Saigneurs

Note: 3.25/5
(3.25/5 pour 4 avis)

En Transylvanie, pays de vampires, trois colocs humains luttent entre morsures, militantisme et secrets amoureux.


La BD au féminin Vampires Young Adult

Dans une société dominée par les vampires, Anghel, un jeune humain, est mordu dans la rue. Tandis qu'il lutte contre sa transformation en goule, sa coloc Maggy devient militante pour les droits des humains. Impossible alors pour Iulia, leur troisième amie, d'avouer qu'elle est amoureuse d'une vampire ! Une BD accessible dès 14 ans pour aborder les violences sexistes et sexuelles.

Scénario
Dessin
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 05 Mars 2026
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Saigneurs © Delcourt 2026
Les notes
Note: 3.25/5
(3.25/5 pour 4 avis)
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24/02/2026 | PAco
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Par Brodeck
Note: 3/5

Dans " Saigneurs ", Lou Lubie utilise la métaphore du vampire pour dénoncer les prédateurs sexuels et souligner les mécanismes de l'emprise. Si la BD atteint son objectif en jouant notamment sur l'inversion des rôles, en montrant combien la société entière peine à ouvrir les yeux (que ce soit au sein de la cellule familiale ou au plus haut sommet de l'état, cela reste compliqué par exemple de remettre en question des icônes), l'album entier est très démonstratif. La lecture reste plutôt plaisante, mais rien de bien marquant pour ma part. Contrairement à Racines que j'avais apprécié pour son dynamisme, sa pertinence et son humour et à Eurydice pour sa réécriture subtile et maline, ce dernier album me paraît plus anecdotique. Le didactisme prend le pas cette fois-ci sur le plaisir de la lecture avec certaines scènes simplement tirées de la réalité (malheureusement) à peine retouchées à la sauce vampire. Le dessin est efficace, mais me paraît là aussi moins abouti que dans les productions précédentes.

19/05/2026 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5
L'avatar du posteur Ju

Chouette, une nouvelle bd de Lou Lubie. Je suis un lecteur attentif de l'autrice, à défaut d'être assidu. Je me rends compte à la lecture de sa fiche sur bdtheque que je n'ai pas du tout lu ses dernières sorties. Je me rattrape en lisant la dernière, Saigneurs. Et ben c'est un bien bon cru en ce qui me concerne. On suit donc trois protagonistes : Maggy, la principale, Iulia et Anghel. Ils vivent en Transylvanie, dans un monde où vampires et humains cohabitent, en apparente égalité. Le récit suit le cheminement de Maggy, puis de ses deux amis, dans une quête d'égalité avec les vampires qui reste très théorique. Je le répète comme les autres avis, l'autrice utilise ici les vampires pour dénoncer les inégalités hommes/femmes dans la société réelle. Elle joue assez intelligemment sur cette comparaison, et l'on trouve énorme et ridicule cette société ou les vampires peuvent mordre en toute impunité et sont ultra avantagés. Or, c'est un fait, nous vivons dans une société ou les hommes sont ultra avantagés par rapport aux femmes, ou de très nombreuses violences sexuelles sont non condamnées, etc. Pour le coup je trouve que le parallèle est assez visible, avec notamment les collages des militants humanistes, qui sont les mêmes que les collages dénonçant les féminicides ; les affaires d'agression dans le cinéma, qui rappellent le mouvement metoo ; le discours de l'empereur qui est un copier coller de ce que Macron avait dit sur Depardieu ; les violences au sein du couple, et j'en passe. De prime abord, j'aurais pu croire à un parallèle sur les inégalités raciales (plein de choses auraient pu coller et c'est la aussi un sujet loin d'être réglé), mais au final les parallèles se font beaucoup moins. On est vraiment sur un ouvrage qui veut sensibiliser aux inégalités basées sur le genre. Ça marche bien je trouve. Personne ne peut dire que les vampires sont les gentils de l'histoire et qu'ils sont dans leur droit. Et du coup quand on ramène au débat homme/femme, avec les mêmes chiffres et les mêmes types de violence et d'inégalité, ça devient intéressant pour les réticents a admettre ces inégalités. Un autre truc que je trouve malin, c'est que Lubie fait exprès de gommer l'aspect genré (les inégalités hommes femmes n'existent pas), mais les protagonistes les plus intéressantes sont quand même des femmes. Maggy est badass, Iulia est un très bon personnage, fort et fragile a la fois, et Anghel, le héros homme, est sensible et victime des vampires. Alors en effet, le récit est peut être un peu facile, il n'invente rien et a des airs d'album jeunesse, dans sa narration, dans ses personnages, voire même dans son graphisme. Mais il y a plein de références qui seront surtout compréhensibles par les adultes, et à mon sens il s'adresse aux deux assez facilement. J'ai personnellement bien aimé, ma copine aussi, et je suis à peu près sûr que mes neveux et nièces qui ont 11 /13 ans pourraient aussi y trouver leur compte. Niveau dessin, si on retrouve le trait de Lubie, je trouve un aspect un peu plus lisse, plus jeunesse que d'habitude. Elle fait partie des autrices dont je reconnais le trait en un coup d'oeil, et là c'est un peu moins le cas. Mais ça reste graphiquement très efficace, et agréable à lire. J'ai bien aimé les couleurs utilisées et les tenues Transylvaniennes, on sent qu'elle s'est fait plaisir sur ça, stylé comme look. Bref, un album qui se lit bien, et pour petits et grands.

16/05/2026 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Avec cet ouvrage plutôt ciblé jeunesse mais qui pourra aussi toucher les adultes, Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix divergentes tout en les plaçant face à leurs contradictions. Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision. On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes. La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu une mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention. Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs, presque exclusivement des hommes (96 %), sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an, dont 85 % sont des femmes ?

15/03/2026 (modifier)
Par PAco
Note: 2/5
L'avatar du posteur PAco

Tiens, le dernier Lou Lubie ! Cool :) Plutôt fan de ses réalisations depuis que j'ai découvert son travail, j'avoue que cette fois-ci c'est la grosse déception... Avec "Saigneurs", Lou Lubie nous transporte dans une Transylvanie fantasmée où les vampires prédominent mais cohabitent avec les humains. Anghel, Maggy et Iulia sont trois ami.e.s qui habitent en coloc' et sont confronté.e.s à différents soucis personnels. Anghel s'est fait mordre par un vampire et se transforme petit à petit en goule, Maggy se fait virer de sa boîte gérée par des vampires et se met à militer pour les droits humains, et Iulia n'ose avouer à ses amis qu'elle sort avec une vampire... Ça pourrait faire sourire par ce petit côté série TV, mais Lou Lubie cherche à dénoncer à travers ses paraboles les violences sexistes et sexuelles... Sauf que pour ma part ça n'a pas du tout fonctionné. Je n'avais pas lu les résumés et pitchs de présentation de l'album, et pour le coup, je me suis ennuyé très rapidement. Ce qu'elle veut dénoncer ne m'est apparu que tardivement, noyé sous une masse de dénonciations qui desservent son propos. Les références sont souvent ou trop diluées (cf. sa page d'explication des références en fin d'album) ou trop lourdes (les pubs à destinations des vampires dans les décors par exemple), et au bout d'un moment je ne savais plus ce qu'elle cherchait à dénoncer. Il aura fallu sa page de chiffres en lien avec son sujet en fin d'album pour comprendre son propos. Dommage, c'est trop tard et la lecture de l'album a été fastidieuse. Côté dessin on reste sur son trait minimaliste efficace ajusté à une colorisation rouge et noire (vampire oblige) qui ne m'a pas emballé plus que ça ; je l'ai trouvée plus efficace et lumineuse dans Racines par exemple. Bref, une belle déception.

24/02/2026 (modifier)