L'Île des riches
Quand le paradis des milliardaires se transforme en piège, la satire sociale de Christin et Titwane frappe là où ça fait mal.
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Une île paradisiaque au milieu du Pacifique, plantée de rares et somptueuses villas d'architectes... C'est là que Sinclair est envoyé par son richissime patron pour négocier un achat. La mission devait donc se résumer à une visite des lieux, et quelques conversations avec les (plus ou moins sympathiques) îliens. Sauf que même les ultra-riches ne sont pas à l'abri des convulsions de mère Nature, et un ouragan est annoncé !
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| Date de parution | 12 Juin 2026 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Dargaud publie un album à titre posthume scénarisé par un grand monsieur de la BD, Pierre Christin, décédé il y a deux ans, et dessiné par Titwane. Le récit était resté dans les tiroirs, Christin ayant plus ou moins renoncé à la publier en raison de ses problèmes de santé. Mais c’était sans compter sur Titwane, qui a pu bénéficier de ses conseils jusqu’au bout, et de l’appui de François Le Bescond, directeur éditorial chez Dargaud. « L’Île des riches » évoque un sujet qui reste plus que jamais d’actualité, à l’heure où le capitalisme continue à maintenir ses serres sur le monde entier, indifférent aux ravages environnementaux et sociétaux qu’il contribue à produire et auxquels nous sommes désormais témoins, entre les canicules à répétition, la montée des eaux, la pollution des sols et des océans, la liste est longue… Ces ultra-riches, dont Elon Musk peut se revendiquer chef de bande, ne représentent que 1? la population planétaire et consomment à eux seuls 50 ?s ressources. De même, ces îles « paradisiaques » achetées à des Etats en manque de fonds pour une bouchée de pain, ont de moins en moins bonne presse, ne serait-ce qu’avec l’affaire Epstein, ce milliardaire décédé en prison (dans des circonstances troubles) et qui avait fait de son île un lupanar géant pour VIP pédophiles, où il conviait tout le Who’s Who mondial. Rappelons qu’à ce jour, l’affaire est toujours en cours mais qu’en France, où Epstein possédait un hôtel particulier dans la capitale, la justice n’a toujours pas été saisie… Avec cette « Île des riches », les auteurs dressent un portrait au vitriol de cette caste de nouveaux milliardaires de la tech. Totalement indifférents au sort du monde, ils se la coulent douce dans leurs villas luxueuses et se baffrent au bord des piscines, grâce aux cargos venus du monde entier pour ravitailler l’île des meilleures viandes et poissons, des meilleurs vins… Comme le constate Sinclair, mandaté par son patron pour une visite de reconnaissance, les invités ne risquent pas de mourir de faim, ni de soif… Mais dans leur bulle idyllique, sont-ils pour autant à l’abri des réalités imposées par Dame Nature, comme ce tremblement de terre qui vient de se produire au fond de l’océan et risque de déclencher un tsunami ? Tic-tac, tic-tac, le compte à rebours vient de commencer, Le scénario est bien mené, jusqu’à la scène de panique finale, où l’on éprouve une certaine jubilation à voir ces personnages se croyant au dessus de la mêlée se retrouver entassés et prêts à s’écharper, dans des bateaux de fortune dépourvus du confort auquel ils sont habitués. Titwane livre un dessin semi-réaliste plutôt classique, avec une bonne maîtrise du mouvement et du cadrage. Les visages sont expressifs, au bord de la caricature, ce qui convient bien pour ce type d’engeance dont la fortune n’a pas suffit pour acquérir la noblesse d’âme… Pour les pleines pages montrant la toute puissance de l’océan, l’auteur a recouru à une aquarelle vivifiante, contrastant avec les bouffonneries grotesques des humains à l’esprit étriqué… Sans atteindre le niveau de ses premières œuvres, dont la plus connue reste « Les Phalanges de l’ordre noir » , le scénario, bien que prévisible, reste de bonne tenue. De plus, à la lumière du contexte politico-économique actuel, ce récit prend une dimension tout à fait pertinente. Et même si un tsunami reste un phénomène tout à fait naturel, la montée des eaux provoquée par la fonte des glaciers porte indéniablement la marque de l’Homme et du système capitaliste mortifère qui n’en finit pas de ravager notre environnement et nos consciences.
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