Saigneurs
En Transylvanie, pays de vampires, trois colocs humains luttent entre morsures, militantisme et secrets amoureux.
La BD au féminin Vampires Young Adult
Dans une société dominée par les vampires, Anghel, un jeune humain, est mordu dans la rue. Tandis qu'il lutte contre sa transformation en goule, sa coloc Maggy devient militante pour les droits des humains. Impossible alors pour Iulia, leur troisième amie, d'avouer qu'elle est amoureuse d'une vampire ! Une BD accessible dès 14 ans pour aborder les violences sexistes et sexuelles.
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| Date de parution | 05 Mars 2026 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Aujourd'hui, c'est bien connu, les humains et les vampires sont égaux. Les temps de l'oppression et de la domination vampirique sont révolus et tout se porte pour le mieux. Enfin, ça, c'est le discours officiel, car comme toujours, quand on se contente d'avancées de façade sans remise en question des problèmes systémiques, rien ne change véritablement. Ici, on comprend très vite, l'histoire est une allégorie du sexisme au sein de notre société. Le sexisme et les violences qui l'accompagnent, dans toute leur terrifiante banalité, en mettant bien en lumière le caractère bien huilé de la machine sociale programmée pour écraser toute forme de remise en question des problèmes. Effacement des victimes, omniprésence du point de vue dominant dans les représentations médiatiques, politiques et culturelles, empowerement de façade, … bref, on cherche à mettre en avant un maximum de rouages qui constituent cette machine infernale. L’œuvre est bonne, intéressante, et le dessin de Lou Lubie toujours bien travaillé (même si il m'a ici un peu moins charmé que sur ses précédentes œuvres). Et pourtant, malgré ces qualités, vous voyez bien que je n'ai pas pu aller au delà de la moyenne contrairement à d'autres aviseur-euse-s. La raison va sans doute paraître bizarre, en tout cas j'ai du mal à la formuler (j'ai surtout peur d'être mal interprétée), mais je vais essayer de vous transmettre l'idée. Je connais le sujet présenté, la cause défendue, je connais les statistiques transposées ici et je ne peux qu'apprécier la mise en avant de chacun de ces problèmes que beaucoup continuent d'ignorer simplement par conditionnement et habitude, et pourtant le tout m'a semblé… creux ? Je sais que ça ressemble fortement au début d'un discours type "rolala faut pas mettre tout le monde dans le même panier" ou "rolala mais on le sait déjà tout ça, il faut arrêter de jouer les alarmistes", mais non, j'insiste sur le fait que je suis 100% derrière le message défendu dans cet album, je ne me plaindrais jamais de voir la moindre mise en avant du caractère nauséabond de certains discours visant à maintenir le statu quo coûte que coûte. Sauf que voilà, ce n'est pas le fond que je remets en question. Je connais ce sujet, je traine déjà dans les milieux où ce genre de discours est connu et donc forcément que j'allais finir par lire cet album, mais est-ce que les gens qui en auraient besoin, celleux qui auraient le plus besoin d'être mis-es face à cet exemple "fantastique" pour enfin ouvrir les yeux face aux problèmes de notre monde bien réel, ces personnes vont-elles aller vers cet album et surtout vont elles réussir à passer outre l'aspect militant. Car c'est justement en diabolisant cette dimension militante que les défenseur-euse-s des oppressions continuent de faire fermer les yeux au plus grand nombre, et l'idée de transposer tout ça dans un monde différent mais dont les problématiques font parfaitement écho au nôtre m'avait semblé être une idée si bien trouvée, permettant de mettre en avant quasi-explicitement les problèmes sans pour autant l'annoncer par avance et surprendre les gens et ainsi toucher un public bien plus large. Mais ici rien de ça, la narration m'a semblé trop froide, mécanique, impersonnelle, et du coup je ne pense pas que les personnes qui auraient le plus besoin d'ouvrir les yeux et de changer leurs comportements et leur façon de voir le monde soient réceptives à l’œuvre. En fait, le voilà mon problème avec ce genre de créations qui cherchent à mettre en avant un propos via une histoire mais qui finissent par en fait saboter l'histoire pour la mise en avant du discours : y avait-il besoin d'en faire une fiction ? Si le but recherché est de développer des idées en profondeur, d'étayer un propos, rien de tel qu'un discours ou un manuscrit pur et dur, pas besoin d'enrober le tout dans une fiction (ou alors simplement pour faire des exemples). Mais si l'on décide de créer une histoire autour d'une problématique, parce que la mise en avant de cette dernière nous tient à cœur et que l'on souhaite la faire incarner, l'humaniser pour faire constater tout ce qui l'entoure, l'idée n'est pas mauvaise pour autant. C'est même au contraire un outil puissant, permettant de cristalliser un discours et des problématiques dans la culture populaire, dans l'inconscient collectif même. Une histoire prenante abordant des sujets durs qui nous tiennent à cœur c'est un terreau fertile et un outil puissant, mais pour cela il ne faut pas oublier l'importance de ladite histoire et de sa qualité pour faire porter le fond. Ici, malheureusement, je n'ai pas vraiment senti que les personnages étaient vivants, concrets, réels, leur vécu et leurs drames m'ont parus si éloignés. C'est d'autant plus rageant quand le sujet me parait comme ici si important et que l'imager par une histoire, (d'autant plus une histoire fantastique) aurait pu, si mieux narré, servir de parabole très bien trouvée. Alors est-ce que cet album a pour vocation de convaincre le plus grand nombre ou bien de réaffirmer des acquis auprès des personnes déjà concernées, proches de concernées et/ou qui ont déjà effectué un travail de réflexion pour enfin réaliser toute l'immensité du problème et ses ramifications ? Cherche-t-il à raconter une histoire et cristalliser une problématique en la faisant s'incarner, ou bien cherche-t-il à raconter une thèse ? Chacun de ses projets est intéressant, pourrait promettre un résultat de qualité, et pourtant, ici, l'album me parait avoir le cul entre deux chaises. Encore une fois, l'album n'est pas non plus mauvais, il me laisse simplement un arrière goût de trop peu, de trop éparpillé, de pas assez clair quant à son but. J'espère sincèrement que mon détachement face à l'histoire trop portée sur les statistiques et pas assez sur les personnages et leur vécu à mon goût n'est pas dû à un rejet arbitraire de ma part.
Dans " Saigneurs ", Lou Lubie utilise la métaphore du vampire pour dénoncer les prédateurs sexuels et souligner les mécanismes de l'emprise. Si la BD atteint son objectif en jouant notamment sur l'inversion des rôles, en montrant combien la société entière peine à ouvrir les yeux (que ce soit au sein de la cellule familiale ou au plus haut sommet de l'état, cela reste compliqué par exemple de remettre en question des icônes), l'album entier est très démonstratif. La lecture reste plutôt plaisante, mais rien de bien marquant pour ma part. Contrairement à Racines que j'avais apprécié pour son dynamisme, sa pertinence et son humour et à Eurydice pour sa réécriture subtile et maline, ce dernier album me paraît plus anecdotique. Le didactisme prend le pas cette fois-ci sur le plaisir de la lecture avec certaines scènes simplement tirées de la réalité (malheureusement) à peine retouchées à la sauce vampire. Le dessin est efficace, mais me paraît là aussi moins abouti que dans les productions précédentes.
Chouette, une nouvelle bd de Lou Lubie. Je suis un lecteur attentif de l'autrice, à défaut d'être assidu. Je me rends compte à la lecture de sa fiche sur bdtheque que je n'ai pas du tout lu ses dernières sorties. Je me rattrape en lisant la dernière, Saigneurs. Et ben c'est un bien bon cru en ce qui me concerne. On suit donc trois protagonistes : Maggy, la principale, Iulia et Anghel. Ils vivent en Transylvanie, dans un monde où vampires et humains cohabitent, en apparente égalité. Le récit suit le cheminement de Maggy, puis de ses deux amis, dans une quête d'égalité avec les vampires qui reste très théorique. Je le répète comme les autres avis, l'autrice utilise ici les vampires pour dénoncer les inégalités hommes/femmes dans la société réelle. Elle joue assez intelligemment sur cette comparaison, et l'on trouve énorme et ridicule cette société ou les vampires peuvent mordre en toute impunité et sont ultra avantagés. Or, c'est un fait, nous vivons dans une société ou les hommes sont ultra avantagés par rapport aux femmes, ou de très nombreuses violences sexuelles sont non condamnées, etc. Pour le coup je trouve que le parallèle est assez visible, avec notamment les collages des militants humanistes, qui sont les mêmes que les collages dénonçant les féminicides ; les affaires d'agression dans le cinéma, qui rappellent le mouvement metoo ; le discours de l'empereur qui est un copier coller de ce que Macron avait dit sur Depardieu ; les violences au sein du couple, et j'en passe. De prime abord, j'aurais pu croire à un parallèle sur les inégalités raciales (plein de choses auraient pu coller et c'est la aussi un sujet loin d'être réglé), mais au final les parallèles se font beaucoup moins. On est vraiment sur un ouvrage qui veut sensibiliser aux inégalités basées sur le genre. Ça marche bien je trouve. Personne ne peut dire que les vampires sont les gentils de l'histoire et qu'ils sont dans leur droit. Et du coup quand on ramène au débat homme/femme, avec les mêmes chiffres et les mêmes types de violence et d'inégalité, ça devient intéressant pour les réticents a admettre ces inégalités. Un autre truc que je trouve malin, c'est que Lubie fait exprès de gommer l'aspect genré (les inégalités hommes femmes n'existent pas), mais les protagonistes les plus intéressantes sont quand même des femmes. Maggy est badass, Iulia est un très bon personnage, fort et fragile a la fois, et Anghel, le héros homme, est sensible et victime des vampires. Alors en effet, le récit est peut être un peu facile, il n'invente rien et a des airs d'album jeunesse, dans sa narration, dans ses personnages, voire même dans son graphisme. Mais il y a plein de références qui seront surtout compréhensibles par les adultes, et à mon sens il s'adresse aux deux assez facilement. J'ai personnellement bien aimé, ma copine aussi, et je suis à peu près sûr que mes neveux et nièces qui ont 11 /13 ans pourraient aussi y trouver leur compte. Niveau dessin, si on retrouve le trait de Lubie, je trouve un aspect un peu plus lisse, plus jeunesse que d'habitude. Elle fait partie des autrices dont je reconnais le trait en un coup d'oeil, et là c'est un peu moins le cas. Mais ça reste graphiquement très efficace, et agréable à lire. J'ai bien aimé les couleurs utilisées et les tenues Transylvaniennes, on sent qu'elle s'est fait plaisir sur ça, stylé comme look. Bref, un album qui se lit bien, et pour petits et grands.
Avec cet ouvrage plutôt ciblé jeunesse mais qui pourra aussi toucher les adultes, Lou Lubie revisite le mythe du vampire de façon tout à fait originale et très actuelle. En l’associant habilement au thème de la prédation sexuelle, elle nous fait prendre conscience que ce type de comportement découle d’un système plus global et séculaire légitimant la domination des élites sur l’ensemble de la population. Et là où l’autrice fait preuve d’habileté, c’est qu’elle évite l’écueil du manichéisme en donnant à travers cette fiction la parole aux voix divergentes tout en les plaçant face à leurs contradictions. Le fil rouge de l’histoire est l’actrice Violeta Ovidia Lupescu, sorte de double féminin de notre Depardieu national, soupçonnée d’avoir mordu des assistants en toute impunité. Pour mieux coller au contexte, l’intrigue se déroule dans une Transylvanie contemporaine, où cohabitent humains et vampires sous une façade faussement égalitaire. Lassée de supporter une domination qui ne dit pas son nom, Maggy, après avoir été licenciée par sa supérieure sous prétexte d’ « indocilité », sera conduite à militer dans une association dont l’objectif est d’en finir avec la loi du silence. La morsure infligée à son ami Anghel par un inconnu jouera également beaucoup dans sa décision. On appréciera la façon dont Lubie brasse plusieurs thèmes très familiers dans notre époque tiraillée entre les positions réactionnaires des uns et les luttes progressistes des autres : la prédation, le harcèlement ou la pédophilie, des actes marquant durablement leurs victimes, qui souvent en ressortent honteuses et hésitent à dénoncer leur agresseur face à une administration peu empathique. On y devinera plusieurs allusions à des interviews et des affaires (principalement dans l’Hexagone) qui ont pris pied dans le débat public ces dernières années et abondamment commentés sur les réseaux sociaux. L’intelligence dont a fait preuve Lou Lubie est, peut-être pour éviter d’être cataloguée comme une « féministe enragée », d’avoir choisi une femme pour représenter les prédateurs (Lupescu) et un jeune homme (Anghel) en tant que victime, mais également de présenter le personnage de Iulia en couple avec une vampire, Andreea, très bien disposée vis-à-vis des idées progressistes. La ligne claire de Lou Lubie enchante par sa simplicité et son abondance de trouvailles, ne serait-ce que pour la bichromie mettant en avant le rouge carmin (logique, non ?). De façon un brin malicieuse, les vêtements sont inspirés par les broderies traditionnelles roumaines pour nous rappeler où se déroule le récit. Comme à son habitude, l’autrice a conçu une mise en page très efficace, appréciable par son dynamisme qui sait maintenir l’attention. Avec ses personnages attachants, « Saigneurs » est une lecture particulièrement rafraichissante qui jette en même temps une lumière crue sur un système que nous-mêmes avons cautionné et cautionnons encore, de manière plus ou moins consciente, parfois sur des questions en apparence insignifiantes. L’ouvrage fournit de nombreux arguments pour lutter à son niveau contre l’emprise toxique de la « fabrique du consentement » véhiculée par les discours dominants des dominateurs, que ce soit à travers la politique ou les médias « mainstream ». Lou Lubie prend soin de rappeler en fin d’ouvrage quelques statistiques sidérantes, rappelant que le combat est loin d’être terminé : à titre d’exemple, saviez-vous qu’en France, encore aujourd’hui, seulement 1% des violeurs, presque exclusivement des hommes (96 %), sont condamnés, tandis que l’on dénombre 94 000 victimes de viol par an, dont 85 % sont des femmes ?
Tiens, le dernier Lou Lubie ! Cool :) Plutôt fan de ses réalisations depuis que j'ai découvert son travail, j'avoue que cette fois-ci c'est la grosse déception... Avec "Saigneurs", Lou Lubie nous transporte dans une Transylvanie fantasmée où les vampires prédominent mais cohabitent avec les humains. Anghel, Maggy et Iulia sont trois ami.e.s qui habitent en coloc' et sont confronté.e.s à différents soucis personnels. Anghel s'est fait mordre par un vampire et se transforme petit à petit en goule, Maggy se fait virer de sa boîte gérée par des vampires et se met à militer pour les droits humains, et Iulia n'ose avouer à ses amis qu'elle sort avec une vampire... Ça pourrait faire sourire par ce petit côté série TV, mais Lou Lubie cherche à dénoncer à travers ses paraboles les violences sexistes et sexuelles... Sauf que pour ma part ça n'a pas du tout fonctionné. Je n'avais pas lu les résumés et pitchs de présentation de l'album, et pour le coup, je me suis ennuyé très rapidement. Ce qu'elle veut dénoncer ne m'est apparu que tardivement, noyé sous une masse de dénonciations qui desservent son propos. Les références sont souvent ou trop diluées (cf. sa page d'explication des références en fin d'album) ou trop lourdes (les pubs à destinations des vampires dans les décors par exemple), et au bout d'un moment je ne savais plus ce qu'elle cherchait à dénoncer. Il aura fallu sa page de chiffres en lien avec son sujet en fin d'album pour comprendre son propos. Dommage, c'est trop tard et la lecture de l'album a été fastidieuse. Côté dessin on reste sur son trait minimaliste efficace ajusté à une colorisation rouge et noire (vampire oblige) qui ne m'a pas emballé plus que ça ; je l'ai trouvée plus efficace et lumineuse dans Racines par exemple. Bref, une belle déception.
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