Nanterre avant l'orage

Note: 4/5
(4/5 pour 1 avis)

Nanterre, quartier Pablo-Picasso. Le 27 juin 2023, le meurtre de Nahel, 17 ans, frappe une cité déjà marquée par l’injustice et l’oubli.


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Les flammes, les révoltes et la sidération médiatique font soudain exister un lieu et ses habitants, mais seulement au travers du prisme de la violence. Pourtant, les habitants du quartier sont d’abord des personnes, avec leur histoire, leurs rêves, leur solidarité. Comment en est-on arrivé là ? Témoin de l’intérieur, Feurat Alani révèle des visages, des voix, loin des clichés, avec un regard juste et frappant.

Scénario
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 28 Mai 2026
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Nanterre avant l'orage © Steinkis 2026
Les notes
Note: 4/5
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08/07/2026 | Blue boy
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Par Blue boy
Note: 4/5
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A l’heure où montent les intolérances, où le racisme s’exprime de manière de plus en plus décomplexée, il est bon de voir publié ce type d’ouvrage. Le co-auteur Feurat Alani a eu un parcours exemplaire. Lui qui a grandi dans ces célèbres tours « Pablo-Picasso » de Nanterre, est parvenu à s’extirper de cette cité dont la réputation s’est dangereusement dégradée au fil des crises successives depuis les années 70, comme beaucoup d’autres en France, alors qu’à l’époque elles symbolisaient pour beaucoup les contours d’un futur idyllique. Feurat Alani, accompagné d’Ulysse Gry au dessin, se sont livrés à un vrai travail de journalistes de terrain , dans un tout autre style que leurs consœurs et confrères qui eux se contentent de produire pour les grands médias des micros-trottoirs dans des quartiers tranquilles, leurs missions les plus risquées étant de se rendre dans les zones inondées ou ravagées par les feux de forêt... Car ici, à Nanterre, c’est un incendie d’une toute autre nature qui s’est propagé dans les banlieues de France et de Navarre, après la mort du jeune Nahel abattu froidement par un policier lors d'un contrôle alors qu’il conduisait une voiture sans permis. C’est la révolte d’une jeunesse qui s’est exprimée, une jeunesse souvent issue de l’immigration par leurs parents ou grands-parents, une jeunesse qui a manqué le fameux ascenseur social. On appréciera la démarche de Feurat Alani, qui nous aide à comprendre que ces jeunes ne correspondent pas à l’image qu’on essaie de donner d’eux, que les choses ne sont pas si simples et ne se résument pas aux slogans racistes et caricaturaux des partis xénophobes. Ce reportage en immersion nous donne à voir un autre visage de cette banlieue vilipendée par les opportunistes de la politique, cette banlieue que les JT évoquent seulement pour susciter le peur et favoriser l’audimat. Des lieux qui, malgré leur laideur, ont su conserver des valeurs d’entraide et de solidarité permettant à chacun de survivre, où même les clochards ont droit à un regard bienveillant et retrouvent un peu de la dignité qui leur est refusée dans les beaux quartiers. Et on est reconnaissant à Feurat de nous avoir montré cette facette beaucoup moins effrayante que l’image souvent véhiculée à travers les médias « officiels », une perspective différente qui tente de restituer la réalité sans l’enjoliver ni l’accentuer, mais qui donne un peu d’espoir dans un monde de plus en plus déshumanisé par une technologie envahissante et atomisante, voulant que chacun reste chez soi à passer des heures à pianoter sur son clavier. Un miroir qui pourrait bien changer notre regard et nous pousser à une remise en cause. Car dans ces banlieues, il se passe beaucoup de choses, et les gens ont l’air bien vivant, sans doute plus qu'ailleurs. Le trait d’Ulysse Gry est simple et stylisé, mais surtout il respire l’authenticité. On sent une recherche élaborée dans la mise en page et c’est une belle poésie qu’il nous offre à plusieurs reprises. La page 19 représentant les fameuses tours « Pablo-Picasso » sous la lune est tout à fait remarquable. Ces tours semblent vivantes sous le crayon de Gry, évoquant les célèbres moais de l’île de Pâques. Cette patte poétique semble transcender le délabrement et la violence visuelle des lieux, bref, elle contribue à apaiser la cité pour permettre d'entrevoir l’espoir. Cette BD est à découvrir absolument, parce qu’elle fait office de porte-voix à des populations qu’on n'entend guère habituellement, des populations souvent anonymisées, déshumanisées, et par ricochet stigmatisées, par les forts qui aiment à s’en prendre aux plus fragiles en leur donnant à des fins opportunistes le rôle de bouc émissaires pour tous les problèmes socio-économiques. Feurat Alani, « l’enfant du pays », l’a fait à sa façon, modestement, mais le message est bien passé. Parce que cette BD parle aussi de transmission entre les générations, l’essentiel étant ne pas oublier qu’il y a encore une cinquantaine d’années, à Nanterre, à la place de ces tours aujourd’hui si mal en point, se trouvait le plus grand bidonville de l'Hexagone, où s’entassaient ces immigrés qui ont construit la France d’après-guerre. La République finira bien par comprendre un jour, on l'espère, que les pratiques coloniales, qui se sont perpétuées dans les banlieues jusqu'à aujourd'hui, doivent prendre fin et qu'il faut changer d'ère.

08/07/2026 (modifier)