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Le Taureau par les cornes

Note: 4/5
(4/5 pour 1 avis)

La vie avant tout, malgré tout.


Autobiographie Douleurs intimes Format carré Handicap Les petits éditeurs pendant la pandémie

Juin 2005. Un diagnostic est enfin posé : sa mère souffre de démence fronto-temporale précoce, affection cousine de la maladie d’Alzheimer. Septembre 2005. Son fils Émile naît prématurément. Il est porteur de trisomie. À quelques mois d’intervalle, Morvandiau doit faire le deuil de la mère qu’il a connue et de l’enfant qu’il avait attendu. C’est l’occasion pour lui de revenir, avec pudeur et poésie, sur l’histoire de sa famille et plus particulièrement celle de sa mère, femme très pieuse au fort caractère, alliant conformisme et fantaisie. C’est aussi le récit du difficile apprentissage de la vie auprès d’un enfant handicapé, du regard porté par les autres, de la jungle administrative qu’il doit affronter. À travers le regard tantôt amusé, tantôt agacé qu’il porte sur les incongruités de la différence et ce qui l’entoure, Morvandiau évoque avec tendresse l’intensité des émotions d’un père et d’un fils face à la maladie, et finalement, le bonheur d’être en vie. (site éditeur)

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 07 Février 2020
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Le Taureau par les cornes
Les notes (1)
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18/11/2020 | Noirdésir
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Morvandiau attaque brutalement son « sujet ». Qui n'est autre que lui-même. En tout cas une part de lui-même qui a été plus qu’affectée par un tournant dans sa vie : en 2005, à peu près au même moment, sa mère est atteinte d’une sorte d’Alzheimer, et surtout son troisième enfant nais trisomique. Face au choc de ces infos, l’effondrement est palpable, les questionnements s’alignent, sans réponse évidente, satisfaisante. Nous voyons donc comment l’auteur, sa femme et ses deux autres enfants s’adaptent (le terme est inapproprié mais je n’en trouve pas d’autre) à cette situation douloureuse). En tout cas Morvandiau ne tombe pas dans le pathos, et l’on voit qu’il cherche à comprendre la maladie, et à trouver des solutions au sein de la cellule familiale pour que cet enfant soit aimé, épanoui, et que la famille résiste au séisme de l’annonce du handicap – dépression et découragement lançant régulièrement leurs assauts). Cette plongée dans l’intime sans que soient dépassées les limites du sensationnel ou de la simple plainte est l’une des forces de cet album, qui se révèle léger et bouleversant. Instructif aussi pour qui regarde de l’extérieur cette maladie. En particulier lorsque l’auteur dévoile (en tout cas pour moi) les dessous de certaines associations spécialisées dans l’aide aux parents d’enfants trisomiques (comme la Fondation de Jérôme Lejeune, liée aux ultra cathos anti avortement et à La Manif pour tous !). Instructif aussi lorsqu’il présente les différentes réactions de leur entourage plus ou moins proche, qui se révèle presque toutes, malgré leur grande variété, inadaptées ou difficiles à entendre – même si certaines sont touchantes ou pleine d’empathie (et l’on se demande ce que l’on aurait dit, ou ce que l’on aurait ressenti si nous nous étions trouvés dans la même situation – ce qui n’a jamais été mon cas). Les passages montrant les démarches administratives – auprès de la MDPH par exemple, pas exempte d’humour (noir), montrent aussi la froideur d’une administration face à l’humain, face à la détresse ou tout simplement face à une situation ne rentrant pas dans beaucoup de « cases ». Et surtout d’une administration manquant de moyens et débordée, malgré la bonne volonté de ceux qui se trouvent au contact des familles… Autour de cette situation qui focalise temps, énergie, Morvandiau, par de petits flash-backs ou de simples regards par sa fenêtre, revient sur la vie de sa mère, sa jeunesse, les transformations du quartier, comme si le bouleversement de l’année 2005 nécessitait de sa part une « réhabilitation », précédée d’un renforcement des fondations (familiales, sociétales, etc.) de sa vie. C’est ainsi une autobiographie dont nous gratifie aussi Morvandiau, expurgée des digressions inutiles, mais dans laquelle affleurent les éléments les plus solides, ce qui va constituer pour lui la base de sa « reconstruction », une fois comprises certaines faiblesses. Comme si la mémoire qui d’un coup avait fui sa mère s’était réfugiée en lui pour le rendre plus fort, avant qu'elle ne meure, laissant Morvandiau à ses souvenirs. Un témoignage fort, malgré les fêlures, les faiblesses qu’il évoque.

18/11/2020 (modifier)