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Interview de Miceal O’Griafa (suite et fin) Interview de Miceal O’Griafa (suite et fin) (20/02/2012)
Miceal O’Griafa vaut la visite à lui tout seul ; trilingue, grand voyageur, collectionneur insatiable, il vit dans une véritable caverne d’Ali Baba. Le Baiser de l’Orchidée, polar noir et sulfureux, est son premier projet personnel. Rencontre autour d’un whiskey, forcément.

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- Première partie : Les débuts
- Deuxième partie : Le baiser de l'orchidée
- Troisième partie : Les projets



cliquez ici pour accéder au site de Friends International Tu as enseigné dans le secteur social, auprès de l’enfance en danger… Vas-tu mettre du social dans tes histoires ?
Il y en a déjà dans le Baiser de l’Orchidée. J’ai passé deux ans en internat chez les Jésuites à Winnipeg, Manitoba. A l’époque, on subissait encore des châtiments corporels, des trucs assez durs. Il y avait des coups de bâton, ou bien on nous attachait les mains dans le dos et on nous obligeait à nous tenir les ménisques appuyés sur l’arête de marches en béton de l’escalier menant au sous-sol… Mes parents m’ont retiré de l’internat après qu’on m’ait plongé lors d’une punition dans un trou rempli de neige fondue. J’y ai passé un quart d’heure, et j’ai fini dans une sorte de coma. Dans mon délire d’enfant à moitié K.O., je ne fantasmais qu’à une chose, que mes vrais parents viennent me sortir de là. Ce genre d’expérience, ça marque et j’ai voulu aider les autres. J’ai effectivement travaillé pendant 10 ans comme prof d’Anglais auprès de la DDASS, dans une école où il y avait un internat, accueillant des gamins virés des ZEP de France et de Navarre, et certains placés en PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), et on faisait cohabiter avec eux d’autres gamins victimes d’abus… C’était un peu l’école des gladiateurs. Cela dit, j’y ai vécu des moments absolument extraordinaires. Le prof de sport était vice champion d’Europe de boxe française, un grand black maigrichon (1,80 m en moins de 68 kg) avec des lunettes, qui ne payait pas de mine, mais était un sacré technicien. Quand j’avais un problème avec un gamin, plutôt que de lui donner la baffe pédagogique (à laquelle on avait droit à l’époque), je lui proposais de mettre les gants et de monter sur le ring voir ce qu’il valait. Vu que j’étais l’adulte, que je connaissais un peu la boxe, je m’en sortais plutôt bien, avec quelques bleus, et je n’avais plus de problèmes avec ces gamins-là après. Certains de ces gamins faisaient un BEP métiers du livre, c'est-à-dire PAO et imprimerie, et comme ma fille est née à cette époque-là, je leur avais demandé d’imprimer les faire-part de naissance. C’était énorme pour eux, qu’un prof leur demande ça et ils étaient super contents. Et puis ma femme est venue avec la petite à la remise des prix à l’ancienne qui se faisait à la fin de l’année. C’est là qu’Arnaud, un garçon qui faisait un CAP de menuisier ébéniste, a dévoilé un truc qu’il avait réalisé de ses mains, un théâtre de marionnettes du même format que celui du Luxembourg, au nom de ma fille. Ca prend la moitié d’une chambre de la maison familiale en Corse ! Comment oublier des moments pareils ? Maintenant que j’enseigne à des BTS triés sur le volet, je ne connaîtrai plus ça. Il y a eu des moments plus durs ; une de mes gamins est mort en rentrant chez lui en banlieue pour voir sa mère, en prenant une balle dans la tête. Un autre a cambriolé un pavillon près de l’école, tué le père de famille, torturé la gamine de 8 ans pour que la mère dise où était le magot, lequel se montait à 200 francs de l’époque. Il y a eu des expériences aussi, avec des jeunes venant de Fleury-Mérogis. Ils se sont regardés en chiens de faïence avec les nôtres, puis ça a éclaté. Je me suis pris un coin de table sur la tempe, et j’ai été out pendant un bon moment. Quand je me suis réveillé, c’était la bagarre au village d’Astérix (rires). C’est le genre de chose qu’il faut faire quand on est jeune ; j’ai tenu 10 ans, mais ce fut dur. Je me rappelle d’un bizutage dont j’ai vu le résultat juste après que ça se soit passé : l’horreur. C’était un jeune, appelé Christophe, un peu « lent », à qui on faisait faire les pires trucs : « t’es pas cap de ci, t’es pas cap de ça… » ; et un jour ce fut « t’es pas capable de mettre tes genoux dans le macadam qui vient d’être versé sur la route »… Pendant 10 ans j’ai vraiment vécu dans du Dickens moderne en prise directe, et j’ai vu des scènes très moches et d’autres très belles. Avant ça, j’avais travaillé un an à la 9ème section du C.R.R. (Commission des Recours des Réfugiés) et écouté les récits des demandeurs d’asile. Toutes ces expériences nourrissent immanquablement mes histoires, c’est certain.

© Miceal O'Griafa/Ronan Toulhoat, une planche hommage à Moebius, destinée au Casemate hors série consacré à l'auteur De même, je suis parti au Cambodge, au début des années 90, quand Sébastien Marot, l’un des deux amis d’enfance dont je t’ai parlé, m’a raconté qu’il avait créé une ONG pour les gamins des rues. Lui, l’enfant de famille bourgeoise du 7ème arrondissement, sorti de Sciences Po, et destiné à poursuivre par l’ENA, après un passage chez L’Oréal, avait fait ça ? Ouais, ça lui ressemblait bien, mais il fallait que je voie ça. Alors j’y suis allé, j’ai vu l’école qu’il avait fondée et les autres actions qu’il avait lancées. Je n’ai jamais été aussi fier de mon pote que ce jour-là… Là encore, il y a des histoires formidables, le Cambodge est un pays magnifique, pas encore gâché par les dégâts infligés par l’Occident, contrairement à la Thaïlande, sans vouloir rentrer dans les clichés. Pour répondre à ta question, je crois que quand on est dans le social, c’est pour la vie, et ça s’imprime dans tout ce que tu fais. Ensuite il faut continuer à y croire, et j’espère ne jamais être blasé au point de perdre ça. Je continue à donner un coup de main à cette ONG, devenue une immense entreprise sociale depuis. J’invite tes lecteurs à aller voir ce qu’on fait sur www.friends-international.org où il y a une partie du site en Français, et un reportage réalisé sur nous par la BBC quand on a reçu deux fois de suite le prix de l’entreprise sociale, d’abord par la fondation Skoll puis par la Schwob. Moi, je suis juste bénévole au sein de Friends France. Je m’occupe de petites opés de com, par exemple les inserts pubs dans les Guides du Routard de Thaïlande et de Laos & Cambodge, où nos restaurants étaient déjà répertoriés. J’avais un chouette projet de série bd avec le Guide du Routard, Hachette et Soleil, qui est malheureusement mort de sa belle mort avec la reprise de Soleil par Delcourt, et c’est bien dommage. J’adore les mecs du Routard. Ce sont de vrais humanistes. C’est évidemment moi qui ai demandé à Emmanuel Proust de donner tous les albums destinés au pilon à l’ONG qui les recycle en décorations de sacs ou de portefeuilles. Et il le fait. S’investir sur le plan social, ce n’est jamais une question d’être de droite ou de gauche, c’est juste être humain. C’est vrai que dans le Baiser de l’Orchidée, les traumatismes de l’enfance de certains des personnages sont peut-être des versions exacerbées de ma propre histoire. Les trois amis d’enfance sont chez les pères jésuites, ce n’est pas une coïncidence. Par contre, ça n’est pas non plus un pamphlet sociétal didactique. Ca reste du polar.

Miceal et Frédéric Bertocchini Parle-nous de Libera me…
Ce projet est né d’une rencontre avec Frédéric Bertocchini, qui est Corse, journaliste et fils de journalistes qui ont fondé la radio corse Alta Frequenza. On peut dire que sa famille est proche de la mouvance nationaliste. Il est aussi correspondant d’Europe 1 et NRJ. Il est également scénariste et a eu un sacré succès en édition régionale avec une trilogie sur Pascal Paoli, héros national corse par excellence –Napoléon n’étant pas tellement aimé, en tous les cas par les jeunes. J’étais parti à Ajaccio l’interviewer pour Trame 9, pour le spécial « BD & Politique » et on s’était entendus comme larrons en foire. Je n’ai pas épousé une Corse pour rien, l’insularité crée des liens, et entre l’Irlande et la Corse il y a des liens politiques, historiques et révolutionnaires très forts. Fredéric est aussi copain avec ma belle-sœur, qui était rédactrice pour Terra Corsa, le seul magazine de ce type fait en Corse, et ils présentaient chacun une chronique dans une émission de télé qui s’appelait Ma Corse me suit partout (MCMSP). On a beaucoup discuté d’histoire. Frédéric est historien, titulaire d’une thèse sur Thucydide. Il est aussi très attaché à la Corse et friand d’histoire récente. On avait envie de raconter un truc ensemble. A l’époque de Maggie Thatcher et Bobby Sands, en 1981, j’avais 16 ans, et j’étais allé voir ce qui se passait à Belfast, qui était une zone de guerre. C’était extraordinaire pour ma génération, parce qu’on ne connaissait l’IRA que comme des gens qui posaient une bombe et partaient, mais là ils étaient prêts à se battre, à faire une grève de la faim, et à mourir pour leurs idées. Sands demeure une figure extraordinaire. Et face à lui, Margaret Thatcher reste la personnalité politique la plus honnie ; pour l’anecdote le tube Miss Maggie de Renaud est resté en tête du hit-parade irlandais 5 semaines d’affilée, alors que personne ne comprenait les paroles. J’ai voulu retranscrire l’ambiance de cette époque-là, et Frédéric B. m’a raconté plein de trucs qui se sont passé en Corse à la même époque. Donc on s’est mis à écrire en collaboration. J’avais déjà eu des expériences de coscénarisation qui, probablement par ma faute, n’avaient pas abouti. L’histoire est celle des destins croisés d’un Irlandais qui arrive en Corse, et d’un militant Corse qui fuit vers l’Irlande ; l’Irlandais, pas du tout militant au départ, tombe amoureux d’une Corse, membre d’une famille militante et devient engagé, tandis que le Corse, militant actif, est recherché, et c’est pour ça qu’il fuit. Je savais comment les Irlandais allaient régir en voyant arriver un Corse, et comment ça allait se passer lorsque l’Irlandais arriverait dans l’Ile de Beauté, mais pas les réflexes qu’aurait un Corse en arrivant en Irlande où la diaspora est quasi inexistante. Du coup on a fini par marcher chacun sur les plates-bandes de l’autre avec Frédéric, et ça s’est quand même super bien passé. On a essayé de vendre ça à Emmanuel Proust, en citant Marc Moreno, dessinateur du Régulateur comme dessinateur potentiel. Il se trouve qu’à l’époque Frédéric était également président et fondateur du festival de BD d’Ajaccio, et on avait invité Marc Moreno sur l’événement. On l’a vu, on a discuté et il était d’accord, d’autant plus qu’il n’avait rien comme projet à l’époque. Et puis Corbeyran l’a rappelé pour les Régulateur 4 et 5. Moreno n’a pas osé nous le dire et nous a fait lanterner pendant 5 ou 6 mois. Dans l’intervalle Emmanuel avait lu le script et voulait le faire rien que pour le scénario. Comme on n’avait plus de dessinateur, on a fait un appel d’offres, et via le réseau du grand Al Coutelis, c’est Hervé Richez, le directeur de la collection Grand Angle, qui nous a recommandé Michel Espinosa, en nous disant « j’adore ce dessinateur, mais on n’a rien à lui proposer pour le moment, il bosse bien, est super sérieux, etc. ». Coup de chapeau donc à Richez. Et puis finalement Emmanuel n’avait pas prévu Libera Me dans son planning, et ne pouvait plus se permettre de le faire finalement. S’il a un défaut majeur, c’est celui-là. Et puis il voulait encore transformer la trilogie en diptyque, et là, c’était « plus jamais ça »; on l’a donc proposé à un éditeur corse, DCL, qui distribue aussi des livres corses. Ils ont dit OK pour Michel Espinosa au dessin, OK pour la trilogie, OK pour Pascal Nino à la couleur, et c’était parti… Et là, le tome 1 de Libera Me, Ribelli (« les Rebelles » en langue Corse) sortira en avril 2012, pile pour mon anniversaire et le Salon du Polar se met au Vert à Vieux Boucau, qui sera sa rampe de lancement. Et ton interview sera la première apparition presse de cette couverture du Tome 1 : avant-première galactique, donc !

Cliquez pour voir une page de Libera Me Tu as collaboré au magazine Ekllipse puis au webzine Trame 9… Comment passe-t-on du statut de « journaliste spécialisé BD » à celui d’auteur ?
Ha ha, question perso, Spooky ? Hmmm ? Je sais, moi, qu’une âme noire de scénariste se cache sous ton sourire enjôleur de journaliste ! « Vieeeens, du côté obscur, vieeens ! Les filles y sont plus libérées et on a du whiskey (rires) ! » Allez, je te ressers. Pour Ekllipse, j’ai vu sortir le #1, réalisé par Aude Ettori et Fabrice Deraedt, avec sa double couverture noire mate / brillante ; j’ai trouvé ça génial, et leur ai envoyé ma candidature spontanée. Au début je m’occupais de la traduction, puisque c’est un magazine qui s’occupait de BD franco-belges, de comics et de mangas, le premier mondial sur ce créneau. Donc j’ai traduit pas mal de choses, et puis au bout d’un moment, ils n’en pouvaient plus, ils comptaient arrêter. Puis le numéro 4, axé sur le polar, est arrivé, et je leur ai proposé de le faire presque entièrement. Quand je le relis aujourd’hui, je réalise que quasiment tout est signé de ma main, c’est assez dément (rires). On faisait pratiquement tout à trois, il y avait Fred Grivaud aujourd’hui chez Scéneario qui participait aussi… On était obligés de prendre des pseudos, sinon ça ne faisait pas sérieux. C’était une expérience assez géniale ; c’était un magazine vendu 35 francs à l’époque pour 100 pages réalisé entièrement par Fabrice, peut-être le meilleur maquettiste que je connaisse, avec Gaelle of course. Tout le monde disait que ça ne marcherait pas, et finalement ça a bien accroché. C’était relativement cher, pas évident à trouver, mais au maximum des ventes on a été à 13 000 je crois. C’était Semic qui nous éditait, mais ils ont arrêté de nous payer au numéro 7 ; on a fait le 8 et le 9 gratos, et on a cherché un repreneur. Ce devait être Mourad Boudjellal avec Soleil, et finalement il a fait Pavillon Rouge avec Delcourt. Donc on a arrêté. Semic a tenté de relancer derrière Calliope, un clone d’Ekllipse édité par Carabas, qui a plafonné à 3000 ventes et qui a coulé assez vite. Encore aujourd’hui, de jeunes étudiants en arts appliqués écarquillent les yeux en apprenant que je faisais partie d’Ekllipse. On est carrément devenus cultes et vintage (rires). Les responsables des Editions Foolstrip qui voulaient lancer le webzine Trame 9 sont venus me chercher parce que j’étais un ancien d’Ekllipse. Ce fut là aussi une excellente expérience. J’y tenais une chronique qui s'appelait Inside Man, où on dressait un double portrait d’une personnalité de la bd. Moi je réalisais leur interview, et alternativement David Charrier et Pascal Nino réalisaient une planche composée de cases montrant des détails de leur physionomie ou de leur personnalité, un patchwork visuel de leurs traits distinctifs… On voulait recréer en journalisme le duo scénariste/dessinateur. On a eu des moments très chouettes. Les Editions Foolstrip ont continué à faire de la Bd en ligne, mais ont dû arrêter la revue. C’est dommage parce qu’ils payaient très bien et c’était passionnant à faire. Ça a correspondu à peu près à l’époque où mes activités de scénariste débutaient, et où je n’avais plus trop le temps. La presse j’adore ça, et si je peux en refaire, j’en referai. J’adore faire les interviews, les préparer en lisant l’œuvre de l'auteur… Tiens d’ailleurs, Jean Van Hamme, (dont l’interview prévue pour le # 10 d’Ekllipse, n’est jamais parue) m’avait dit que lorsque j’en serais à mon septième album, il faudrait que j’aille le voir pour qu’il me parle de déductions fiscales, pour m’expliquer comment vraiment vivre de la BD, etc. Comme c’est un ancien fondé de pouvoir de chez Philips et un grand monsieur de la BD, il sait de quoi il parle. Grâce au journalisme j’aime bien pré-maquetter aussi ; et puis, mon boulot de scénariste, je l’ai appris en interviewant des scénaristes et des dessinateurs. Parce que j’avais toujours une question sur la réalisation, le making of. J’en ai appris plus comme ça que je n’aurais pu en apprendre en faisant une école de scénario, que je n’ai jamais faite. Ca commence à se lancer en France, alors que ça existe aux Etats-Unis depuis longtemps.

Miceal à la Chaussée des Géants, en Irlande Pourquoi te définis-tu comme un « celtwriter » ?
Au moment d’ouvrir mon compte Facebook, j’ai eu un bug technique. Ni O’Griafa (avec ou sans apostrophe) ni Tullamore ne marchaient, et la patience n’est pas vraiment l’une de mes vertus, surtout face à une technologie défaillante, alors j’ai composé un nom de famille à partir des deux choses qui me définissent le plus, le fait d’être Irlandais, donc un Celte et d’écrire. Et j’ai mis Miceal Celtwriter (ndSpooky : prononcer « keltwriter ») en un seul mot. Je revendique mon identité irlandaise. La maîtrise que j’ai faite ici à la Sorbonne, portait sur l’archéologie du conflit irlandais au XIXe et au XXe siècle et a été publiée dans Ramage (Revue d’Archéologie Moderne et d’Archéologie Générale) éditée aux Presses Universitaires de la Sorbonne. Se définir ainsi, ça permet avant tout de se recentrer, surtout quand on se sent plutôt fragmenté. Tu sais, j’ai plusieurs vies, et j’essaie de les cloisonner pour préserver chacune d’entre elles. La seule solution que j’ai pu trouver pour être tout à la fois un bon prof, un scénariste convaincant, et surtout un bon père de famille, c’est de me lever tous les jours à 5 heures du matin, même le dimanche et les vacances, et ne jamais me coucher avant minuit / une heure du matin. Par chance 5 heures de sommeil me suffisent. C’est comme ça que je tiens depuis 3-4 ans. Bon je ne suis plus tout jeune à bientôt 47 piges, et je ne tiendrai peut-être pas sur la distance, mais j’ai l’ennui en horreur et ma passion est intacte et dévorante.

Recherches de personnages Quels sont tes projets, BD ou autres ?
Il y a un diptyque prévu chez Ankama, qui va s’appeler Phantom Kriegers, avec Cary Nord (dessinateur des Nouvelles Aventures de Conan chez Marvel, qui a fait du Thor et de l’Iron Man, aussi, et sort une série chez Valiant Comics actuellement), et l’ami Stéphane Paitreau (La Geste des Chevaliers Dragons entre autres) aux couleurs. Cary a commencé le character design, et un peu de story pour l’instant, durant son temps libre. PHK, c’est un délire retro futuriste. Au cours de la deuxième guerre mondiale, les Nazis veulent mettre la main sur Nicola Tesla, inventeur de génie, lequel, dans la réalité est mort à l’âge de 83 ans à cette époque. Seulement dans mon histoire il ne meurt pas, et seuls deux hommes peuvent encore le sauver et le monde libre avec. L’un d’eux, Blayne McCaffrey, est un sergent de la police montée canadienne hyper strict, borné, psychorigide, et l’autre, Arkady Rodchenko, est un espion soviétique décadent. Le sort de l’humanité repose entre leurs mains, et ils ne partagent qu’un unique point commun, leur amour inconditionnel pour le hockey sur glace, auquel ils ont dû renoncer pour devenir soldat et/ou espion. La genèse de ce diptyque est amusante : on devait, Cary et moi, réaliser une adaptation pour Soleil, d’un roman de Leslie Banks, une histoire de loups-garous intitulée Crimson Moon. Ca ne s’est pas fait pour des questions de droits, et quand il m’a dit qu’il était désolé de ne pas bosser avec moi en fin de compte, je lui ai proposé de faire un album franco-belge quand même. Il m’a dit « pourquoi pas ? » ; je lui ai demandé ce qu’il aimerait faire, et il m’a dit « de l’Art déco », car il a une formation classique en architecture. Je lui a dit de m'envoyer une liste de tout ce qu’il aimerait faire, mais ne pouvait pas espérer réaliser en comics. J’ai reçu une liste de 54 items, j’en ai biffé 4, et renvoyé les 50 autres en lui disant qu’on allait mettre ça dans 2x46 pages. Il y a donc Tesla, de la téléportation, la conférence de Casablanca avec Churchill, Roosevelt, (pas Staline, qui s’était décommandé), De Gaulle et Giraud, commandant des forces françaises libres à Alger. J’ai imaginé que Nicola Tesla, qui était Croate, avait un élève de la même origine chez les Nazis nommé Branimir Budak. Ce dernier a compris les principes de base de la téléportation inventée par son ex-mentor, et les applique à sa façon, alors qu’il lui manque des éléments. Comme la vie des hommes qu’il téléporte lui importe peu, il ne s’inquiète pas de leur état à l’arrivée, pourvu qu’ils soient en état d’accomplir la mission fixée. Du coup, ce sont comme des mauvaises photocopies de ce que ces soldats étaient au départ, qu’il téléporte, avec juste en tête l’objectif de leur mission. Ils ont un aspect fantomatique, et sont réduits à l’état de guerriers télécommandés, d’où l’appellation de Phantom Kriegers. Il va y avoir des scènes de fou, avec des avions nazis qui attaquent un DC-3 avec Roosevelt à bord, les Kriegers qui apparaissent sur les ailes et les deux héros qui défouraillent dans l’avion avec les intrus… C’est vraiment du pur délire et de la débauche visuelle, même si j’ai bien bossé sur le plan historique. Le tome 1 se passe surtout à Casablanca, et le tome 2 dans une base secrète en Antarctique. Donc action à fond la caisse, belles nanas, humour de buddy movie et amitié naissante… Il y a une héroïne allemande, répondant au doux nom de Heidi Spitz qui n’est pas une Nazie, mais une Fallschirmjäger c'est-à-dire un membre de troupes d’élite parachutistes, dont beaucoup de membres étaient anti-Hitler, et ont participé à l’attentat contre lui. Mon héroïne va avoir une histoire d’amour, assez sexuelle, il faut le dire, avec l’un des héros. La tension se joue aussi entre les deux héros : le Soviet est tellement excessif et débauché que sa propre hiérarchie le déteste, alors que par contraste, le Canadien est ultra rigide, limite coincé. Mais l’un va l’entraîner l’autre dans des folles soirées. Je voulais vraiment un truc avec un souffle épique, donc dans l’une des scènes finales, ils sont près de la base en Antarctique, l’armée des méchants arrive, et ils chaussent leurs patins et vont à la rencontre des hordes Nazies juste tous les deux, avec Heidi. C’est donc parfois du grand n’importe quoi, mais Cary m’a dit qu’il ne s’était jamais autant éclaté. Il donne le meilleur de lui-même, moi aussi, et Stéphane idem et ça va être vraiment très sympa.

Un Krieger avec Nikola Tesla Coïncidence amusante, j’ai investi juste après avoir commencé dans un film que j’ai découvert en cherchant de la doc pour Cary. Produit et réalisé par des Finlandais fous, ça s’appelle Iron Sky. Dans ce film ; les Nazis, qui s’étaient planqués pendant des années sur la face obscure de la Lune, reviennent nous envahir à bord de soucoupes volantes. C’est vraiment marrant parce que les deux trucs se sont faits en parallèle.

Il y a aussi le fameux projet avec Chaiko, mais je n’ai pas trop le droit d’en parler. La commande c’était de faire un peu le Transporteur de Besson, avec Jason Statham, mais moi je préfère comme influence, The Hire, la série de webfilms de BMW, qui est très bien faite. C’est David Fincher qui en 2002 est allé voir les gens de BMW et l’agence de pub Fallon en leur disant « vous n’avez rien pour le web, moi je peux vous faire des trucs, une série de films ». Il a produit la première saison, qui contient 5 films, des courts métrages de 5 à 10 minutes, avec comme réalisateurs Guy Ritchie, Wong Kar-Wai, Ang Lee, Gonzalez Iñarritu… Tous avec le héros principal, un chauffeur, joué par Clive Owen, lequel a influencé les films produits par Besson. La deuxième saison, c’est Ridley et Tony Scott qui l’ont produite, avec John Woo, Joe Carnahan et Tony Scott lui-même, entre autres. Ce sont les seuls webfilms à être intégrés à la collection permanente du MOMA le Musée d’art moderne de New York Ils sont considérés comme des œuvres d’art. donc ça m’a inspiré pour cette série à venir chez Bao (Paquet). Et je suis super à la bourre, car j’ai perdu du temps avec Soleil et le projet du Routard qui ne s’est jamais fait. Il y a encore le polar hawaiien avec Des Taylor, pas encore signé, le comics pour Ape en attente…

Couverture de la BD destins croisés Je participe aussi à des collectifs avec des éditeurs régionaux. Pour l’éditeur Suisse BD Force, je collabore régulièrement avec les dessinateurs Olier (scénariste des Godillots chez Bamboo, qui sait aussi tenir un crayon) et Sandro (le Gardien du Feu chez Soleil). Le premier collectif Préjugés, sorti récemment, et produit par la CICAD, est une dénonciation de l’antisémitisme à travers les âges. J’ai écrit deux épisodes de 4 planches chacun, celui se déroulant à l’époque de Charlemagne avec Olier qui s’appelle Insigne et l’autre avec Sandro, qui s’intitule Destins Croisés car se passant à l’époque des Croisades, Le second collectif fut un vrai challenge pour moi, car c’était une commande de la ville du Locle en Suisse, berceau de l’industrie horlogère, qui s’est auto-proclamée capitale mondiale de la Saint-Valentin. Why not ? Ca paraît spécial mais c’est comme ça. Et ils m’ont demandé des histoires d’amour. Gloups ! Panique ! L’humour et l’amour, pour moi, c’est qu’il y a de plus difficile à écrire. Aussi le premier récit, je l’ai déguisé en roman d’espionnage. Ca s’appelle Grande Complication et c’est dessiné par Sandro. Georges Pop, le directeur de collection, a bien aimé, mais m’a dit « Ecoute, ça serait bien que pour l’autre projet, avec Olier, tu fasses une vraie histoire d’amour au Locle, sans tricher, hein ? » Et pour être sûr, il m’envoie le brief suivant : « Une Parisienne suit un motard jusqu’au Locle, happy end ». Impossible d’esquiver, j’avais mon cahier des charges. Je l’ai fait, Olier l’a dessiné, et ça s’appellera Love n’ Rocle. Cette maison d’édition qui paie bien, fait appel à moi, au moins une fois par an, et je soigne le travail, car ses commandes arrivent toujours au bon moment.

Cliquez ici pour voir une planche de la BD Barbara Furtuna J’ai fait un récit en 3 planches avec Ivan Gomez Montero au dessin, destiné chez Soleil, à intégrer le tome 2 du collectif Hanté . Pour l’anecdote, quand j’ai vu la sortie du premier tome et entendu dire qu’il y en aurait un second, j’ai appelé Christophe Bec, qui dirigeait la collection. Il avait quasiment bouclé mais avait un souci de maquette : inexplicablement, il lui manquait 3 pages et ça devait partir à l’imprimerie trois jours après. Je lui ai dit qu’on allait faire une histoire en 3 pages avec Ivan, et on l’a fait. Ivan est boarder chez Method Films, où on le surnomme « Monsieur 300 dessins » à cause de ce qu’il a fourni en une seule journée pour des scènes d’action du film de Kassovitz avec Vin Diesel, Babylon A.D. Il est super rapide et très très bon, un vrai mutant. Il a travaillé entre autres, avec Viktor Antonov (D.A. du jeu Half Life) sur Prodigies l’adaptation de la Nuit des Enfants Rois de Lenteric. Il a aimé mon idée de récit sur un personnage hanté, plutôt que sur un lieu, comme l’avaient fait beaucoup d’autres équipes, et il a pondu 3 planches de toute beauté. Quand il s’est avéré que Hanté tome 2 ne verrait jamais le jour en raison des mauvais chiffres du tome 1, Soleil nous a rendu nos droits, et l’éditeur DCL s’est déclarée très intéressé pour inclure ce Barbara Furtuna dans son collectif Histoires Corses Tome 2, à venir, et où je propose aussi une histoire en 8 planches intitulée Valle Mala, qui sera dessinée et mise en couleurs par Alexeï. Travailler sur des collectifs où l’on est payé en fixe, fait rentrer de la trésorerie, mais permet surtout d’élargir son réseau en rencontrant des auteurs. Autre éditeur Corse à se lancer, mais à l'échelle nationale, les "Editions du Quinquet", un nouveau label de bande dessinée qui débarque en force avec la superbe adaptation aux couleurs Impressionnistes du Horla de Maupassant, par Frédéric Bertocchini et Eric Puech. Je leur ai proposé, pour leur collection Carnet de Bal, une adaptation de La Vénus d'Ille de Mérimée, avec Michel Espinosa au dessin et Pascal Nino à la couleur. Ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant dans l'approche éditoriale du Quinquet, c'est qu'ils offrent aux auteurs une réelle latitude d'exploration, avec des adaptations très libres, où la bd peut vraiment apporter un éclairage nouveau sur l'oeuvre originale sans jamais pour autant trahir le texte. Ma transposition dans l'Egypte des années 20 d'une histoire se déroulant à l'origine dans les Pyrénées permet de faire ressortir encore davantage le mystère de la Vénus en la confrontant en arrière-plan à la découverte et à la "malédiction" de la tombe de Toutankhamon. A suivre, donc, pour une sortie en 2013...

Cliquez pour voir une illustration de Nowhere Fast, un road movie en bd avec Eric Puech écrit pour Akileos Enfin, mon tout dernier projet se fera chez Akileos, pour lequel Eric Puech et moi avons décidé de faire un road-movie. Tout est parti du festival d’Ajaccio, duquel Eric est un habitué. J’avais fait venir Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, les deux sales petits jeunes de Block 109 (rires). Nous tous, ceux des générations au-dessus, à savoir Jean-Luc Sala, Gérard Guéro, Pascal Nino, Eric Puech et moi, avons adoré ces deux mecs. D’une part parce qu’ils ne se laissaient pas faire par nous, les vieux cons, et puis ils sont bourrés de talent. Ca faisait très longtemps que j’avais envie de bosser chez Akileos, parce que pour moi Richard Saint-Martin et Emmanuel Bouteille, les deux éditeurs, sont parmi les personnalités les plus intègres de la BD. En plus, Richard partage son bureau avec Ronan Toulhoat : un éditeur et son dessinateur ? Si ça n’est pas un signe fort, alors quoi ? En plus, leur catalogue est une tuerie. Bref, j’adore. Jusqu’ici, Richard avait toujours aimé mes pitches, mais les dessinateurs que j’envisageais, David ou Sandro, ne lui convenaient pas. D’un autre côté, il aimait bien le dessin d’Eric Puech, mais pas les scénarios qu’il lui proposait. Donc on a uni nos intérêts (rires) et ils ont enfin dit oui sur le principe, surtout quand ils ont su que tout était parti d’une sorte de défi avec les deux djeuns de la boîte. On a défié officiellement Vincent et Ronan, en leur disant « on va vous montrer ce qu’on sait faire, nous, les papys ». Esprit de camaraderie, émulation, échange de vannes, c’est un excellent terreau pour un délire en bd… Pour calmer ces petits blanc-becs avec un truc vraiment old school, Eric et moi sommes partis sur un road movie, avec plein de bagnoles, surtout des muscle cars. Eric est fils de mécano, alors les Harleys, les Camaro, les gros camions Mack, il connaît très bien, il maîtrise cet univers-là, comme en témoignent ses titres chez Comics USA. On pense le faire sous format comics TPB (trade paper back – format poche souple). On a un titre pour l’instant, Nowhere Fast, c'est-à-dire « Nulle part, mais vite », qui ne plaît pas trop à Richard, mais on va tout faire pour le convaincre. Avec Eric on s’éclate comme des petits fous sur le synopsis et le chara design. A croire que les vrais gosses, c’est nous. C’est vrai que ça n’est pas encore signé, mais Richard nous a serré la main dessus, donc on y croit. Et pour te dire à quel point, je t’annonce que je pars bientôt en repérage à la Nouvelle Orléans, étant donné que notre road movie en bd part de Nola (Nouvelle Orleans, Louisiana) pour suivre une route moins connue que la mythique 66, mais tout aussi belle, la route 61, celle du blues. Je précise au passage que la musique, du blues au rockabilly, y tiendra un rôle majeur. Je suis pas trop croyant mais très superstitieux, et depuis le début de cette aventure ci, Eric et moi avons pu noter des coïncidences troublantes, des références qui nous viennent au même moment, des mails qu’on s’échange et qui contiennent les mêmes pièces jointes, des idées de scènes et de séquences similaires, et qui ne peuvent pas juste s’expliquer par le fait qu’on soit tous les deux de la même génération. Cet album-ci sera certainement celui de la synchronicité.

Raule et Roger entre Miceal et David Charrier Voilà, c’est un peu difficile de parler du futur, franchement, parce que pour moi, il se construit essentiellement par rencontres. S’il fallait me définir en deux mots… Après une trentaine de pages d’interview, il était temps (rires), je dirais que je suis un nomade de l’écriture, avec un côté tribal et clanique (il suffit d’aller voir notre blog des « Furieux » sur http://academie-des-furieux.blogspot.com/ pour s’en convaincre) mais qui est très curieusement tempéré par un individualisme forcené et une immense soif de liberté. Bon, maintenant que j’ai essayé d’être profond (rires), je finirai en disant que pour un mec aussi fragmenté que moi, ce qui compte avant tout, c’est que, grâce à la bd et à tout ce que je fais, j’évite de mourir d’ennui. C’est clair. Plus que jamais, mon âme Celte a la flamme !

Miceal, merci.

Interview réalisée le 20/02/2012, par Spooky.

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