Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc

Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)

1431. La France et l'Angleterre se livrent une guerre sans merci. Le puissant évêque Pierre Cauchon, au service des Anglais, intrigue pour diriger le procès de Jeanne d'Arc. Mais, alors que le procès s'ouvre, la jeune femme qui prétend être l'envoyée de Dieu fait preuve d'une incroyable combativité.


1300 - 1453 : Moyen Âge et Guerre de Cent ans Jeanne d'Arc La Normandie Procès Spiritualité et religion

Le procès tourne alors à l'affrontement entre deux personnalités hors du commun et que tout oppose. D'un côté, un homme d'Église au sommet du pouvoir, manipulateur et disposant de moyens illimités pour mener l'accusation ; de l'autre, une femme indépendante et déterminée, abandonnée par son camp et n'ayant que son idéalisme comme arme. Contre toute attente, la ténacité de Jeanne, son intelligence et sa force de caractère renversent les certitudes du juge-évêque et font ressurgir chez lui des valeurs qu'il avait profondément enfouies. Alors que le terrifiant comte de Warwick fait pression sur Cauchon pour qu'il mette fin au procès et brûle « la putain », l'évêque, rongé par le doute, décide au contraire de la sauver...

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 24 Avril 2026
Statut histoire One shot 1 tome paru

Couverture de la série Cauchon... ou l'homme qui tua Jeanne d'Arc © Dargaud 2026
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 2 avis)
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22/05/2026 | Ro
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L'avatar du posteur Noirdésir

Cauchon a joué un rôle important dans la geste de Jeanne d’Arc, puisqu’il a été le principal responsable de sa mise à mort. Mais c’est un acteur mineur d’un fait qui n’est devenu majeur que plus tard. Il est resté dans l’ombre de la « pucelle », et on ne sait pas grand-chose de lui – et quasiment rien de ce qu’il a fait ou dit. Et plus Jeanne d’Arc entrait dans le mythe (républicain, nationaliste, religieux, etc.), plus Cauchon devenait le « méchant ». Les auteurs ont pourtant choisi d’en faire le héros de leur histoire, faisant de Jeanne d’Arc un personnage presque secondaire – même si elle garde son rôle de pivot de l’histoire. Autre originalité de ce récit, celle de faire de Cauchon un personnage ambivalent, qui veut montrer sa force (par ambition carriériste ou financière) au roi « d’Angleterre et de France », mais qui va, dans le bras de fer qui l’oppose à Jeanne, plier, et montrer ses faiblesses. Les auteurs nous montrent une Jeanne ayant presque mis à ses pieds celui qui est censé être son bourreau. Le pari est risqué, mais les auteurs réussissent à la gagner. En effet, ils ont romancé, inventé, trituré la réalité. Mais jamais ils ne tombent dans le n’importe quoi ou le ridicule. Comme pour une bonne partie de l’histoire de Jeanne, l’histoire de Cauchon qui nous est présentée ici « pourrait » être vraie, à condition d’y croire. Mais tout l’art des auteurs est de nous y avoir donné envie. Et c’est vraiment bien fait (ils n’ont pas non plus fait n’importe quoi, et une bonne bibliographie – je recommande en particulier la lecture du livre de Gauvard – complète en fin d’album la lecture pour les plus curieux). Bien fait déjà parce que l’on prend le temps d’installer le récit, les personnages, les enjeux. L’importante pagination, la narration et la mise en page aérées nous aident à entrer dans cette intrigue. Et le dessin de Parnotte est lui aussi agréable. Il ne s’encombre pas de détails, il est avare de décors (la mise au point finale – très intéressante – de l’historien David Glomot, explique et justifie bien le fait qu’il ne s’agissait même pas de reproduire les « vrais décors – ville de Rouen, château, etc.). Il se focalise sur les personnages. Et c’est plutôt intéressant et efficace. Bref, sur un sujet galvaudé, voilà un album qui sort du lot, par son approche et son traitement, et par le personnage qu’il a choisi de mettre en avant.

08/07/2026 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Ro

Le procès de Jeanne d'Arc raconté à travers le regard de Pierre Cauchon, l'évêque de Beauvais qui organisa le procès de la Pucelle pour le compte du pouvoir anglais, dans l'espoir d'en tirer prestige, influence et pouvoir. J'ai trouvé l'album remarquable à plusieurs niveaux. Déjà par son objet même : le grand format met superbement en valeur les planches de Joël Parnotte, dont le dessin est magnifique du début à la fin. Les décors, les visages, les jeux de lumière, les costumes, les ambiances hivernales et oppressantes de Rouen ou des geôles participent à une immersion constante. Chaque page respire le soin et l'ambition. Certaines scènes ont une ampleur presque cinématographique. Mais ce qui impressionne surtout, c'est l'intelligence du récit. Les auteurs parviennent à trouver un équilibre très fragile : raconter une histoire aussi proche que possible de la réalité historique, en s'appuyant sur les actes du procès et sur des paroles authentifiées par la majorité des historiens, tout en assumant des variations, des réorganisations et des partis pris romanesques destinés à rendre l'ensemble plus vivant, plus incarné et plus dramatique. Cela fonctionne admirablement bien. Comme le titre l'indique, le récit tourne principalement autour du personnage de Pierre Cauchon. Dès les premières pages, il apparaît comme un notable ambitieux, fin politique, manipulateur et très attaché à son ascension personnelle après la perte de son évêché de Beauvais au profit du camp de Charles VII. C'est un personnage d'abord assez détestable, persuadé de pouvoir utiliser ce procès historique pour renforcer encore sa position auprès des Anglais et de l'Église. Mais toute la force de l'album est justement de faire progressivement évoluer cette image. Au fil des interrogatoires et des confrontations avec Jeanne d'Arc, sa foi absolue, ses fines réparties et sa conviction inébranlable viennent fissurer les certitudes de Cauchon. Le récit développe alors l'idée qu'il aurait pu, au moins partiellement, être remué moralement par cette rencontre au point d'essayer plus ou moins d'agir en sa faveur. C'est évidemment un parti pris romanesque, mais il est traité avec suffisamment d'intelligence et de nuances pour rester passionnant sans donner l'impression de réécrire brutalement l'Histoire. Les dialogues sont excellents, souvent brillants, et le récit montre avec beaucoup de subtilité la confrontation entre foi sincère, calcul politique, droit ecclésiastique et luttes d'influence. Toute la mécanique du procès devient captivante. La présence du jeune clerc servant de narrateur renforce encore cette immersion et rappelle beaucoup Le Nom de la Rose dans sa manière d'observer un homme puissant vaciller intérieurement. J'ai également apprécié certains ajouts fictionnels, notamment le personnage de Louise, la sœur abbesse de Cauchon, incarnation de ses ambitions et de sa cupidité, qui se retrouve progressivement confrontée aux doutes et à l'évolution morale de son frère. Ces ajouts permettent d'incarner les tensions politiques et religieuses sans trahir l'esprit général de l'époque. Mon principal regret concerne toutefois le traitement du comte de Warwick. Le récit en fait un antagoniste brutal, presque caricaturalement cruel et sans scrupule, notamment dans une scène finale très violente qui m'a paru trop hollywoodienne et forcée par rapport au ton jusque-là subtil et crédible de l'album. C'est pratiquement le seul moment où j'ai eu le sentiment que le récit forçait un peu artificiellement le trait dramatique. J'ai aussi apprécié le dossier historique final et sa démarche d'honnêteté. L'historien ayant participé au projet y détaille les écarts entre les faits établis et les éléments romancés, permettant au lecteur de mieux distinguer ce qui relève des sources historiques et ce qui appartient à l'interprétation des auteurs. C'est d'autant plus intéressant que le procès de Jeanne d'Arc est devenu quasiment immédiatement un objet de propagande politique et religieuse, aussi bien du côté anglais que français, ce qui rend impossible toute certitude absolue sur certains aspects humains ou psychologiques de cette affaire hors norme. Il faut donc bien voir cet album comme une fiction historique documentée et intelligente, pas comme un ouvrage prétendant imposer une vérité définitive. Cette semi-réhabilitation du personnage de Cauchon est un parti pris auquel chacun adhérera ou non, mais elle donne naissance à un récit passionnant, porté par un dessin somptueux et une mise en scène remarquable. Une lecture dense, captivante et profondément immersive dans l'état d'esprit de cette époque et dans l'intensité extraordinaire de ce procès devenu légendaire. Si cet album n'est pas en état de Grâce, que Dieu l'y mette, et s'il y est, que Dieu l'y garde.

22/05/2026 (modifier)