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Interview de Lou Lubie et Manon Desveaux Interview de Lou Lubie et Manon Desveaux (01/02/2019)
Après avoir raté le rendez-vous à Angoulême, j’ai pu profiter du passage des deux auteures à Strasbourg pour enfin pouvoir les interviewer à propos de la sortie de leur ouvrage commun : La fille dans l’écran. C’est dans un petit bar tranquille des petites rues du centre que les deux auteures ont répondu très sympathiquement à mes questions juste avant de faire une séance de dédicaces.

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Manon Desveaux à gauche, et Lou Lubie à droite Valentin : Bonjour et merci de m’accorder cette interview. J’aurais une question préalable : en cherchant un peu, je n’ai pas trouvé de bande dessinée qui ressemble à La Fille dans l'écran, c’est-à-dire faite à deux mains mais où chaque auteure fait une planche sur deux.
Lou Lubie : On n'a rien trouvé de semblable en tout cas. Je pense que c’est une première.

Valentin : On peut parler de première mondiale alors ! Votre album est un long processus qui est passé par l’intermédiaire du Forum dessiné jusqu’à la création d’une BD. Comment s’est passée la rencontre ?
Manon Desveaux : Effectivement, il y a le forum dessiné que Lou à créé et que j’ai rejoint dès le début. Du coup, ça fait dix ans qu’on dessine ensemble dessus. Avec les modérateurs et les lubiens (NB : utilisateurs du forum dessiné) on a organisé des projets tous les ans, parfois autour de jeux vidéos, parfois des images …

Valentin : Il y a d’autres projets qui ont émergés ?
Lou Lubie : Pas de façon professionnelle, à chaque fois c’était juste pour la communauté, pour le forum. Pour marquer le coup chaque année, nous avions un gros projet collectif mais c’était vraiment plus du loisir. Si tu veux c’est une communauté collaborative et créative sur toutes les formes d’images numériques, et où on se fréquente juste. On est 2500, on se croise, on fait des choses ensemble … C’est la première fois qu’on a décidé d’en faire un livre, mais un livre professionnel.

Accéder à la BD La Fille dans l'écran Valentin : Et c’est probablement pas le dernier, non ?
Lou Lubie : Alors, moi c’est pas mon premier livre. C’est une impulsion que j’ai eue en repassant par le forum. Après, pour la suite, est-ce qu’on repassera par le forum ou pas, c’est une autre question.

Valentin : Quelle formation avez-vous eue ?
Lou Lubie : Moi je suis diplômée en Game Design et Management, donc la conception de jeux vidéos. D’où le fait qu’on ait fait des jeux vidéos à l’origine, c’est le domaine dans lequel je travaillais avant. Et je voulais apporter cette expérience là, parce que beaucoup de gens aiment le jeu vidéo mais ne savent absolument pas quel effort ça demande pour être réalisé. Donc c’était vraiment ce processus de vulgariser, d’expliquer, de rendre abordable à des débutants. Je sais mener un projet, je sais concevoir une création artistique, il se trouve que j’ai décidé de l’appliquer plus à la bande dessinée qu’aux jeux vidéos, mais à la base ça reste mon domaine.

Valentin : C’est par hasard ou par choix que tu es tombée dans la BD ?
Lou Lubie : En fait, quand j’ai commencé mes études, j’ai commencé à publier des livres. Je faisais les deux en parallèle, et à la fin la bande dessinée me semblait plus intéressante parce que je pouvais gérer mes projets en entier, ce qui n’est pas possible dans le jeu vidéo. Parce que ça demande des équipes, de -au minimum- quelques personnes et au maximum des milliers. C’est pas du tout les mêmes formats, et moi j’étais plus sur un format où je pouvais être indépendante et créative, d’où la bande dessinée.

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : Tu as commencé par les livres ?
Lou Lubie : Oui, mon premier livre a été édité lorsque j’avais 18 ans, donc j’ai commencé en même temps les études et la publication.

Manon Desveaux : Moi j’ai commencé par une école d’animation, à Elancourt, que j’ai complétée avec une formation au Danemark dans une très chouette école d’anim. Et c’est à la sortie que Lou m’a cueillie en me disant « j’ai une bonne idée, est-ce que tu veux qu’on essaye ensemble ? », et puis … « Oui, complètement ! ». C’était une très bonne idée, ça me faisait très plaisir de pouvoir travailler avec elle.

Valentin : Je confirme, c’était une très bonne idée. Vous avez trouvé facilement un éditeur ?
Lou Lubie : On a trouvé facilement sur celui-là. On a quand même eu quelques refus, avant. Mais par chance, mon précédent éditeur sur "Goupil ou face" a recommandé ce projet à Marabulle, parce qu’il se disait que ça allait vraiment bien coller avec les thématiques que eux aiment publier. Et comme ils ont ce point d’accroche immédiate, ils ont regardé avec beaucoup d’attention et effectivement trouvé que ça collait avec leurs publications. Donc on a eu une réponse assez rapide de leur part, là où ça peut être beaucoup plus long quand on démarche de façon plus classique.

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : Tu as donc lancé le projet ?
Lou Lubie : Absolument, Manon ne venait pas du tout de ce milieu-là. Moi j’avais une idée de bande dessinée que je voulais faire à deux, de façon ultra-collaborative et synchronisée. Il fallait donc une personne qui puisse tenir ce niveau d’exigence et de collaboration, ce qui n’est pas évident. La plupart des auteurs de bandes dessinées sont très autonomes, et ce processus-là, de bosser à deux, est particulier quand même. C’est du travail en symbiose. C’est pour ça que je suis allée chercher Manon, mais c’est moi qui ai construit le projet à la base.

Valentin : Et c’est là que vous avez eu l’idée de faire une planche par jour ?
Lou Lubie : Le coup d’une planche par jour, c’était pour des questions financières. Il fallait produire vite. Pour tenir les délais il fallait faire une planche par jour, sinon c’était beaucoup trop long. C’est un 192 pages, donc 96 par auteure. Six mois de travail à temps plein, c’est une production rapide. Il faut rajouter le temps de faire le scénario, trouver un éditeur …

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : D’où l’idée de faire cette relation qui utilise notamment le support technologique.
Lou Lubie : Faut voir les choses dans l’autre sens en fait, j’ai eu cette envie de faire une histoire qui parle de relation en ligne entre deux personnes, et je suis allée chercher une personne parmi celle que j'avais l'habitude de fréquenter qui serait en mesure de retranscrire ces sentiments-là, cette réalité-là du numérique. Donc je suis allée chercher Manon parce qu’elle avait ce vécu-là. On ne s’est pas rencontré et on s’est dit « Viens on va le faire », c’était l’inverse en fait. Je suis vraiment allée chercher la bonne personne qui avait le bon bagage, le bon regard, la bonne sensibilité pour que ça fasse écho dans la bande dessinée.

Valentin : D’autant qu’il est plutôt rare de trouver des relations passant par le numérique dans la bande dessinée.
Lou Lubie : C’est vrai que souvent c’est plus un ingrédient de l’histoire, mais ça fait souvent peur comme c’est très nouveau et qu’il y a des dérives qui sont possibles. C’est vrai que plutôt que de montrer le côté positif on va avoir tendance à vouloir baliser. Et c’est pas du tout notre parti pris.

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : Avec en plus l’idée que souvent passer par le numérique c’est tricher avec la réalité.
Lou Lubie : Il y a ça dans l’album, avec cette scène où elles échangent leurs premières photos pour voir à quoi l’autre ressemble. Marley retouche énormément sa photo parce qu’elle veut paraître bien et qu’elle veut être à son avantage.

Manon Desveaux : Coline n'a même pas envie d’envoyer de photo, parce qu’elle est trop embarrassée donc elle finit par faire un dessin mais qui retranscrit une vision qu’elle a d'elle, mais plus personnelle. C’est pas une photo objective, qui te donnerait un aperçu de la personne si je la croisais dans la rue.

Lou Lubie : Pareil, on a tous ce processus de réécriture du mail que fait Coline au début, où elle tape quelque chose, puis s’arrête, puis recommence, et elle change un peu le message même si fondamentalement c’est le même. Au début elle dit « j’ai beaucoup de troubles d’angoisse de ne pas avoir un vrai métier » et en fait elle se rend compte qu’elle se dévalorise trop, et finit par montrer les choses sous un aspect positif. Et ça fait partie du processus d’internet : on n'est pas obligé de le pointer du doigt, de l’accuser, mais de le constater tel qu’il est.

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : D’ailleurs c’est vous qui avez créé les smileys utilisés par Coline ?
Manon Desveaux : C’est un système de smiley existant, qui n'est pas beaucoup utilisé en France, plus au Japon, et qu’on appelle des kaomojis. Ils ont poussé l’art de la ponctuation jusqu’à en faire des smileys super expressifs. Mais c’est beaucoup plus présent dans tout ce qui est japonais, les animes, les mangas …

Lou Lubie : On a vraiment poussé les différences de caractères le plus loin possible entre elles deux et c’est autant les environnements, les compositions des planches, les émojis/kaomojis… C’est autant d’éléments qui permettent au lecteur de bien voir la confrontation entre les deux univers qui se croisent.

Valentin : C’est peut-être pour ça que les cases semblaient plus longues sur les planches de Coline ?
Manon Desveaux : Alors là c’était pas spécifiquement calculé pour, mais c’est possible parce que moi je viens de l’animation, je suis habituée à un format plus allongé, 16:9, fait pour des films quoi. Du coup je visualise souvent plus comme ça, là où Lou a un esprit un peu plus souple. Elle va beaucoup chercher dans la métaphore, dans la mise en page avec des astuces visuelles. Là aussi, ça rajoute un peu de personnalité dans chaque côté parce que on vient avec notre vision chacune pour raconter une histoire d’une façon légèrement différente, mais qu’on a cherché à faire harmonieuse quand même.

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : Votre BD a plutôt bien marché ? J’ai noté plusieurs retours dans les journaux et globalement des bonnes critiques.
Lou Lubie : Ça démarre très très bien, oui.

Manon Desveaux : Les retours sont bons. Au pire, de l’indifférence. Mais globalement l’accueil est très bon. La BD leur a parlé, ça les a touchés … C’est les plus beaux compliments qu’on puisse faire, de susciter des émotions comme ça. Après moi c’est ma première BD, c’est la première fois que je rencontre les gens qui lisent notre travail. Après six mois de travail vraiment que toutes les deux, de savoir ce que les gens en pensent et de voir qu’ils aiment notre travail à ce point-là … C’est très précieux, ça fait du bien, ça donne beaucoup de valeur à ce qu’on fait et je suis ravie.

Lou Lubie : Ce qui fonctionne bien c’est qu’en fonction des lecteurs on n’a pas les mêmes thématiques qui vont parler. Sur une cible très branchée LGBT, c’est l’histoire d’amour entre les deux filles qui va dominer, alors que sur une cible un peu plus geek ça va être les relations sur Internet. Et puis tu vas en avoir d’autres qui vont être plus sensibles au fait qu’elles se cherchent l’une et l’autre, et qu’elles finissent par se trouver, et les très bédéphiles vont être plus intéressés par le format, les deux styles d’écritures et de dessin en parallèle. Ce qui fait qu’en fait les lecteurs vont pouvoir l’apprécier à différents niveaux. Et ça permet à plein de gens de se retrouver dedans alors qu’ils n’ont pas forcément les mêmes centres d’intérêt. C’est assez magique comme résultat.

Une planche de La Fille dans l'écran Manon Desveaux : Ça nous surprend souvent que tel ou tel lecteur ait été saisi par tel ou tel détail qu’on a pu glisser. On parle de plein de choses, des artistes, du rapport à l’image, de l’angoisse ou la phobie scolaire, qui touche aussi même si c’est pas le thème principal. Et juste que ce soit évoqué résonne chez certaines personnes. C’est chouette qu’ils puissent voir plein de choses différentes.

Valentin : Et c’est aussi une histoire d’amour qui finit bien ! C’est pas le plus courant.
Lou Lubie : Surtout entre deux femmes !

Valentin : D’ailleurs bravo pour le fait d’avoir fait une histoire d’amour homosexuelle sans jamais prononcer le mot !
Lou Lubie : Si, une fois, à la fin. Lors du coup de fil de l’amie, c’est dit. Mais c’est la seule fois. C’est pas important à ce stade. C’est une histoire d’amour comme une autre. Nous on voulait vraiment traiter de la rencontre de l’autre. Je pense que les personnages, à ce moment de leurs vies, ne se posent pas la question. Elles se poseront la question peut-être plus tard, parce qu’il y a un certain coming-out à faire, le regard des autres … Du coup je pense qu’il y a un moment où elles vont devoir se poser la question, mais pas pendant ce moment-là. C’est des questionnements qui arrivent bien plus tard dans la relation, quand il y a un regard des autres. Pas juste quand tu rencontres quelqu’un et que tu sens qu’il y a une affinité qui se crée. La question c’est « Est-ce qu’on s’aime ? », pas « Est-ce que je suis lesbienne ? ».

Une planche de La Fille dans l'écran Valentin : En parlant des autres, justement, vous n’en avez pas mis beaucoup. Il y a finalement peu de personnages qui gravitent autour des deux héroïnes.
Manon Desveaux : C’est beaucoup trop tôt, et puis ça se passe sur Internet, donc elles ne se fréquentent pas dans des milieux où il y a d’autres gens. Elles sont exclusivement dans une relation de l’une à l’autre, même le copain de Marlène n'est pas au courant de cette relation qui grandit. C’est n'est vraiment que la relation entre elles deux, c’est exclusif comme format.

Valentin : C’est ta première BD, j’espère que ça ne sera pas ta dernière du coup.
Manon Desveaux : Possible que non, parce que c’est très gratifiant de pouvoir bosser sur une BD à deux en équipe. C’est une échelle très humaine. Ma référence c’est l’animation, où l’on est plus une petite main dans une grande équipe, on est plus technicien. Alors que là on peut parler plus facilement et plus directement aux lecteurs. Et on construit quelque chose de très authentique, de très personnel. Surtout sur ce projet-là, où j’y connaissais rien, ou pas grand-chose, et c’était intimidant de prime abord. Mais c’était très rassurant de pouvoir bosser avec Lou, parce qu’elle me fait confiance et je lui fais confiance aussi. On travaille de façon suffisamment similaire pour que ça ait pu faire de chouettes étincelles. Je suis ravie et j’espère avoir l’occasion de vivre d’autres expériences comme celle-ci par la suite.

Valentin : Et d’autres projets pour le moment ?
Lou Lubie : Pas encore. Tant qu’on n’a pas de projets acceptés par un éditeur, rien n’est jamais sûr !

Valentin : Merci beaucoup pour vos réponses et encore bonne séance de dédicaces !

Interview réalisée le 01/02/2019, par gruizzli.

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