incroyablement moderne en ces années de crise.


1816 - 1871 : De la chute du Premier Empire à la Commune Luttes des classes & conflits sociaux Lyon

1831. Depuis un an, Charles X, roi de France autoritaire et réactionnaire a été renversé. Louis-Philippe soutenu par la haute bourgeoisie est sacré roi des français. Les banquiers et la bourse sont au pouvoir. A Lyon, l’industrie dominante est le tissage de la soie, un produit de luxe qui assure les 2/3 des exportations françaises et 90% de la production mondiale. Les ouvriers de la soie qu’on appelle canuts sont exploités de telle manière que même certains affairistes sont choqués par les conditions de travail abominables des canuts. Mais la loi du profit est supérieure et sous prétexte d’une concurrence chinoise à peine émergeante, le patronat « les fabricants » décident en novembre 1831 de baisser les salaires. Le 21 novembre, les canuts cessent le travail et descendent dans la rue manifester pacifiquement. La garde nationale, milice tenue par les fabricants, tire sur la foule. C’est le début de l’émeute puis de la révolution. (texte de l'éditeur)

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 04 Janvier 2013
Statut histoire Série terminée 3 tomes parus
Couverture de la série Le Linceul du Vieux Monde © Les Enfants rouges 2013

25/12/2012 | Mac Arthur
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Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Oh la honte, je m'imaginais que la Révolte des Canuts se rapportait à une révolte paysanne du moyen-âge : je n'avais aucune idée qu'il s'agissait d'un mouvement populaire bien plus récent ayant touché les filatures de soie lyonnaises en 1830. Et je n'avais pas idée non plus qu'il s'agissait d'un des premiers mouvements ouvriers, précurseur de la future Commune de Paris... et ayant connu un sort pas plus heureux. Cette série aura donc eu le mérite de m'instruire et de le faire de manière plutôt sympathique. Elle m'a plongé dans l'ambiance de l'époque en me faisant suivre une brochette de personnages, sautant de l'un à l'autre sans s'attacher pour de bon à l'un ou l'autre mais permettant ainsi d'avoir une vue assez générale. C'est bien documenté. Le rythme est plutôt bon. La carte en début d'album permet de s'y retrouver un peu pour ceux qui ne connaissent pas les lieux. Et même si le dessin a parfois des côtés un peu amateurs et pas très réguliers, il est soigné et agréable. Son aspect noir et blanc pourra donner un côté austère et rebuter certains lecteurs mais il ne m'a pas dérangé. Et j'ai plutôt bien aimé l'absence de manichéisme dans la manière dont le sujet est abordé, car même si la balance penche forcément du côté des ouvriers face à des autorités injustes et des riches arrogants, le récit montre des gens raisonnables dans les deux camps. Et des connards aussi, même si visiblement il y en avait davantage du côté des riches. Elle présente en effet un état d'esprit des élites assez impressionnant de suffisance envers les ouvriers qu'elles considèrent comme des bêtes asservies et stupides. Si cela reflète la vraie pensée de l'époque, inutile d'aller chercher le racisme des colons de l'époque envers les noirs : il y avait visiblement déjà largement autant de condescendance et de sentiment de supériorité entre français blancs eux-mêmes, même entre simples habitants d'une même ville. Concrètement, c'est une bonne BD historique, bien construite et intéressante, à laquelle il manque juste un dessin un peu plus attrayant et coloré pour satisfaire un public plus large.

16/03/2021 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

C’est une histoire qui aurait très bien convenu à Tardi (même si ce dernier privilégie la région parisienne et ne connait donc pas trop Lyon), avec quelques accointances avec son Le Cri du Peuple (traitant lui de la Commune). Christophe Girard a choisis de traiter de manière quasi exhaustive les quelques jours de la révoltes des canuts, ces travailleurs de la soie qui ont fait la richesse de la ville au XIXème siècle. En 1831, ces « ouvriers spécialisés », qui se voyaient comme une aristocratie ouvrière, se sont révoltés contre les maîtres d’ateliers, proto-capitalistes qui leur imposaient des revenus de plus en plus bas. En arrière-plan, les débuts de la monarchie de Juillet, qui vient de remplacer Charles X. Autant Louis XVIII et Charles X, frères de Louis XVI, en tentant de restaurer la monarchie absolue ont montré qu’ils étaient d’un autre siècle, d’un autre temps, autant Louis-Philippe qui leur succède est lui de son temps : un roi bourgeois. La vieille alliance du sabre et du goupillon a été remplacée par celle du pouvoir politique et du pouvoir économique. C’est cela que les canuts n’ont pas compris. Et c’est pourquoi leur révolte, pourtant très « moderne » (elle préfigure les révoltes ouvrières du reste du XIXème siècle, voire certaines problématiques actuelles !), s’appuie hélas sur des présupposés dépassés. Comme on pouvait s’y attendre, la bourgeoisie lyonnaise et l’armée ont mis au pas, de manière sanglante cette révolte. Thiers, futur bourreau de la révolte communarde apparaît d’ailleurs furtivement, jeune politicien à ses débuts. Girard a voulu tout montrer, multipliant les personnages et les recoins de la ville de Lyon. Basé sur un travail de recherche important, son travail est intéressant. Mais je l’ai trouvé un peu dilué, peinant parfois à dynamiser ce triptyque. Et on peine aussi je trouve à s’attacher aux personnages. Son dessin, en Noir et Blanc, est plutôt bon (parfois proche de Daumier, ce qu'il recherchait sans doute). Bref, un sujet intéressant, mais un traitement dont j’attendais sans doute davantage. Cela reste tout de même une lecture que je vous recommande.

29/04/2017 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5
L'avatar du posteur Spooky

La révolte des Canuts... Un évènement dont on parle peu à l'école française, sauf probablement dans la région lyonnaise. Christophe Girard prend donc le parti d'en parler à sa façon, de côté si j'ose dire, avec comme témoin un journaliste parisien qui débarque dans la capitale des Gaules juste avant les évènements. Lesquels sont très bien décryptés, on comprend tout à fait comment et pourquoi ils se déclenchent. Comme l'a souligné Mac Arthur, les personnages sont effacés derrière l'histoire et l'Histoire. Le trait de Girard est très particulier, une sorte de faux réalisme qui n'est pas facile à mettre dans une case, bien qu'on soit dans la bande dessinée... Etonnant, intéressant... A lire...

08/10/2013 (modifier)
L'avatar du posteur Mac Arthur

« Le linceul du vieux monde » est un récit historique qui s’efforce de nous relater la révolte des Canuts survenue à Lyon en 1830. L’œuvre est très bien documentée et son aspect historique m’a profondément intéressé. Tout un chacun pourra comparer la situation de l’époque à la nôtre… et constater que finalement bien peu de choses changent dans notre triste monde (c’est d’ailleurs étonnant de lire que déjà à l’époque la Chine entrait en concurrence avec l’Europe… et disposait des mêmes arguments de vente qu’aujourd’hui : une qualité inférieure, certes, mais surtout un coût moindre). Intéressant également de découvrir les premiers balbutiements des principes mutualistes. Enfin, cette période est un vrai mystère pour le petit Belge que je suis face à la situation politique de la France d’alors. Et cet album, par la grande qualité de sa vulgarisation, m’a permis d’y voir un peu plus clair (exploit qu’aucun de mes professeurs d’histoire n’était parvenu à accomplir). A contrario, j’ai été moins touché par les personnages. Il manque à ce récit une figure centrale qui prendrait le lecteur que je suis par la main pour le mener au cœur du conflit. C'est un choix assumé par Christophe Girard qui décide ainsi de créer un récit chorale, aux centres d'intérêt multiples. Un choix qui se justifie. Malheureusement, jusqu'à présent, l’énumération des faits, l’analyse de la situation et même le sort des personnages ne m’ont pas ému particulièrement. Ne vous attendez cependant pas à n’avoir qu’une énumération de faits et gestes. Le récit est vivant et Christophe Girard n’hésite pas à régulièrement placer dans son récit l’une ou l’autre anecdote, tantôt dramatique, tantôt plus humoristique. Le dessin est agréable à l’œil. Très lisible même si parfois encore un peu imprécis, caricatural dans ses visages, à la recherche d’un rendu fidèle à la réalité pour les décors, il convient très bien au récit. Au final, j’ai vraiment bien aimé cette lecture. Son intérêt se situe prioritairement dans son aspect historique et l’écho que son sujet peut encore avoir à l’heure d’aujourd’hui. Les nombreux personnages présents, s’ils ne sont pas toujours marquants, sont régulièrement touchants dans leur sincérité. Pas mal du tout. Un note qui sera revue à la hausse si l'émotion ressentie allait crescendo dans les tomes suivants. Mais rien que ce premier tome mérite d'être lu par tout qui s'intéresse peu ou prou à la situation économique actuelle. Car c'est un sujet en or que l'auteur nous a dégoté là !

25/12/2012 (modifier)