Pierre rouge plume noire - Une histoire de Hai Long Tun
L'adaptation d'une fable sur la guerre commanditée par une province chinoise à Thierry Robin, un passionné du monde asiatique et de la Chine depuis près de 35 ans ! Un plaidoyer humaniste et pacifiste, à l'instar des convictions de Thierry Robin, qui en profite pour déployer son talent graphique avec superbe.
Chine
La gigantesque armée de l'empereur Ming assiège la forteresse du roi Yang. Toute la population du royaume a trouvé refuge derrière les hautes murailles de la ville et les soldats royaux sont prêts à lutter jusqu'à la mort pour défendre la cité et ses occupants. Mais le courage ne suffit pas toujours...
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| Date de parution | 04 Février 2022 |
| Statut histoire | One shot (Édition française d’un album paru en Chine en 2019) 1 tome paru |
Les avis
Avec Pierre rouge plume noire, Thierry Robin nous entraine à nouveau dans la beauté graphique de son univers chinois pour nous raconter le siège d'une cité montagneuse par l'armée de l'Empereur Ming. Après le souvenir de la superbe série Rouge de Chine du même auteur, dont les couleurs participaient énormément à la beauté des planches, j'ai été surpris et tout d'abord déçu en découvrant que cet album n'arborait pas le même style de couleurs très intenses. Je suis persuadé qu'avec un travail de mise en couleurs similaire, il aurait pu atteindre un niveau visuel exceptionnel et gagner encore en contraste dans certaines scènes. Mais même avec ces couleurs plus discrètes et moins percutantes, le dessin est ici proprement superbe. Thierry Robin livre des planches d'une grande beauté, avec une maîtrise impressionnante des compositions, des décors, des scènes de foule et des panoramas monumentaux. Il y a une vraie recherche esthétique dans la mise en scène, entre influences de l'estampe, puissance des silhouettes et travail remarquable des ombres. C'est une BD que l'on parcourt presque plus pour le plaisir de regarder ses pages que pour son histoire. Le récit adopte un point de vue assez original puisqu'il est raconté par des observateurs extérieurs au conflit : un corbeau qui rapporte à une montagne ce qu'il voit du siège d'une forteresse chinoise sous la dynastie Ming. Cette distance donne au récit une dimension presque philosophique, en montrant la folie des hommes depuis le regard d'êtres qui dépassent leurs querelles. Le procédé fonctionne bien et apporte une vraie personnalité à une histoire de siège qui, sur le fond, est assez classique. Celle-ci sait se faire toutefois relativement accrocheuse en permettant de suivre brièvement le destin de certains personnages, notamment ce grand général confronté à un roi enfermé dans son palais et incapable de comprendre la réalité de son peuple, ou encore ce simple fermier enrôlé malgré lui qui devient un soldat courageux et intelligent, tout en restant déchiré par les conséquences de ses actes. Quelques situations et quelques détails parviennent à toucher, même si j'aurais parfois aimé que les personnages soient davantage approfondis. Car c'est aussi la limite de l'album : malgré toute sa beauté et son élégance, l'histoire suit une trajectoire trop prévisible. Dès le départ, on sent la fatalité qui pèse sur cette bataille et rien ne vient vraiment bouleverser ce destin annoncé. Ce fatalisme a évidemment une certaine élégance et correspond bien au ton de fable tragique choisi par l'auteur, mais il laisse aussi une certaine frustration lorsque la conclusion arrive. Face à la magnificence du dessin, je n'arrive pas à mettre une moins bonne note, mais ce n'est pas forcément une histoire qui m'a bouleversé, plutôt un album très classe dont on prend plaisir à contempler les planches.
Thierry Robin est un auteur que j’affectionne particulièrement. Je trouve ses propositions toujours intéressantes. Bien des années après Rouge de Chine, il revient ici en tant que auteur complet et nous replonge dans la culture chinoise. Je n’avais absolu pas entendu parlé de cette sortie. Aussi quand j’ai découvert cet album dans les bacs je n’ai pas hésité un instant. Déjà la couverture fait de l’œil avec sa chromatique rouge et noire (en totale adéquation avec le titre), le nom de l’auteur, la perspective d’une histoire complète, l’exotisme chinois ... autant de promesses pour une future lecture alléchante. Je viens de refermer l’album, je ne m’attendais finalement pas à ça mais j’ai plutôt bien aimé, notamment grâce au final et à l’originalité du prisme du récit. L’auteur explique en postface la genèse de l’album, assez atypique pour un auteur européen. C’est à la base un travail de commande d’une province du sud de la Chine, pour mettre en exergue l’un de leur site archéologique prestigieux - Hai Long Tun « le château du dragon des mers ». Sa sortie locale remonte à 2019 ... il faudra attendre début 2022 pour le découvrir dans nos contrées. L’histoire en elle même n’est pas des plus palpitantes, au programme : invasion, siège et disparition de cette place forte historique. L’auteur se plaçant à différents points de vue (paysan, militaire et noblesse) pour nous narrer la chute dès Yang par la dynastie des Ming. Fort heureusement, Thierry Robin a suffisamment de talent pour amener le petit plus à cette narration, il externalise les enjeux en amenant en sus 2 témoins improbables à ces événements, une montagne et un corbeau. Grâce à eux le côté pur et dur du récit historique se transforme en fable, et renvoie au titre de l’album. D’un point de vue graphique, c’est très satisfaisant, un plaisir pour les yeux. Les couleurs passent bien mais une version en noir et blanc ne m’aurait pas déçu. Pas un indispensable mais du bel ouvrage. 3,5+
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