Le Ventre de la Hyène
Talino pensait avoir laissé le pire derrière lui, avec les souvenirs de son Tchad natal. Souvenirs d'une vie volée, qui le vit devenir enfant-soldat, puis mercenaire et membre de gang. Mais le passé est tenace...
Afrique Noire Enfance(s) Le Lombard Les enfants soldats Les prix lecteurs BDTheque 2014
Souvenirs d'une vie gâchée par l'ombre de son grand-frère, Anouar, qui ne lui a transmis que le feu qui brûle dans le ventre de la hyène. En quittant l'Afrique pour Marseille, Talino pensait vivre enfin la rédemption. Mais Anouar n'est pas loin, et le brasier demeure incandescent...
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| Date de parution | 20 Juin 2014 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Ce fut un bon moment de lecture, mais quelques petites choses me chagrinent : . l'histoire ne prend jamais aux tripes, malgré le propos gravissime qu'elle aborde ; . l'histoire est inventée (et pas inspirée de personnages existants), ce qui enlève clairement de la force au propos. Le fait de pouvoir me dire que l'histoire était basée sur des faits réels, quitte à ce qu'elle soit moins "extraordinaire", m'aurait un peu plus happé. Reste la fin de l'histoire, vraiment très bien amenée, même si elle reste classique de nos jours. Note réelle : 3,5/5.
Le Ventre de la Hyène fait partie de ces bandes dessinées qui vous filent un coup de poing en pleine face. Une histoire d'enfant soldat. Histoire au sens large, le récit montre le cheminement de Talino, son passé, sa vie, sa famille et les rencontres qui laisseront une marque profonde en lui. Les guerres de clans, la manipulation des esprits en entretenant les espoirs et les désillusions des gosses perdus. Ceux qui rêvent d'un monde meilleur, qui permettrait d'envisager un avenir. C'est par la violence qu'il semble le plus simple de l'obtenir... L'inéluctable l'amène à sombrer dans une violence où les limites semblent ne pas exister. Le scénario est ultra dynamique, pas le temps de souffler. Le trait précis, incisif et tranchant d'Alliel et la colorisation de Facio viennent soutenir le propos de Clément Balou. Une BD coup de poing.
Voilà une œuvre à ne pas laisser entre toutes les mains. Sans en faire de trop, on nous présente malgré tout la réalité des enfants soldats, sans concession. Les meurtres de leurs propres familles qui déshumanisent les enfants, les rapts dans les villages, la manipulation de ces mêmes enfants ; leurs faisant croire qu’ils combattent pour la liberté puis leurs promettant richesses et pouvoir. L’itinéraire de ses deux frères, dont l’un est tout simplement vendu aux rebelles nous permet de comprendre faute d’excuser les exactions et les massacres perpétrés par des âmes qui sont encore en devenir. Sans vous en révéler plus ce one-shot aborde un sujet rarement exploré de la misère de ce monde avec réalisme et sensibilité. Le dessin de Chris Alliel, bien que reconnaissable, semble basculer dans une autre dimension. Comme si il avait fallu plus de sérieux pour traiter le sujet sensible de Clément Baloup. Loin de SpyNest on découvre un trait plus sombre, des visages qui portent la douleur des épreuves et des environnements, soucieux du détail. Le Phocéen n’a pas manqué les quartiers troubles de sa ville qui offre un contraste marqué avec les forêts de l’Afrique. Les passages entre mysticisme chamanique et réalité des villes nord-africaine rythment la lecture comme dans un état second. Ivre de la fumée et des drogues injectées dans les corps encore adolescents. Les scènes de viol, d’exécution sont ici retranscrits avec la pudeur nécessaire qui sert le scénario et nous permet de ne pas tomber dans le voyeurisme. Un exercice qui devrait ouvrir de nouveaux horizons à Chris qui n’en manquait pas. Les couleurs de l’album de Sebastian Facio sont superbement bien inspirées. Je dois reconnaitre que je n’étais pas fan de la couverture en numérique, mais une fois en main celle-ci est hypnotique. Les aplats nous permettent de nous concentrer sur l’essentiel : les personnages. Vous l’avez compris : un one-shot qui s’impose donc. Je me suis demandé tout au long de l’histoire comment celle-ci pouvait se conclure. Je vous défie de le deviner avant les dernières planches. Seul reproche, « la période française », un peu courte à mon goût.
Ce récit, très dur, s’adresse à un large public mais pas aux enfants. Les thématiques abordées me semblent intéressantes mais ce que j’ai surtout apprécié, c’est l’approche de la violence. Car le héros cogne, pète des nez, viole, tue, et son frère est encore pire que lui, mais plutôt que de magnifier cette violence (comme on le voit bien trop souvent à mon goût), les auteurs parviennent à nous faire comprendre la détresse qui se cache derrière mais aussi le côté voie sans issue de ce comportement. Ils y parviennent grâce à une structure en flash-back qui nous permettra de découvrir la trajectoire de Talino et de son frère, depuis les savanes de l’Afrique noire jusqu’à Marseille, en passant par l’Afrique du Nord. L’atrocité de la réalité décrite interpelle et l’absence de repères géographiques précis n’empêche nullement le lecteur de bien les situer dans notre actualité. Mais de quoi retourne-t-il exactement ? Des enfants soldats, embrigadés de force, formés, drogués, nourris de violence. La destruction et le climat de terreur qu’ils sèment sur leur passage est semblable à la destruction de leur propre personnalité. De ce point de vue, les auteurs font très fort puisqu’ils parviennent parfaitement à faire passer leur message. La trajectoire de Talino n’en est que plus remarquable et nous permet d’aborder de multiples facettes de ce sujet (de la manipulation à la reconstruction). Et comme le final est lui aussi très fort, je sors de cette lecture (un gros pavé que j’ai préféré dévorer d’une traite alors que le premier match des belges au mondial avait commencé, et quand on sait que j’aime le football, c’est tout dire de la puissance de cet album) marqué ! Un mot enfin sur le dessin. Il manque parfois de précision mais sa lisibilité est remarquable. Son dynamisme et son aspect moderne permettent de le rendre accessible au plus grand nombre car ils lui donnent un côté grand public alors que le propos est beaucoup plus pointu. Un propos pointu qu’une narration fluide permet là aussi de rendre accessible au plus grand nombre ! Les auteurs n’accusent pas ! Ils montrent… et les faits parlent d’eux-mêmes… Enfin, le titre prend tout son sens au terme du récit. Et là encore, j’ai envie de dire « bravo » ! Ce récit est dur et désespéré mais il interpelle, éclaire sans démagogie et incite à la réflexion. Une lecture que je conseillerais vivement aux jeunes adultes en priorité, mais aussi aux autres car chacun y trouvera de quoi réfléchir.
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