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Interview de Le handicap n’empêche pas le talent Le handicap n’empêche pas le talent (25/01/2019)
Angoulême est la capitale mondiale de la bande dessinée. Berceau du Festival International, siège d’une école spécialisée (l’EESI) et d’un musée de la Bande dessinée remarquable, elle est aussi le foyer d’un établissement très particulier, émanation inattendue d’un concours de bande dessinée

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Un panneau de l’exposition rétrospective

Depuis 1998 l’association L’Hippocampe décerne chaque année un prix aux participants d’un concours réservé aux personnes handicapées. En 20 ans, 42 000 personnes ont participé au concours, 36 000 planches ont été envoyées au jury, et plus de 600 personnes se sont ainsi vues récompensées de leur talent. Le jury, au départ une dizaine de personnes, à présent une cinquantaine, est présidé par Frank Margerin, auteur reconnu et Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 1992. De nombreux pays participent à présent au concours : la Belgique, la Suisse, l’Italie, la Slovénie, la Pologne… C’est Mireille Malot, Présidente de l’Association, qui a voulu trouver une structure permettant aux talents graphiques révélés par le concours de trouver un débouché professionnel et épanouissant. L’ESAT Image-Arts graphiques délivre des prestations de communication par la bande dessinée à des entreprises et organismes publics : illustration de documents de communication, de fiches pratiques, procédures, newsletters, plaquettes, etc. 5 dessinateurs en situation de handicap ont rejoint l’ESAT depuis sa création en 2012. Intégrés à l’Atelier du Marquis, association de dessinateurs professionnels publiés chez les plus grands éditeurs de bande dessinée, cet environnement professionnel et amical permet aux dessinateurs de progresser rapidement dans leur pratique du dessin et leur maîtrise du medium bande dessinée en acquérant de nouvelles techniques (logiciels de création graphique, techniques de colorisation, dessin vivant, caricature, etc.).

Morceaux choisis de l’intervention de Mireille Malot à l’inauguration de l’expo rétrospective : « Un tel concours ne pourrait pas exister si nous n’avions pas d’auteurs de bande dessinée, sans un festival aussi beau qu’Angoulême qui nous accueille. Ce concours est celui du cœur, mais on a aussi besoin de partenaires financiers, comme Klésia, ag2r ou encore Audiens, et ceux qui nous offrent des cadeaux, comme la CCAS qui offre des voyages aux 5 Hippocampes d’Or chaque année… Je tiens à remercier ces structures qui nous accompagnent chaque année. Je m’adresse aussi à vous, celles et ceux qui ont participé au concours, nous ne serions rien sans vous, et vous nous apportez beaucoup d’émotion par le biais de vos productions, et vous allez le voir lors de la remise des trophées, vous êtes très nombreux. Et nous ne serions pas grand-chose non plus sans nos bénévoles, une vingtaine actuellement, pour lesquels ce concours représente 3 semaines de travail intensif entre décembre et janvier. Merci à toutes et à tous. »

L’ancien animateur Patrice Drevet, vice-président de l’association Hippocampe, présent le vernissage de l’expo

Patrice Drevet, vice-président de l’Hippocampe (oui, l’ancien animateur télé) : « Avant l’Hippocampe, il y avait une association créée par Mireille Malot et Emmanuelle Delataille, ancien président du Press Club de France, dont j’étais le trésorier. Le but de l’association était de promouvoir le handicap au travers de la culture. Notre devise c’était Le handicap n’empêche pas le talent. Il y a 20 ans donc a été créé ce concours, avec l’accueil d’Yves Poinot, président du festival international de la bande dessinée, à destination des personnes en situation de handicap, que ce soit du handicap psychique, sensoriel comme moteur. On remet donc ces trophées chaque année, au cœur du festival lui-même ; aujourd’hui nous remettons 23 trophées, la cérémonie doit durer près de 4 heures. De mon côté j’avais créé à Pézenas un festival qui permettait à des jeunes de trouver un métier dans l’audiovisuel, avec une catégorie handicap ; le festival s’est arrêté il y a une dizaine d’années. On a sorti cette catégorie handicap pour en faire la matière d’un festival à part entière, Regards croisés, dédié aux court-métrages réalisés par des personnes handicapées, qui s’est déplacé de Nîmes à Saint-Malo depuis deux ans. Nous recevons des dizaines de courts-métrages chaque année, au sein d’un jury présidé par de fortes personnalités, comme Patrice Leconte. Ces courts parlent de l’intégration professionnelle, de la vie quotidienne, de la vie affective des personnes handicapées, et c’est très gratifiant, épanouissant pour les personnes qui les réalisent d’être projetées, d’être visibles, dans un festival dédié. Beaucoup de participants repartent de Regards croisés avec des étoiles plein les yeux, et on atteint ainsi notre objectif. Le concours de l’Hippocampe, pour y revenir, permet à de nombreuses personnes de s’exprimer, de dire ce qu’elles ont sur le cœur, par le biais d’un medium, la BD, qui pose moins d’obstacles que les media traditionnels. L’ESAT Image-Arts graphiques est une structure hors les murs, dans laquelle on a placé 4 jeunes qu’on a remarqués au cours du concours, et qui est co-géré par l’Hippocampe et l’ADAPEI de la Charente. Son objectif est de leur proposer un environnement professionnel leur permettant de développer leurs appétences pour la bande dessinée. »

Dominique Bréchoteau, ancien président du FIBD , est le commissaire de l’exposition rétrospective des 20 ans de l’Hippocampe. « Pour l’exposition, nous avons sélectionné non pas des planches des bande dessinée, mais des cases, car pour le public c’était beaucoup plus parlant, car on voit beaucoup plus les détails. On a voulu montrer toute la progression du concours, son histoire, depuis ses débuts jusqu’à l’ESAT, avec 9 panneaux présentant cet établissement. Je me suis chargé uniquement des choix visuels, esthétiques, mais Christophe Cazenove m’a beaucoup aidé, il a écrit les textes qui accompagnent cette sélection. »

L’affiche du concours Hippocampe

Pierre-Laurent Daures, responsable du projet : J’ai un double passé de consultant et d’auteur de BD (sous le nom de Pilau), et lorsque l’association L’Hippocampe a décidé de proposer à Fred, triple lauréat de leur concours, d’intégrer une structure spécialisée, j’ai accepté de me lancer également dans le projet. Il a fallu trouver une association spécialisée pour lancer et gérer un ESAT (établissement et service d’aide par le travail). Ce fut l’ADAPEI de la Charente, qui gère d’autres établissement et services d’aide par le travail. Il a fallu trouver un lieu, et Magelis (propriétaire de plusieurs ateliers et locaux sur Angoulême), a proposé aux auteurs de l’Atelier du Marquis d’intégrer Fred et de l’accompagner. On a commencé comme ça, il y a 7 ans, et maintenant l’Atelier intègre 5 dessinateurs suivis par l’ESAT. Aujourd’hui, accompagnés et conseillés par la vingtaine de résidents permanents ou non de l’Atelier, nous réalisons des bandes dessinées, des illustrations, et depuis peu, des courts métrages d’animation.

Guillaume Préveraud, Directeur général de l’ADAPEI de la Charente : « Je suis le DG de l’association qui gère l’ESAT Image-Arts graphiques, mais également membre du jury du concours de l’Hippocampe. Nous sommes ici, à Angoulême, dans un cadre exceptionnel, avec ce concours qui met le handicap à l’honneur, dans une ville qui fait tant pour la bande dessinée. A titre personnel, je ne suis pas un gros amateur de BD, mais le croisement entre BD et handicap est très intéressant. Le festival, c’est ici, à la remise des trophées de l’Hippocampe, que je le vis. C’est un grand moment, on rencontre des personnalités parfois touchantes, qui délivrent des messages forts, alors qu’ils sont parfois très limités dans leur mode d’expression. Je me souviens l’an dernier d’une jeune fille qui était dans un petit lit, qui pouvait à peine parler, et qui malgré tout a réussi à transmettre des émotions auprès du public, qui a un peu pleuré… On pensait, avant cette cérémonie, qu’il s’agirait peut-être de la dernière, mais au vu de la qualité de ce qui a été produit et des échanges, des témoignages des participants, il me semble inenvisageable que cela ne continue pas. L’ESAT Image-Arts graphiques est un établissement qui opère hors les murs, nous en avons plusieurs, mais celui-ci est l’exemple parfait d’une structure visant à intégrer les travailleurs handicapés dans un environnement professionnel. Cependant, cette particularité « BD et arts graphiques » est un modèle unique en France, voire en Europe. Ça fonctionne bien, puisque la structure est équilibrée sur le plan économique, que les productions qui en sortent semblent adaptées aux besoins des clients qui engagent des contrats avec nous, et des évolutions, comme le dessin animé, l’illustration, qui permettent aux travailleurs handicapés concernés de développer de nouvelles compétences ; le but étant qu’un jour ils puissent voler de leurs propres ailes.

Le public lors de la remise des prix

Fred, travailleur handicapé intégré à l’Atelier du Marquis via l’ESAT Image-Arts graphiques : « J’ai gagné le concours Hippocampe vers les années 2010 à 2012 ; c’était un grand plaisir, une grande émotion. J’ai rencontré à cette occasion le dessinateur Frank Margerin et la présidente de l’association L’Hippocampe. Je dessinais depuis de nombreuses années ; je lisais les Tintin, et c’est là qu’a commencé mon envie de dessiner, je recopiais les planches. J’ai d’ailleurs par la suite, au collège, fait une BD qui reprenait un peu les aventures de Tintin et Milou, que j’avais appelée Tom et Punch. J’en ai fait 32 pages. Après mon troisième trophée Hippocampe, Mireille Malot, la présidente, m’a proposé de faire partie du jury, histoire de faire un peu de place aux autres (rire). A l’époque j’étais dans un CAT à Limoges, où j’apprenais le métier de menuisier. Ça ne me plaisait pas trop, moi je préférais dessiner, et j’ai participé au concours, ma mère était d’ailleurs bénévole au sein de l’association. J’ai par la suite été intégré à l’ESAT Image-Arts graphiques, où avec 4 autres travailleurs handicapés (Erika, Clémence, Guillaume et Sébastien), nous participons à l’Atelier du Marquis, à Angoulême. J’ai été reconnu travailleur handicapé car j’ai été opéré, petit, car j’avais trop de pression dans le cerveau, et j’ai eu ensuite des soucis physiques, comme des pépins au genou, des luxations à répétition, des tendinites au pied ; je fais aussi des crises d’épilepsie, surtout la nuit. Tous les matins, je quitte mon appartement et me rends sur l’Atelier, à des horaires fixes, et je travaille sur des commandes. Je vais voir un peu tout le monde lorsque j’ai besoin d’aide ou de conseils, même si je travaille pas mal avec Fawzi, avec lequel je voyage pour réaliser des caricatures sur des congrès… Tout ça avec l’accompagnement de Pierre-Laurent Daures, qui nous amène des projets et vient nous voir une fois par semaine, car il habite en région parisienne. Je travaille également sur des commandes de BD ou de caricatures, pour des entreprises. Par exemple, récemment j’ai réalisé des caricatures d’employés d’Audiens, sur lesquelles ils ont mis des vraies photos, qu’ils ont publiées sur leur site internet. La cliente avait l’air très contente de mon travail, et c’est très gratifiant, je suis allé l’annoncer à Pierre-Laurent, tout heureux lui aussi. On se diversifie un peu, là par exemple on commence à travailler sur un dessin animé en 2D pour EDF Bretagne. Je vais également, peut-être, aller dans un IME , faire des caricatures ou portraits d’enfants accueillis. Je progresse tout le temps, mais je me diversifie. Je participe au magazine de la Ville d’Angoulême, auquel je livre un strip tous les deux mois. J’ai contribué au festival Regards croisés, consacré aux courts-métrages réalisés par des personnes handicapées, en tant que caricaturiste. Je continue, en même temps, à participer au jury du prix Hippocampe. J’ai un projet de BD avec Philippe Dufour, médecin de l’ESAT et auteur de BD, ça s’appelle Momie Kid. Je suis travailleur handicapé, je suis payé par l’ESAT, 700 euros par mois, avec en complément l’Allocation adulte handicapé, ce qui me permet de toucher le SMIC. Je suis heureux.

Un extrait d’une BD primée

Jean-Luc Loyer, auteur de BD au sein de l’Atelier du Marquis et référent de certains des travailleurs handicapés : « L’ancien atelier Sanzot, sis à Angoulême, a déménagé dans la ville, avec de nombreux auteurs, comme Isabelle Dethan, Mazan, Cécile Chicault, pour devenir l’Atelier du Marquis. Il y a quelques années nous avons pris en stage un jeune étudiant autiste, avec lequel ça s’est bien passé, et puis nous avons rencontré les gens de l’Hippocampe, qui nous ont proposé d’intégrer une personne en situation de handicap, non pas en tant que structure spécialisée, mais en tant qu’atelier de bande dessinée accueillant un autre dessinateur. Nous sommes soutenus dans cette démarche par l’Hippocampe, l’ADAPEI de la Charente, bien sûr. Petit à petit, nous avons accueilli une deuxième personne, une troisième, jusqu’à 5 actuellement… Il fallait que ces dessinateurs ou dessinatrices aient un minimum de niveau en dessin, l’envie de raconter des choses par ce biais… Les auteurs présents à l’Atelier ont accepté de donner de leur temps, donner des coups de main, des conseils, professionnaliser la démarche des jeunes qu’on reçoit. Et petit à petit cet ESAT en tant que tel est né, une initiative unique en France, dédiée aux arts graphiques. Entretemps est arrivé Pierre-Laurent Daures, en quelque sorte l’agent de l’ESAT, qui trouve des contacts, des contrats… Les travailleurs de l’ESAT reçoivent des commandes, qui sont leurs priorités, mais on essaie de leur permettre de travailler sur des projets personnels également. Il va certainement y avoir des bouquins qui vont sortir des mains des travailleurs de l’ESAT… Le souci, c’est que les projets qu’on leur propose sont souvent tournés vers le handicap. Avoir un handicap psychique ne devrait pas empêcher de raconter une histoire de cow-boys, de la science-fiction ; il y a une certaine obscurité autour du monde du handicap, ça fait peur, ça interroge.

Mais lorsque ce blocage est levé, ça se passe très bien, et on se retrouve souvent avec du meilleur boulot que dans une situation « lambda ». Et puis les échanges, le partage entre les auteurs déjà professionnels et ceux qui aspirent à l’être via l’ESAT est quelque chose d’assez extraordinaire. Les auteurs sont très ouverts, chaque travailleur de l’ESAT reçoit des cours particuliers dont rêveraient pas mal d’étudiants des Beaux-Arts… Nous avions, à l’Atelier, du matériel, des ressources, que n’avait pas l’ESAT. Ce partage, cette mutualisation a permis de créer une sorte d’écosystème unique. Il y a de l’émerveillement chez moi face à tout ça Les travailleurs sont suivis, bien évidemment, mais ce fonctionnement leur permet d’accroître leur autonomie. Fred, par exemple, s’est affranchi d’un tas de choses. Nos 5 auteurs sont atteints de troubles autistiques ou sensoriels, Erika, par exemple, est malentendante, et ça nous amène à communiquer différemment. Il y a des feelings, des affinités qui se sont ainsi créées, nous obligeant d’ailleurs à résoudre un certain nombre de problématiques. L’autisme est d’ailleurs, quelque part, intimement lié au monde de la bande dessinée, on pourrait croire que pas mal d’auteurs pourraient faire partie de l’ESAT (rires). Au-delà de la possibilité de prendre d’autres auteurs, ce qui nous interpelle est l’éventualité d’une meilleure prise en compte de la part des pouvoirs publics, de développer ce genre d’initiative, de mutualisation, de rencontre des secteurs… Il y a plein de choses à construire, demandant de la réflexion de fond, des démarches politiques volontaires. Ce n’est pas qu’une question d’argent… »

Cette série de rencontres s’est déroulée en marge d’une exposition rétrospective très riche, et de la remise des trophées du concours Hippocampe. Celle-ci fut riche en émotions, on mentionnera cette BD, primée, parlant de harcèlement scolaire, ou ce lauréat, emporté par l’émotion, qui entonne une chanson basque devant un public conquis. Il ressort que le monde du handicap beaucoup à gagner dans ce type d’initiative, car elle permet une amélioration notable de l’autonomie et de l’expression des personnes handicapées en les immergeant dans un environnement professionnel, artistique en l’occurrence, tout en gardant un modèle économique cohérent. Aux pouvoirs publics de jouer.



Spooky

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