Notre affaire - Une BD de combat et d'espoir

Note: 3/5
(3/5 pour 2 avis)

BD documentaire sur l'affaire Pelicot


Auteurs argentins Documentaires Ecole Emile Cohl Féminisme La BD au féminin Les grandes affaires criminelles Les petits éditeurs indépendants Violences faites aux femmes

En trente séquences, souvent dessinées par un auteur différent, cette bande dessinée couvre les moments clés du procès Pelicot et ses enseignements à travers des histoires individuelles, des portraits et des pages documentaires. Elle aborde les questions essentielles soulevées par cette affaire : le traitement des viols par la justice, la construction de la masculinité, la culture du viol, etc.

Oeuvre originale
Dessin
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 28 Août 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Notre affaire - Une BD de combat et d'espoir © L'Iconoclaste 2025
Les notes
Note: 3/5
(3/5 pour 2 avis)
Cliquez pour afficher les avis.

03/10/2025 | Cleck
Modifier


L'avatar du posteur Noirdésir

« Notre affaire ». Voilà un titre bien choisi. Polysémique. Une affaire judiciaire hors norme, qui s’est invitée dans les conversations bien au-delà de ce qu’on aurait pu imaginer au départ, devant l’affaire dont tout le monde parlait. Notre affaire aussi, puisque ce documentaire, qui brasse pas mal de thématiques – par-delà le procès de Mazan – démontre in fine que nous sommes tous concernés par le sujet au cœur de cette affaire de viols collectifs sur Gisèle Pelicot : la place de la femme dans la société, par rapport à l’homme, etc. Les auteurs ont découpé leur documentaire en plusieurs courts chapitres. Qui reprennent les principaux moments du procès, mais aussi, surtout dans la seconde moitié de l’album, des choses plus thématiques et plus « générales ». Chaque chapitre est illustré par un dessinateur ou une dessinatrice différents. Je ne suis pas fan de ce type de changements au sein d’un même album, mais bon, l’essentiel est ici ailleurs. Le récit est intéressant et éclairant, montre bien ce que cette affaire a pu révéler de notre société (et là on retrouve le titre éclairant). Mais aussi – du moins on peut le souhaiter, tout ce que ce procès pourra faire bouger, évoluer dans le bon sens. Et il y a du boulot, si l’on en croit les déclarations de certains accusés ou de certains de leurs avocats (lunaires) ! L’album se finit par un éclairage sur la nécessité de l’éducation, dès le plus jeune âge, pour les filles et les garçons, à propos de la sexualité, et surtout de la notion de consentement. Autour d’une intervention EVARS dans un collège. J’ai été formé il y a pas mal de temps et j’intervient depuis plus de dix ans devant des collégiens en EVARS, je ne peux donc que plussoir. Mais hélas, alors qu’une certaine droite et l’extrême droite bataillent pour la vider de sa substance, et que quelques discours médiatiques l’ont mis en avant, la réalité est bien moins reluisante : aucun moyen n’est affecté, à l’heure du sabrage des moyens dans les établissements scolaires , et l’établissement où j’interviens dans ce cadre – établissement pilote en la matière – en est à se demander s’il ne va pas, faute de moyens, supprimer ces interventions (obligatoires depuis longtemps, mais que peu d’établissements proposaient dans les faits). Hypocrisie et calculs politiques vont ainsi à l’encontre des discours, de la loi, mais surtout des constations établies à la suite du procès des viols de Gisèle Pelicot. On ne peut que conclure sur Gisèle Pelicot justement, et son courage, qui permet de tenter de retourner la charge de la honte et d’encourager d’autres victimes à se signaler à la justice. Note réelle 3,5/5.

20/01/2026 (modifier)
Par Cleck
Note: 3/5
L'avatar du posteur Cleck

BD importante s'il en est. Retour sur le procès Pelicot et sur les dramatiques questions sociétales que cette sordide affaire de viols par soumission chimique nous crache à la figure. Cette œuvre collective se propose via de multiples récits essentiellement documentaires, réalisés par des auteurs généralement différents, de rendre compte de l'importantissime procès des viols de Mazan. Après cette affaire, il n'est plus tenable de réfuter la réalité de la culture du viol dans nos sociétés patriarcales. Oui, cela choque, heurte bien des hommes, mais c'est une réalité idéologique et surtout sociologique. Cela n'équivaut pas à prétendre que tous les hommes sont des crocodiles violeurs en puissance, mais déclare simplement et tristement que de multiples pans de notre culture, que les lois de nos sociétés, etc. instaurent une norme comportementale empreinte de sexisme et de misogynie ayant de multiples conséquences, toutes minimisées et excusées, dont les plus dramatiques sont les féminicides et viols. Loin d'être indigeste, ce volumineux pavé se lit d'une traite le souffle coupé : cette affaire happe l'attention tant elle bouscule notre croyance en l'homme. Egalement parce que la BD, certes souvent dans la paraphrase ou "l'anecdotique", parvient à recréer le sentiment alors dominant chez les féministes s'étant emparées du sujet, que cette fois, la situation bougerait, que la honte changerait de camp ! Non, il ne s'agissait généralement pas de monstres : les coupables n'étaient que des hommes, de simples routiers, pompiers, ouvriers..., parfois de bons pères de famille, des conjoints aimant, de bons employés appréciés de leurs collègues et patrons, des hommes pour nombre d'entre soutenus durant le procès par leurs proches et notamment leur conjointe. Cette BD malheureusement met peu en perspective les choses, la faute aussi au projet initial, à ce souhait de construire une œuvre collective offrant modérément la possibilité de développer un point de vue, de synthétiser une pensée. Les brefs propos sur l'inceste et la culture du viol font entrevoir ce qu'aurait pu être cette BD, mais le projet ne souhaitait visiblement pas l'ampleur, plutôt dégager le sentiment d'une prise de conscience collective pouvant laisser espérer des jours meilleurs. Sur ce point, c'est réussi.

03/10/2025 (modifier)