Kid Congo

Note: 3/5
(3/5 pour 5 avis)

Angoulême 1998 : Alph'Art du meilleur scénario. L’odyssée tragique d’un Noir et d’une ancienne prostituée dans le Paris du début du XXe siècle.


1900 - 1913 : Du début du XXe siècle aux prémices de la première guerre mondiale Angoulême : récapitulatif des séries primées Le Colonialisme Maisons closes et prostitution Paris

Début du XXe siècle. Dans une colonie française, maman Rose, une femme de colon, trompe son mari avec le bon Noir Joseph, boy du couple. Un beau jour, pourtant, le mari rentre trop tôt, surprend les amants, et, hors de lui, bat Joseph, trop gentil pour réagir ; maman Rose, elle, essaie de convaincre son mari de ne rien dire à personne, mais, n’y arrivant pas, se résout à le poignarder. Elle laisse ensuite filer Joseph, se griffe la poitrine, et appelle au secours, criant au viol et au meurtre. Les deux amants se retrouveront malgré tout, et embarqueront pour la métropole. Là, ils tâcheront de survivre à petit feu, jouant soit des qualités de Joseph – il est costaud, Noir, grand, et surtout se laisse faire -, soit de celles de maman Rose, ancienne prostituée. C’est le début d’une lente descente aux enfers, pour le couple – descente aux enfers au cours de laquelle le bon Joseph, toujours, fait confiance à maman Rose, et se laisse mener par la main.

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Novembre 1997
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Kid Congo
Les notes (5)
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17/05/2002 | SuperFox
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L'avatar du posteur Noirdésir

Je découvre avec cet album le dessin de Loustal, dont je ne suis pas forcément fan, même s’il possède des qualités et qu’il est original. Cela ressemble à certains peintres naïfs, mais aussi à ce que faisaient Fernand Léger ou les peintres muralistes mexicains (comme Diego Riviera). Pas forcément dynamique, un peu en « à plats », ce dessin est quand même adapté au scénario de Paringaux, qui prend son temps pour nous narrer cette histoire glauque, triste, de la déchéance d’un homme et d’une femme. C’est une sorte de fuite en avant – ou en arrière, d’un homme et d’une femme qui cherchent à échapper à leur destin et qui, comme dans les mythes grecs, ne peuvent s’en affranchir. Racontée essentiellement au style indirect et grâce à des textes commentant l’action en bas des cases (quelques rares dialogues accompagnent ce commentaire), l’histoire de Rose (qui porte mal son nom !) et de Joseph raconte un amour impossible, mais aussi l’impossible communication entre des individus. Simple boy à tout faire dans une colonie française, Joseph se retrouve en France, avec un statut bancal : sa couleur de peau et sa difficulté à communiquer avec des Blancs – bref, ses différences, en font tantôt un bibelot exotique, admiré pour ses muscles et son côté bonhomme (le stéréotype du tirailleur Banania, contemporain de l’histoire, n’est pas loin), tantôt une chose à rejeter, y compris jusqu’aux tranchées de la Grande guerre où le « nègre » trouvait là un statut de citoyen, et même de première ligne, à défaut d’être de première classe (l’histoire se déroule dans les années 1910). Les deux personnages principaux n’avaient pas des rêves énormes, mais ils n’étaient pourtant pas à leur portée. C’est noir et ne respire pas l’optimisme. Une histoire tragique à découvrir.

10/04/2015 (modifier)
Par Erik
Note: 3/5
L'avatar du posteur Erik

J'ai été très touché par le drame de ce couple et son long cheminement vers la déchéance. C'est vrai que ce type de dessin au trait simpliste ainsi que le mode narratif un peu pesant ne m'ont guère enthousiasmé. Cependant, il se dégage de cette histoire d'amour tragique beaucoup de pudeur et de sensibilité. On comprend parfaitement la détermination de Joseph et on partage ses peines avec beaucoup d'intérêt. C'est un homme bon et simple qui ne juge pas ses semblables en les diminuant. Un exemple de comportement que beaucoup devrait suivre! Cet album, c'est un peu un drame social qui évoque subtilement le racisme et l'horreur de la première guerre mondiale où des "indigènes" ont été muté de force puis mutilé comme de vulgaire bête. Le climat est évidement très sombre... peut-être trop sombre.

08/12/2007 (MAJ le 08/12/2007) (modifier)

Kid Congo est une BD qui à l'image d'un de ses personnages, s'est elle-même flinguée le pied. Même si le postulat de base est plutôt intéressant, le tout est tellement mou que l'on a tendance à s'ennuyer pendant la lecture. Pour moi le sujet est traité de façon trop sage... dommage. Le personnage principal "Kid Congo" est une pauvre caricature, le gentil Joseph servira d'objet de divertissements divers et variés tout au long de l'album, il le fera par amour pour sa "maîtresse". Sa maîtresse est un personnage qui m'a paru très peu crédible (la somme de quelques clichés). Bref leur parcours va bien sûr être jalonné de drames et leur enfoncement dans la misère sociale va aller crescendo. Quand cela titille un peu trop la corde sensible, ça commence à me lasser pour finir par me désintéresser... Le point fort c'est le dessin, des traits "gras" et des couleurs bien choisies, même si le tout est un peu figé cela reste agréable à regarder. Au final, une BD qui ne m'a ni touché, ni marqué et que logiquement je vais très vite oublier. Dispensable.

18/04/2005 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
L'avatar du posteur Ro

Eh bien moi, je n'ai pas aimé cet album. Je reconnais que l'histoire est originale et peut être touchante, mais... Mais déjà je n'aime pas le dessin. Je ne sais pas comment on peut qualifier ce style qu'a Loustal, mais ce que je sais c'est que je n'aime pas lire une BD dessinée ainsi. Ensuite l'histoire... Je n'ai pas accroché aux personnages. Entre ce gentil noir, trop bon trop con (une belle caricature du bon sauvage, d'une certaine manière) et la femme mûre désabusée... Alors quand on aime ni l'un ni l'autre, on a du mal à apprécier cette sorte d'histoire d'amour particulière entre les deux. Et puis tout le reste de l'histoire m'est apparu sordide et noir. Tout ça pour arriver à un final qui m'a laissé froid... Donc autant d'un côté, je reconnais l'originalité du scénario, la reflexion et la qualité du travail de l'auteur, autant la BD qui en est le résultat ne m'a pas plu et je n'en ai tiré aucun plaisir ni interêt à la lecture.

15/03/2004 (modifier)
Par SuperFox
Note: 5/5

Une BD formidable, très touchante, très bien construite : plus que le devenir du couple, la narration s’intéresse à l’évolution de Joseph qui, malgré toutes les crasses qu’on lui fait, malgré tout ce qu’il subit, malgré tous ceux qui tentent de faire de ce parangon de gentillesse naïve un videur, un boxeur, voire un soldat, conserve son calme et sa fraîcheur enfantins. Résistance inébranlable de l’homme foncièrement bon qui encaisse, encaisse, encaisse, et ne change pas son fond d’une ligne – un sujet que n’eût pas renié Rousseau… Cette BD, c’est l’histoire d’un grand enfant bourré de qualités humaines, au pays des adultes cyniques et calculateurs, sans égards pour leur prochain, aveuglés qu’ils sont par leurs intérêts. Cette BD, c’est un hymne à la confiance aveugle, admirable de naïveté que manifeste Joseph. Le dessin, c’est du Loustal, on aime ou on n’aime pas ; la narration, elle, a ceci de particulier qu’elle s’appuie beaucoup sur le texte, évitant quasi complètement l’usage des bulles pour leur préférer celui des récitatifs. Cela donne un ton détaché qui fait encore davantage ressortir le décalage ressenti par Joseph, pauvre gars qui n’avait vraiment, vraiment rien à faire dans ce monde de brutes. La fin est, à ce titre, exemplaire de touchante cruauté.

17/05/2002 (modifier)