Chroniques de Francine R. résistante et déportée

Note: 3/5
(3/5 pour 1 avis)

Témoignage d'une résistante et déportée française durant la Seconde guerre mondiale.


1939 - 1945 : La Seconde Guerre Mondiale La Résistance Nazisme et Shoah

Quand la BD frôle les frontières de l’intime… Francine R. est arrêtée avec sa sœur par la Gestapo à Pouilly-sous-Charlieu, dans la Loire, le 6 avril 1944, pour les faits de résistance de leur frère Joannès. De là, elles partiront dans un convoi de femmes puis elles seront séparées : sa sœur expédiée en camps de travail à Hanovre ; Francine à celui de Watenstedt dans les usines d’armement Herman Göring. Tout au long de son parcours, rien ne lui sera épargné : frappes dès son arrestation par la Gestapo, humiliations continues, trajets en train dans un wagon à bestiaux, accueil par des chiens loups sur le quai de la gare du camp de concentration, expérience médicale, déshabillage des morts, pillage des vivants, travail forcé... Mais aussi, la permanence de l’espoir de sortir vivant de cet enfer, la lumière de deux hommes, un français et un algérien croisés à Watenstedt, le sabotage du travail à la chaine, l’émotion à la libération du camp, la première nuit dans un vrai lit, le 14 juillet de la libération à Paris. Francine a évoqué tout cela en détail à Boris Golzio dans un long entretien. Longtemps resté avec cette matière entre les mains, l’auteur décide aujourd’hui de retranscrire cette parole dans un récit de bande dessinée dont le dessin se fait le plus neutre et naïf possible afin de rendre l’horreur supportable. Un récit où le texte n’est composé que par la voix de Francine, dans son langage à elle, brut, fait d’hésitations, de répétitions et de tremblements, afin de respecter la vérité ontologique de ses propos et de rendre compte de la meilleure manière possible ce que fut la vie de cette femme. Une résistante, déportée, parmi des milliers d’autres, mais dont chaque voix, chaque parole est unique et doit être sauvée de l’oubli. (Site éditeur)

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 26 Septembre 2018
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Chroniques de Francine R. résistante et déportée
Les notes (1)
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14/11/2019 | Noirdésir
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Boris Golzio retranscrit ici le témoignage d’une lointaine cousine, qu’il a recueilli peu de temps avant la mort de celle-ci. A part quelques commentaires ou précisions, il s’est borné à « mettre en image » le texte (vaguement remis en forme) des entretiens qu’il avait eu avec elle. C'est la force - et parfois la faiblesse de cet album. Nous suivons donc l’expérience de résistante de Francine, son arrestation (et la torture), son internement, sa déportation puis, dans la deuxième moitié, son « expérience des camps de concentration nazis – durant la période la plus dure, puisqu’elle y est internée entre le printemps 1944 et le printemps 1945 – à Ravensbrück d’abord, puis à Watenstedt-Leinde (qui dépendait de Neuengamme) pour la plus grande partie. Je connais le camp de Ravensbrück pour avoir rencontré l’une des prisonnières françaises, Marie-Jo Chombart de Lauwe (extraordinaire personne venue témoigner de nombreuses fois auprès de mes élèves), qui m’a fait découvrir un autre versant de ce camp (elle « travaillait » pour Siemens, mais aussi vers la fin à l’infirmerie, essayant de sauver quelques enfants). Toujours est-il que le récit de Francine, naturel, sans haine, clair, est glaçant. Elle retrace, au fil du temps et des anecdotes, le calvaire, l’horreur vécus par ces prisonniers, c’est-à-dire les crimes de guerre et contre l’humanité dont elle a été témoin – et en partie victime. Un témoignage de plus diront certains. Mais un témoignage nécessaire, hélas, à l’heure ou renaît la peste brune, et où certains tentent de nuancer les difficultés de ces années sombres. Voilà pour le fond, qui ne prétend évidemment pas à l’originalité, et qui ne maîtrise pas le flot de pathos, la succession de violences. Sur la forme, quelques remarques quand même. D’abord, rien n’ayant été « romancé », le lecteur qui chercherait ici une évasion, une « aventure historique » doit passer son chemin. Mon principal – et presque unique – bémol concerne le dessin de Golzio. Il est assez simple, pour les décors et les personnages (qui ressemblent parfois de profils à ceux de Delisle dans ses albums reportages). Pourquoi pas ? Mais les visages aux traits souvent effacés (choix esthétique symbolisant l’effacement d’une humanité ?) ne sont pas beaux, et en particulier nez et oreilles de profil ont un rendu bizarre. Mais, vous l’avez compris, ce n’est pas essentiel ici. A lire.

14/11/2019 (modifier)