Les Marchés
Dystopie sur la crainte de perdre ses droits sociaux, dans une société post moderne excluant les précaires.
Les petits éditeurs indépendants
Michaël enchaîne les petits boulots absurdes. Sonia, son amoureuse, ne parvient pas à s'insérer dans le monde du travail, passant ses journées dans leur petit deux-pièces, qu'ils ont transformé en espace de coworking pour arrondir leurs fins de mois. La précarité dans laquelle ils s'enfoncent fragilise peu à peu leur relation.
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Genre
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| Date de parution | 01 Avril 2026 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Étrange album, sur lequel j’ai du mal à revenir pour l’aviser. Ma remarque est valable pour le dessin, la colorisation, comme pour le scénario. Car, en effet, tous s’écartent des canons habituels. Les couleurs sont tapantes, tranchées, refusent le réalisme, et le dessin (pas forcément mon truc à la base) est lui aussi étrange, loin du franco-belge classique. Mais au final ça passe bien. Quant au scénario, il prend le temps d’installer une ambiance, autour de quelques personnages. Peu à peu – c’est en tout cas comme ça qu’on peut ou doit le voir, se dessine une critique de notre société. Les « oracles », vieux bonhommes murmurant des borborygmes, qu’une « pythie » moderne (sorte de working girl tout droit issue des grandes écoles et de la haute société « interprète » pour renforcer une doxa froide et intangible, celle du libéralisme, de l’exploitation des masses au profit des nantis – dont elle fait partie. Voilà le triste tableau qui prend corps sur la fin, alors qu’on suit un couple se débattant dans la mouise (madame ayant des difficultés à sortir de son lit, procrastinant, quasi archétype du chômeur stigmatisé par médias et groupes dominant). Disons que le message qui sourd de ce récit n’est pas pour me déplaire. Mais la lecture s’est révélée moins captivante. Une seconde lecture infirmera peut-être ce ressenti mitigé. En tout cas je salue l’originalité des auteurs, qui ont fait des choix – esthétiques et narratifs – sortant des sentiers battus, pour traiter de l’insécurité sociale (voir la famille obligée de sous louer une partie de son petit domicile à des touristes américains), celle qui est occultée – allez savoir pourquoi – au profit d’un sentiment d’insécurité plus flous servant à détourner l’attention. Note réelle 2,5/5.
Le projet est inattaquable : via une dystopie, interroger nos sociétés de moins en moins sociales-démocrates attaquant les droits sociaux pour en réduire drastiquement la voilure, jusqu'à remettre en cause l'équilibre originel, mais aussi son principe. La dystopie est ici sournoisement ironique, l'on navigue davantage du côté de Brazil que de 1984. L'absurdité du travail est moquée jusqu'à l'excès, mais avec une retenue poétique charmante, permettant à l'intrigue de développer sa mélancolie désabusée. Malheureusement, cette ligne de crête ne tient pas, et l'ajout d'un propos sur la religion est moins acerbe que ridicule. Il en va de même des peu compréhensibles relations amoureuses ou pire, de ce regard idéologiquement contre-productif sur la "fatigue de la jeune femme assistée". Par ailleurs, la tournure de l'intrigue, développant une comédie SF d'espionnage, lasse peu à peu. L'humour perd en noirceur et finit par s'autoalimenter vainement. La faute également à des illustrations donnant trop modérément le change. Un récit imparfait, ne trouvant pas son rythme, sur un sujet important et maladroitement traité, y compris idéologiquement. Une grosse déception.
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