Chumbo
S’inspirant de son histoire familiale, Matthias Lehmann réalise avec ce roman graphique une grande saga, où personnages et destins se croisent et se recroisent. À travers ses pages aux compositions inventives, qui empruntent à la caricature comme à la publicité ou au graphisme brésilien, l’auteur mêle aux histoires intimes la grande Histoire d’un pays fascinant.
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Dans la région du Minas Gerais, l’opulent patriarche Oswaldo Wallace dirige ses mines avec autorité. Ses deux fils, Severino et Ramires, n’ont qu’un an d’écart, mais tout les oppose : le premier, engagé à gauche, deviendra journaliste puis écrivain, tandis que le second soutient les militaires qui vont exercer un pouvoir autoritaire pendant les « années de plomb » – « chumbo », en portugais.
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| Date de parution | 30 Août 2023 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Je ne connais pas du tout l'histoire du Brésil, et cette BD ne vas pas particulièrement m'aider en ce sens. Parce que sous couvert de raconter une histoire du Brésil par le prisme d'une famille, c'est avant tout l'histoire familiale qui semble prédominer dans ce récit. Matthias Lehmann veut nous faire une petite histoire inspirée par sa famille et des oncles qu'il a eu, deux versions différentes de l'histoire du Brésil alors que le pays connait un coup d’État suivi d'années de plomb durant lesquelles la répression sera violente. Mais en même temps, c'est clairement un récit qui s'en inspire seulement et veut parler d'autres choses, que ce soit avec les personnages secondaires, avec la politique qui s'invite. Et l'ensemble est un peu fourre-tout sans grand liens directeurs, ce qui est pas facile à suivre lors de la lecture. La famille de cinq enfants (deux garçons et trois filles) est le cœur du récit mais en proportion disparate : Severino se taille la première place, comme en couverture, Ramirez est plus figurant à partir de la moitié du récit, de même que sa vie qui part en vrille, tandis que les trois sœurs font de la figuration dans le fond. L'équilibre est clairement en faveur de Severino, auquel l'auteur semble accorder plus de sympathie, mais je l'ai trouvé assez vite pathétique, tandis que Ramirez n'était pas mieux. Les personnages les plus attachants au final sont les sœurs, auquel on ne donne que peu de places, ainsi que la mère qui n'est pas assez creusé non plus. Le tout repose donc sur les transformations politiques et la dictature brésilienne, là encore pas très bien abordée au final. On a d'abord un père pro-fasciste qui tente de les soudoyer pour servir ses intérêts de patrons, puis son fils dans un journal de gauche qui doit les fuir, et les opposants planqués dans la jungle qui attendent. Je ne sais pas trop quelle était la volonté de l'auteur, mais on a l'impression que l'opposition de gauche alternait entre des revendicateurs très politisés qu'on écoutait pas vraiment et des gens pas très doués d'une façon ou d'une autre, qui n'ont rien changé au cours de choses. Je ne sais pas si c'est le cas, mais l'ensemble à une drôle de tournure : Severino semble de gauche par principes mais on se demande ce qui lui fait garder ces idées, surtout lorsqu'il commence à écrire, tandis que Ramirez est un gros dragueur de droite, là encore en contradiction plus d'une fois avec ce qu'il fait. La BD fait donc assez vite retomber le soufflé politique qu'elle installe au début du récit et manque de consistance là encore sur les enjeux globaux. On est clairement sur l'histoire des personnages, à échelle humaine, mais avec des comportements parfois étrange et surtout un manque d'intérêt assez flagrant. Lorsque je trouve la plupart des personnages peu intéressants, j'ai du mal à me concentrer sur leur vie et au final la BD m'a semblé longue et parfois redondante. Les enjeux politiques s'évanouissent vite, les deux frères ne font pas grand chose et leurs sœurs subissent leurs comportements et le reste. Et puis voila, à la fin il y en a un qui est devenu écrivain célèbre et j'ai l'impression que la BD nous dit que ce n'est pas forcément une bonne chose, que lui même était plus intéressé par la gloire que par les idées de ses livres. En fait, je crois que j'ai du mal à voir où la BD veut en venir, en dehors de cette inspiration d'histoire familiale. Si c'est pour parler du Brésil de ces années-là, je n'ai pas appris grand chose si ce n'est qu'il y a eu une dictature soutenue par les États-Unis contre le Brésil, pour éviter l'invasion communiste. Mais l'idée effleuré dans la BD de l'exploitation des terres notamment celles des autochtones n'est par exemple pas plus exploitée. Il manque tout un contexte autour de la politique de ces années-là, de la répercussion de la répression au quotidien (assez peu visible). Donc qu'en tirer ? Personnellement j'ai la frustration de ne pas avoir appris grand chose politiquement parlant, le tout autour de gens que je n'ai pas plus appréciés que ça et qui forment le cœur du récit. Donc pas pour moi, quoi.
C’est à la fois une sorte de saga familiale, mais aussi une histoire du Brésil depuis un siècle, dans lesquelles s’est lancé Matthias Lehmann. J’ai trouvé dans ces deux trajectoires parallèles quelques accointances avec Deux Frères - y compris pour ce qui est de tout ce qui sépare les deux frères Severino et Ramires. Je ne connaissais pas les liens familiaux que Lehmann entretient avec le Brésil. Mais on sent bien qu’ils sont forts, et qu’il s’intéresse à l’histoire récente de ce pays. C’est d’ailleurs cette partie historique, cette vision de la dictature (de son avènement à son mode de fonctionnement) qui sont les aspects les plus intéressants dans cet album. Car j’ai moins accroché à l‘évolution des relations familiales au sein du clan Wallace. Les femmes en particulier ne sont pas très captivantes en tant que « personnages ». Si le destin de Severino est central, il reste quand même un peu falot. Quant à son frangin, Ramires, il est extrêmement pathétique (il apporte une touche d’humour involontaire pas désagréable, mais on ne s’attache pas à lui). Peut-être Ramires met-il aussi en avant l’opportunisme, l’absence de scrupules et le cynisme qui ont permis à la dictature de perdurer, je ne sais pas. L’album se laisse lire agréablement, même si je lui reproche quelques longueurs. Mais Lehmann rend fluide sa narration, en y plaçant des publicités, et j’aime bien son travail en Noir et Blanc.
Un élément que j’adore et admire dans les œuvres de Matthias Lehmann est son dessin; des dessins garnis de détails et de fines lignes qui vus de plus loin donnent un rendu génial ; après avoir lu "l’étouffeur de la RN115", j’avais hâte de m’attaquer à cette grande saga de plus de 350 pages qui proposaient de suivre 70 ans d’histoire du Brésil (avec son lot de troubles politiques) mais aussi de la naissance à la mort d’une famille (qui ressemble et se confond avec l’histoire personnelle de l’auteur) avec qui on vit différents évènement et notamment à travers différents points de vues ; j’ai trouvé l’écriture un peu monotone-plate-classique, j’ai aimé voir les personnages grandir mais la lecture de cette longue saga ne m’a malheureusement jamais trop passionné, mais ne serait-ce que pour les dessins cette BD peut valoir le coup !
2.5 Un scénario très dense qui contient des scènes que j'ai aimées et d'autres moins. Ce qui a surtout retenu mon attention est l'évolution politique du Brésil au fil des décennies, même s'il y a peu de surprise parce que son histoire ressemble malheureusement à ce qui s'est passé dans tous les pays sud-américains durant le 20ème siècle. Le coté saga familiale m'a moins passionné, entre autres parce que les membres de cette famille sont peu attachants et même antipathiques. Le dessin est très influencé par l'underground américain, au point que j'ai cru au début lire la traduction d'un comics. Ce n'est pas un style qui me plait particulièrement, mais c'est lisible et bien maitrisé.
Chumbo, c'est une longue saga s'étalant des années 1930 à la fin des années 1990 au Brésil, plus particulièrement dans le Minas Gerais. On y suit le parcours d'un homme et d'une bonne partie de sa famille. Celui-ci est le fils d'un riche propriétaire minier sans scrupule, symbole du patriarche rétrograde mais pas très intelligent non plus. Et c'est aussi le cas de ses deux fils, dont le héros qui est assez immature et influençable, et son frère qui est un vrai con, dragueur invétéré, menteur et vivant aux crochets de tout le monde. A travers eux, on suit des décennies d'évolution de la société brésilienne, avec une part assez présente de la politique, l'un des frères étant ouvertement actif en faveur du pouvoir capitaliste voire fasciste, et le héros étant plus proche des idées communistes, se retrouvant un peu malgré lui embarqué dans un groupuscule révolutionnaire un peu minable. La narration se structure en chapitres assez longs espacés généralement d'une dizaine d'années chacun, amenant le lecteur d'une décennie à la suivante et découvrant comme les protagonistes et le pays ont évolué. Outre les histoires de famille et les frasques pitoyables de l'un ou l'autre des frères, on suit aussi un amour complexe du héros envers une fille puis une femme qui avait toutes les raisons de détester sa famille. Le dessin est assez simple dans sa représentation des personnages, mais il gagne en originalité dans la mise en page, usant parfois de paysages inspirés de gravures anciennes, d'autres fois d'un agencement plus pop art, le style se modernisant discrètement tandis que les années s'écoulent dans l'histoire. L'histoire est plutôt instructive mais elle n'a pas su me capter tout du long. Certains passages, plus politiques, m'ont clairement ennuyé. Et le côté pitoyable des héros et de pas mal de personnages secondaires peine à les rendre attachants. Il a fallu attendre les derniers chapitres pour comprendre enfin pourquoi le récit prenait pour héros ce mollasson un peu couillon à qui il n'arrive jamais rien de bon. Quant à son petit frère arrogant, il ferait presque rire tant il est minable dans son narcissisme et sa bêtise, mais il a aussi ce côté agaçant qui fait qu'on attend impatiemment qu'il s'en prenne enfin plein la gueule. Avec cet album, j'ai découvert un pan de la société brésilienne que je ne connaissais pas vraiment, mais ma lecture fut régulièrement laborieuse et au final pas tellement captivante à mon goût.
Chumbo est une grande fresque familiale qui va nous faire traverser plus de 60 ans de l’histoire du Brésil en compagnie des membres d’une famille divisée et de certaines de leurs connaissances. Au-delà du parcours des différents protagonistes, c’est de l’histoire même du Brésil depuis les années ’30 jusqu’aux portes du XXIème siècle que nous parle Matthias Lehmann. La période est marquée par de nombreux changements politiques, par l’évolution des mentalités, par le mode de fonctionnement de nos sociétés. Le récit est riche (il a nécessité 3 années de travail) et la petite histoire des Wallace s’intègre bien dans la grande Histoire du Brésil. Certes, certaines rencontres découlent un peu trop du heureux hasard mais dans l’ensemble, ce récit, malgré sa densité, est agréable et facile à lire. Au niveau visuel, le trait de Lehmann est assez inspiré par celui de l’underground américain. On pense à Crumb pour les expressions des personnages, bien sûr, mais dans l’ensemble, que ce soit au niveau de l’encrage, de la composition des planches, de l’usage des hachures, tout fait penser à une œuvre underground made in US. Malgré les évidentes qualités de l’objet, malgré l’investissement de son auteur, je reste sur une note moyenne. Les différents personnages ne m’ont que peu marqué, sans doute parce que trop caricaturaux. Mais rien que pour la reconstitution historique, qui permet d’en apprendre quand même pas mal sur le Brésil au travers de la seconde moitié du XXème siècle, c’est un album à lire.
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