La Danseuse aux dents noires

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

La danseuse aux dents noires marque le grand retour d'Éric Stalner au sein du label Aire Libre. Sur un scénario épique inspiré de la vie de l'aïeul de Jean-Laurent et Olivier Truc.


1900 - 1913 : Du début du XXe siècle aux prémices de la première guerre mondiale Aire Libre Indochine

France, 1912. Le gouvernement confie au professeur Hermentaire Truc une mission cruciale : opérer le roi Sisowath pour lui rendre la vue et garantir la stabilité du protectorat français sur le Cambodge. Accompagné de son assistant Guerlet, Truc embarque pour Saigon. À leur arrivée, les deux hommes vont de surprises en déconvenues. Ministres comploteurs, bonzes politisés, prince rebelle... Chacun semble vouloir faire échouer l'opération. Truc découvre alors la réalité cachée derrière la propagande du protectorat français et les enjeux géopolitiques de l'opération. Pour mener à bien sa mission, le docteur Truc va devoir déjouer des complots et chercher la confiance de l'intrigante Simala, la danseuse aux dents noires du roi Sisowath... Un récit fort basé sur les mémoires d'Hermentaire Truc, professeur d'ophtalmologie français.

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 19 Septembre 2025
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série La Danseuse aux dents noires © Dupuis 2025
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)
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Par Ro
Note: 4/5
L'avatar du posteur Ro

Cette BD relate un épisode authentique de la vie d'Hermentaire Truc, arrière-grand-père des scénaristes et célèbre professeur d'ophtalmologie. En 1912, le gouvernement français l'envoie au Cambodge pour opérer de la cataracte le roi Sisowath, une mission loin d'être seulement médicale puisque, dans le contexte du protectorat français en Indochine, la stabilité du royaume revêt une importance politique majeure. Les auteurs s'appuient sur cet épisode réel, enrichi de documents familiaux, pour construire un récit où l'Histoire et la fiction se mêlent avec beaucoup d'habileté. Très vite, le simple voyage d'un médecin devient une intrigue d'espionnage et de manipulations où se croisent services secrets, complots, ambitions allemandes, rébellion locale et rivalités entre puissances coloniales. Cette trame romanesque permet surtout d'élargir le regard sur une période méconnue du grand public. On découvre les subtilités du protectorat français, les tensions qui annoncent déjà les futurs mouvements indépendantistes, mais aussi le rôle du commerce de l'opium, organisé par les Européens pour asseoir leur domination économique sur la région. J'ai trouvé ce contexte historique et géopolitique passionnant. Éric Stalner met parfaitement en images cette époque. J'ai beaucoup aimé l'atmosphère Belle Époque des premières pages et du voyage en paquebot, puis le dépaysement offert par le Vietnam et le Cambodge d'alors, entre palais royaux, villas coloniales, temples et paysages tropicaux, sans oublier la misère qui se cache derrière ce décor de carte postale. Son dessin est solide et très lisible, même si je le trouve un peu académique et que ses couleurs, parfois un peu ternes, manquent de chaleur à mon goût. L'intrigue est remarquablement construite et ne verse jamais dans l'aventure spectaculaire. Elle reste constamment crédible, portée par d'excellents personnages, notamment Simala, la favorite du roi, dont la personnalité complexe et l'ambiguïté évitent tout manichéisme. C'est précisément cette retenue qui fait la force de l'album : il privilégie le récit historique à l'action débridée et parvient à captiver du début à la fin grâce à une écriture intelligente et très documentée. Une excellente surprise, aussi instructive que prenante.

01/07/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Bruno Menetrier

En 1912, un médecin est envoyé au Cambodge pour opérer le roi (pro-français) d'une cataracte. Le récit est basé sur les mémoires de cet ophtalmologiste et agrémenté d'une intrigue d'espionnage qui nous révèle les enjeux de ces colonies lointaines. Une BD qui a un petit "truc" en plus. On connaissait bien Olivier Truc pour ses polars ethniques en Laponie, du Premier Renne au Dernier Lapon, en passant par la série de la Brigade des Rennes. Le frenchy adopté par les suédois s'était même aventuré du côté des Sentiers obscurs de Karachi. On n'a donc guère hésité à suivre l'écrivain voyageur en Asie avec La danseuse aux dents noires, en format BD. Mais il doit y avoir un truc avec cette BD puisque le scénario est cosigné par ... Jean-Laurent Truc ?! Un air de famille car ils sont en effet cousins et la BD s'inspire librement des mémoires d'un aïeul, Hermentaire Truc ! Jean-Laurent Truc est le spécialiste de la BD qui anime le site Ligne Claire. Aux pinceaux, ce sera Eric Stalner : vous vous souvenez peut-être de cette "vieille" série Le Boche (1990 !) mais Stalner a également adapté plus récemment des romans d'un autre voyageur, Nicolas Vanier, comme Loup. En 1912, le roi Sisowath du Cambodge (à l'époque sous protectorat français) souffre gravement d'une cataracte. Pour rétablir le prestige vacillant de la République, le gouvernement français envoie un éminent ophtalmologiste, Hermentaire Truc, l'arrière-grand-père des auteurs, pour opérer le roi. Le médecin débarque à Saïgon puis Phnom-Penh alors que les différentes factions manœuvrent en coulisse pour faire chuter le roi pro-français. Les allemands soutiennent les bonzes du clergé bouddhiste et même un prince rebelle, Norodom Yukanthor, car le Kaiser Guillaume II aimerait bien agrandir son empire colonial. Phnom-Penh et Saïgon sont alors de véritables nids d'espions et la mission du toubib va s'avérer bien délicate tant sur le plan médical que sur le plan diplomatique ... Le roi sera même opéré à Saïgon pour l'éloigner quelque temps de Phnom-Penh et des intrigues de cour ! « Quel cirque ! Tout cela pour une cataracte, royale certes, mais une cataracte ... » Pour romancer leur intrigue, les scénaristes plongent leur aïeul Hermentaire Truc dans un véritable dilemme : va-t-il rester fidèle à son serment d'Hippocrate pour redonner la vue au roi et perpétuer ainsi le pouvoir colonial français qui maintient dans la misère le peuple cambodgien grâce au commerce d'opium ? « - L'opération aurait-elle échoué ? - Échoué ? Échoué pour qui ? Je n'en sais rien. » Une intrigue qui mettra en scène, c'est le cas de le dire, les danseuses apsaras du royaume, les fameuses danseuses aux dents noires (effet dû à une teinture renouvelée fréquemment) : quelques années auparavant, en 1906, les danseuses du ballet royal avaient subjugué le Tout-Paris lors d'une visite officielle du roi. Cocteau, Rodin et bien d'autres avaient été fascinés par la grâce de leur art ancestral. Le scénario imaginé par les cousins Truc est captivant : s'appuyant largement sur les mémoires de leur arrière-grand-père, l'intrigue mêle habilement faits véridiques et roman d'espionnage. Il ne s'agit pas d'un simple album de Tintin au Cambodge et on apprend ainsi plein de choses sur la présence française en Indochine, entre ces deux guerres avec l'Allemagne, celle de 1870 et celle de 1914 à venir. L'album comporte d'ailleurs un excellent dossier qui éclaire les différents points de l'affaire, photos d'époque à l'appui. Les dessins de Stalner sont ceux d'une belle ligne claire mais sont ici mis en valeur par une belle et soyeuse colorisation qui parvient à rendre l'humidité poisseuse qui règne en Asie du Sud-Est pendant la saison des pluies. Qu'il s'agisse du faste royal, des eaux sombres du fleuve ou du vert impénétrable de la forêt, ces couleurs d'orient sont superbes. Le dessinateur a même invité au spectacle tout le folklore indochinois : sampan aux gros yeux bigarrés, maison khmère, moustache et costume colonial, fumerie d'opium, éléphant et panthère, palais royal et temple, eau, fleuve et pluie, ... Et bien sûr, les fameuses danseuses royales qui faisaient rêver Rodin.

30/09/2025 (modifier)